‹ Les pastorales de Longus, ou Daphnis et ChloéChapitre 29 sur 74 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

que ce ne seroit pas sûrement ni sagement fait de hasarder plus grosse flotte à rapproche de l'hiver.

Le capitaine dès le lendemain eut dressé son équipage, et, usant pour moins d'embarras de ses soldats mêmes au lieu de rameurs, alla fourrager toutes les terres des Mityléniens qui étoient voisines de la mer, là oîi il prit force bétail , force grain , vin en quantité, pour ce qu'il n'y avoit guère que vendanges étoient faites, et grand nombre de prisonniers, gens qui travailloient à ces champs ; et aussi s'en vint débarquer oti gardoient leurs bêtes Daphnis et Chloé, courut le pays, ravit et pilla tout ' ce qu'il y trouva. Daphnis pour lors n'étoit pas avec son troupeau; il étoit dans le bois à cueillir de la ramée verte pour donner l'hiver aux chevreaux, et, voyant du haut des arbres les ennemis dans la plaine, se cacha au creux d'un vieux chêne. Chloé, qui étoit demeurée avec les troupeaux, se cuida sauver de vitesse , et se jeta comme en un asile dans l'antre des Nymphes, poursuivie jusqu'au lieu même, et là, prioit au nom des Nymphes ces soldats de ne vouloir faire déplaisir ni à elle ni à ses bêtes; mais en vain. Car les gens de Mcthymne, après avoir fait plusieurs vilenies

et moqueries aux images des Nymphes, remmenèrent elle et ses bêtes, en la chassant devant eux à coups de houssine comme une chèvre ou une brebis, et, voyant qu'ils avoient déjà plein leurs vaisseaux de toute sorte de butin, ne voulurent plus tirer outre, mais reprirent la route de leurs maisons, craignant l'hiver et les ennemis.

Ainsi s'en alloient les Méthymniens à force de rames, faisant peu de chemin, car le temps fut si calme, qu'il ne tiroit ni veiit ni haleine quelconque; et Daphnis, sorti de son creux après que tout ce bruit fut passé, s'en vint dans la plaine oîi leurs bétes avoient coutume de pâturer, et n'y voyant plus ni ses chèvres, ni les brebis, ni Chloé, mais seulement les champs tout seuls, et la flûte de laquelle Chloé se souloit ébattre jetée là, se prit à crier et pleurer, et en soupirant amèrement s'en couroit tantôt sous le fouteau à Tombre duquel ils avoient accoutumé de se seoir, tantôt au rivage de la mer, pour voir s'il la trouveroit point , et tantôt dans l'antre des Nymphes où il l'avoit vue fuir, et là, se jetant par terre devant leurs images , se complaignit à elles, disant qu'elles lui avoient bien failli au besoin a Chloé, disoit-il, vient d'être « arrachée de vos autels, et vous avez bien

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