LIVRE II
« ames, ayant plus de pouvoir que Jupiter « même. 11 règne sur les astres, sur les élé- «c ments, gouverne le monde, et conduit les a autres Dieux comme vous avec la hou- « lette menez vos chèvres et brebis. Les oc fleurs sont ouvrage d'Amour ; les plantes a et les arbres sont de sa facture; c'est par « lui que les rivières coulent^ et que les «vents soufflent. J*ai vu les taureaux « amoureux : ils mugissoient ne plus ne <c moins que si le taon les eût piqués; « j'ai vu le bouquin aimer sa chèvre, et il <c la suivoit par-tout. Moi-même j'ai été « jeune, etj'aimois Amaryllide; mais lors « il ne me souvenoit de manger ni de a boire, ni ne prenois aucun repos; mon a ame souffroit; mon cœur palpitoit; mon « corps tressailloit ; je pleurois , je criois « comme qui m'eût battu ; je ne parlois non « plus que si j'eusse été mort; je me jetois ce dans les rivières comme si un feu m'eût « brûlé; j'invoquois Pan, qui fut aussi « blessé de l'amour de Pitys; je remera ciois Echo , qui appeloit Amaryllide « après moi, et de dépit rompoîs ma flûte, « de ce qu'elle savoit bien mener mes oc vaches, et ne me poiivoit faire venir « mon Amaryllide. Car il n'est remède ni a breuvage quelconque , ni charme , ni
«c chant^ ni paroles ^ qui guérissent le mal a d'amour, sinon le baiser^ embrasser, couft cher ensemble nue à nu. »
Philétas^ après les avoir ainsi enseignés, se départit d'avec eux, emportant pour son loyer quelques fromages et un chevreau daguet, qu'ils lui donnèrent. Mais quand il s'en fut allé, eux, demeurés tout seuls et ayant alors pour la première fois entendu le nom d'amour, se trouvèrent en plus grande détresse qu'auparavant, et, retournés en leurs maisons, passèrent la nuit à comparer ce qu'ils sentoient en eux-mêmes avec les paroles du vieillard : « Les amants a souffrent: nous souffrons; ils ne font « compte de boire ni de manger : aussi peu « en faisons nous; ils ne peuvent dormir, « ni nous clore la paupière; il leur est avis « qu'ils brûlent : nous avons le feu au-dea dans de nous ; ils désirent s'entrevoir :
« las ! pour autre chose ne prions que le « jour revienne bientôt» C'est cela sans « point de doute qu'on appelle amour ; « tous deux sommes énamourés, et si ne a le savions p^s. Mais si c'est amour ce que a nous sentons, je suis aimé ; que me man- « que-t-ildonc? Et pourquoi sommes-nous a ainsi mal à notre aise? A quoi faire nous « entre-cherchons-nous? Philétas nous dit