ETTEK K. VERH. DER KONIN'KL. AKADEMTE, DE EL IV
a été dans l'origine causée par une erreur dans la lecture du nom hiéroglyphique. On y avait attribué le phonétique Tsan, qui semblait en effet correspondre exactement au nom de Tanis et au San des modernes. Mais l'on a ensuite reconnu que la véritable valeur du groupe lu tsan était ouar, et le nom entier H a- ouar (les Grecs en ont fait Avaqig). Il n'y avait donc plus à songer à Tanis, et ce n'est que par une application erronée des véritables principes de l'écriture égyptienne qu'un égyptologue a pu soulcnir que le même groupe s'est prononcé à la fois tsan et ouar, et que par conséquent Tanis et Avaris sont deux noms appartenant à la même ville. Cette erreur grave n'a pas besoin d'une réfutation technique. Dans la réalité le nom égyptien d'Avaris n'a été encore rencontré que sous la forme bien certaine de ïla-ouar.
M. le Docteur Lepsius, dont l'expérience est d'un si grand poids, avait proposé de chercher Avaris dans le voisinage de Péluse. Cette situation, si voisine de la mer, présente en effet toutes les conditions qui manquent à Tanis, Aussi l'hypothèse de l'illustre savant prussien était-elle très-séduisante. Mais cette hypothèse est bien près de se transformer en certitude, grâce à la découverte que vient de faire le même savant des vastes ruines de Telel-Hcr, qui s'étendent jusqu'à Péluse. Mr, Lepsius fait remarquer avec raison que l'ancien nom égyptien de ïla-ouar est encore reconnaissable dans le moderne Hêr. Combien ne serait-il pas désirable que des fouilles sur une grande échelle fussent organisées sur ce point si intéressant à tant d'égards.
Dans cet engagement maritime, notre officier, qui avait reçu de l'avancement, faisait partie de l'équipage du vaisseau le Sha-em-mennofer; il se distingua par sa vaillance et tua un ennemi. Ce fait d'armes fut rapporté au commandant de l'armée, qui n'était que le lieutenant du roi; le pharaon Ahmès dirigeait sans doute d'autres attaques. Ce fut l'occasion de la première distinction conférée à notre héros: il reçut le collier d'or pour la première fois.
Les noms des deux navires sur lesquels servit Ahmès pendant ces opérations militaires contiennent à eux seuls un renseignement qu'il ne faut pas négliger. C'est d'abord le vaisseau le Meh (le Nord), ainsi nommé à raison du pays où le roi égyptien portait la guerre pour l'affranchir de la domination étrangère; l'autre, le Sha-em-mennofer, c'est-à-dire le couronné dans Memphis, était en quelque sorte un trophée du rétablissement de l'autorité du pharaon sur la Basse-Egypte, et de son intronisation dans l'ancienne
capitale du pays. Les peuples modernes n'ont rien innové dans le choix de ces dénominations chères à l'amour-propre national, dont on pourrait citer de nombreux' exemples dans l'antiquité pharaonique.
De la deuxième et de la troisième section de l'inscription, nous avons tiré les détails qui précèdent. Les trois suivantes nous font connaître d'autres combats et finalement la prise d'Avaris. On se battit d'abord une seconde fois à la lagune d'Avaris; puis en un lieu nommé Ta-Kémi, situé au sud de celle forteresse. Ahmès y fit des prises. Dans la seconde de ces affaires, il fut. obligé de -traverser un cours d'eau, en retenant de force le prisonnier qu'il avait fait. On voit par ces détails que la ville d'Avaris était située à proximité d'eaux navigables, pouvant recevoir des navires armés, et que des cours d'eau ou des étangs de moindre importance la séparaient, au midi, d'un autre poste des Pasteurs, nommé Ta-Kémi.
Dans ces deux combats Ahmès se trouvait encore sous les ordres du lieutenant du roi, qui lui lit conférer deux nouveaux colliers d'or.
Puis la ville d'Avaris fut prise; le pharaon dut figurer en personne dans cette attaque victorieuse, car ce fut lui qui donna à noire officier, comme esclaves, les quatre prisonniers dont ce dernier s'était emparé.
Le texte ne nous donne pas d'autres détails sur l'issue favorable de ce siège important. Noire officier ne fait pas, en effet, l'histoire de son pays; il ne nous parle que des combats auxquels il a pris part, des captures qu'il a faites et des distinctions dont il a été honoré. Nous apprenons néanmoins de Irès-intéressantes particularités, entre autres Je fait que le pharaon Ahmès, bien (ju'il conduisit en personne les opérations du siège, était assisté d'un lieutenant royal, dont le rôle était de protéger les troupes d'investissement contre les diversions de l'ennemi, et d'empêcher le ravitaillement par mer de la place.
