‹ Les pastorales de Longus, ou Daphnis et ChloéChapitre 28 sur 74 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

En disant ces paroles il se prit à pleurer, et fit grande pitié à tous les assistants; tellement que Philétas, qui devoit donner sa sentence, jura le dieu Pan et les Nymphes que Daphnis n'avoit point de tort, ni ses chèvres non plus, et que la faute, si faute y avoit, étoit aux vents et à la mer, desquels il n'étoit pas juge pour la leur faire réparer. Ce néanmoins le ^bon Philétas ne sut si bien dire que les Méthymniens s'en contentassent; mais derechef en grande fureur prirent Daphnis, et le vouloient lier pour l'emmener, n'eût été que les paysans, de ce mutinés , se ruèrent en criant sur eux, comme i^e volée d'étourneaux, et leur ôtèrent des nipins Daphnis, qui se déféndoit bien aussi et à son tour les chargeoît.

Si qu'à grands coups de pierres et de bâtons, ils chassèrent les Méthymniens, qt ne ces-^ sèrent de les poursuivre qu'ils ne les eussent menés battant hors de leur territoire.

Daphnis et Ghloé restés seuls, elle eut tout loisir de h conduire ea la caverne des Nymphes, où elle lui lava le visage tout souillé du sang qui lui étoit coulé du nez; puis, tirant djç sa panetière un peu de fromage et du tourteau, elle lui en fit manger, et, qui plus le conforta, lui donna de sa tendre boucha un baiser plus doux que miel.

Ainsi échappa Daphnis de ce danger; mais la chose n'en demeura pas là. Car ces jeunes gens de Méthymne, retournés chez eux à pied, au lieu qu'ik étoient venus en un beau bateau; blessés et mal menés, au lieu qu'ils étoient partis gais et bien délibérés, firent assembler le conseil de la ville, auquel ils requirent, en habits et contenance de suppliants , être vengés de l'outrage qu'ils avoient souffert, ne disant de vrai pas un mot, de peur que, s'ils eussent conté le fait comme il étoit allé, on ne se fût moqué d'eux de s'être ainsi laissé battre par des paysans, mais accusant hautement les Mityléniens de les avoir 'pillés , et pris leur bateau sans autre forme de procès, comme en guerre ouverte.

Ceux de Méthymne ajoutèrent aisément foi à leur dire, pour autant mêmement qu'ils les voyoient blessés ; et quant et quant, estimant chose juste et raisonnable de venger un tel outrage fait aux enfants des plus nobles maisons de leur ville , décernèrent sur-le-champ la guerre contre les Mityléniens, sans leur envoyer ni héraut ni déclaration, et commandèrent à leur capitaine qu'il mît promptement en mer dix galères pour aller faire du pis qu'il pourroit en toute leur côte. Ils pensèrent

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