‹ Les pastorales de Longus, ou Daphnis et ChloéChapitre 10 sur 74 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

VU que ce n'étoit point terre ferme, mais une feinte seulement. Ayant fait plusieurs telles fosses en la montagne et en la plaine, ils ne purent prendre la louve, car elle sentit rerabûche, mais furent cause que plusieurs chèvres et brebis périrent, et presque Daphnis lui-même, par tel inconvénient:

Deux boucs s'échîuffèrent de jalousie à cosser l'un contre l'autre, et si rudement se heurtèrent que la corne de Tun fut rompue ; de quoi sentant grande douleur celui qui étoit écorné, se mit en bramant à fuir, et le victorieux à le poursuivre, sans le vouloir laisser en paix. Daphnis fut marri de voir ce bouc mutilé de sa corne; et, secourrouçant à l'autre', qui encore n'étoit content de Tavoir ainsi laidement accoutré, si prend en son poing sa houlette et s'en court après ce poursuivant. De cette façon , le bouc fuyant les coups, et lui le poursuivant en courroux, guères ne regardoient devant eux; et tous deux tombèrent dans un de ces pièges, le bouc le preniîer et Daphnis après, ce qui Tengarda de se faire mal, pour ce que le bouc soutint sa chute.

Or au fond de cette fosse, il attehdoit si quelqu'un viendront point l'en retirer et pleuroit. Chloé ayant de loin vu son accident, accourt, et voyant qu'il étoit en vie,

s'en va vite appeler au secours un bouvier de là auprès. Le bouvier vint ; il eût bien voulu avoir une corde à lui tendre, mais ils n'en trouvèrent brin. Par quoi Chloé, dt'Jiant le cordon qui entourait ses cheveux, ie donne au bouvier, lequel en» dévale un bout à Daphnis , et tenant l'autre avec .Chloé, .tant firent-ils %ux deux en tirant de dessus le bord de la fosse, et lui en s'aidant ît grimpant du mieux qu'il pouvoit, que finablement ils le mirent hors du piège.

Puis retirant par le même moyen le bouc, dont les cornes en tombant s'étoient rompues toutes deux (tant le vaincu avoit été x^ien et promptement vengé), ils en firent don au bouvier' pour sa récompense, et entre eux convinrent de dire au logis, si on le demandoit, que le loup Tavoit emporté.

Revenus ensuite à leurs troupeaux, les ayant trouvés qui paissoient tranquillement et en bon ordre, chèvres et brebis, ils s'assirent au pied d'un chêne^ et regardèrent si Daphnis étoit point qiielque part blessé. Il n'y avoit en tout son corps trace de sang ni mal quelconque, mais bien de la terre et de la boue parmi ses cheveux et sur lui. Si délibéra de se laver, afin que Lamon et Myrtale ne s'aperçussent de rien.

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