Nous ne pouvons guère apprécier la durée du siège, mais il a pu être long. Noire officier y débuta dans l'escorte du pharaon, et eut alors à eombaltte comme fantassin; plus tard il passa sur la flotte, et prit part à deux combats dans les eaux d'Avaris; enfin il fut présent à l'expédition do Ta- Kémi, après quoi il ne nous cite plus d'autre fait d'armes que la prise d'Avaris.
La seplième section de l'inscription nous relate le fait important du siège de Sîiarohana, en l'an V, D'après la disposition du texte, qui, dans la huitième section, rassemble les combats antérieurs sous l'indication commune
de Massacre des Menti-Sati, on voit qu'Àhmès I avait poursuivi les Pasteurs jusque sur le territoire de la Palestine, car il est impossible de se refuser à reconnaître dans la ville nommée par les hiéroglyphes JjJjJ | ^ ^ , Sharohana, le Sharohan que le sort attribua à la tribu de Siméon dans les possessions de celle de Judo '). L'inexactitude du récit de Manélhon, d'après Josèphe, ressort ici d'une manière manifeste. Les armes du pharaon Ahmès ne furent nullement tenues en échec devant Avaris; il n'y eut pas lieu à capitulation, et les Pasteurs ne demeurèrent pas libres de se retirer à leur gré. Bien au contraire, la forteresse fut prise de force, et les Pasteurs fugitifs, qui avaient trouvé asyle dans Sharohan sur les frontières de la Palestine, y furent assiégés par l'armée égyptienne. Sharohan fut pris, comme l'avait été Avaris; noire officier y fit de nouvelles prouesses, et y gagna son quatrième collier d'or.
Après la conquête de Sharohan, le vainqueur égyptien ne jugea pas nécessaire de poursuivre les Pasteurs sur le territoire asiatique, il considéra l'Egypte comme définitivement délivrée, et la guerre du Nord comme terminée. C'est ce que nous apprend la huitième section, où nous voyons qu'après le Massacre des Pasleurs, Ahmès tourna ses armes contre les Nubiens, dont il fit un grand carnage. Les voisins méridionaux de l'Egypte avaient sans doute mis à profit le moment où toutes les forces nationales étaient employées dans le Nord; ils avaient pu se livrer impunément à leurs déprédations habituelles. Ahmès I les châtia vigoureusement. Dans cette campagne notre héros fit encore remarquer sa vaillance; un cinquième collier d'or lui fut octroyé.
La neuvième section est le corollaire de ce qui précède; elle nous montre le pharaon revenu triomphant dans son empire, après avoir subjugué les peuples du midi aussi bien que de ceux du Nord. On peut conclure de là, que pendant la durée de l'expédition en Nubie, les Pasteurs n'avaient fait aucune tentative pour ressaisir leur domination sur la Casse-Egypte.
S'il est vrai que le récit de Josèphe soit contredit par le témoignage positif des monuments originaux, il en est tout autrement de celui d'Apion, le grammairien. Au rapport d'Eusèbe 2), cet auteur qui avait composé, entre
') Josué. ch. XIX, v. 6.
*) Préparation Evangèlique, livre X, ch. 11.
autres ouvrages, cinq livres d' Aegyptiaca, disait, dans son quatrième livre, qu'Amosis démantela la ville d'Avaris. Apion, de même que Ptolémée, prêtre de Mendès, font d'Ahmès le contemporain d'inachus, mais ce rapprochement mythologique n'éclaircit pas beaucoup la question chronologique.
On doit donc considérer décidément comme un point acquis à l'histoire, que la prise d'Avaris et l'expulsion finale des Pasteurs eurent lieu sous le règne du pharaon Ahmès I. Il devient par conséquent superflu de chercher à identifier avec un Thotmès quelconque le Misphragmuthosis de Josèphe, On ne doit non plus aucune croyance au rapport du même historien que les Pasteurs fortifièrent Avaris après leur défaite; l'armée de 480000 hommes, que Tbuhtmosis aurait vainement employée à réduire les 240000 Pasteurs, doit être de même reléguée au nombre des faits imaginaires. Los états de service du capitaine Ahmès, si simples et si précis, nous font toucher du doigt la vanité de ces traditions prétentieuses.
§ 10. APRÈS LEUR EXPULSION PAR AHMES I, LES PASTEURS N'ONT PAS RESSAISI