LIVRE II
« eu le cœur de le voir et Tendurer ! elle a qui vous a fait tant de beaux chapelets a de fleurs ! elle qui vous offroit toujours « du premier lait ! elle qui vous a donné « ce flageolet même que je vois ici pendu 1 « Jamais loup ne me ravit une seule de « mes chèvres, et les ennemis m'ont maina tenant ravi le troupeau entier et ma com- « pagne bergère aussi. Mes chèvres, ils les « tueront et écorcheront incontinent ; les « brebis, ils en feront des sacrifices aux « Dieux ; et Chloé demeurera en quelque « ville loin de moi. Comment oserai-jeà « cette heure m'en aller devers mon père et a ma mère, sans mes chèvres, sans Chloé, « pour être désormais misérable manœu- « vre ; car il n'y a plus chez nous de bêtes « que je pusse garder. Mais non, je ne bou- « gérai d'ici, attendant la mort ou d'autres a ennemis qui m'emmènent aussi. Hélas!
« Chloé , es-tu en même peine que moi ?
«L te souvient-il de ces champs? as-tu point a de regret aux Nymphes et à moi ? ou si « te reconfortent nos brebis et nos chèvres « prisonnières avec toi ? »
Comme il achevoit ces paroles, le cœur gros de chagrin, de pleurs, le voilà pris d'un profond somme, et lui apparoissent les trois Nymphes, en guise de, belles et
grandes femmes, demi-nues, les pieds sans chaussure, les cheveux épars, en tout semblables aux images. Si lui fut avis, dès Tabord, qu'elles avoient pitié de lui; puis d'elles trois la plus âgée lui dit en le reconfortant : « Ne te plains point de nous, « Daphnis , nous avons plus de souci de « Chloé que tu n'as toi-même. Nous en <£ prîmes pitié dès-lors qu'elle venoit de « naître, et, abandonnée en cet antre, l'ace vons fait élever et nourrir. Car, afin que « tu le saches, rien n'a de commun Chloé « avec Dryas et ses brebis, ni toi non plus ce avec Lamon. Et quant à ce qui est d'elle, « nous y avons déjà pourvu. Elle n'ira « point prisonnière avec ces soldats à Mé- « thymne, ni ne sera partie de leur butin.
c( Pan, qui est là sous ce pin, et que vous « n'honorez jamais seulement de quelques a fleurettes, c'est lui que nous avons prié « de vouloir secourir Chloé, parce qu'il frétt quente volontiers entre gens de guerre, « et lui-même a conduit des guerres, quit- (( tant le repos des champs. Il marche dès « cette heure, dangereux ennemi, contre a ceux de Méthymne. Pourtant ne t'afflige « point, mais te lève et t'en va consoler « Lamon et Myrtale, qui sont jetés à terre ((. comme toi, croyant que tu aies été pris