‹ Les pastorales de Longus, ou Daphnis et ChloéChapitre 31 sur 74 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

a et emmené sur les vaisseaux. Demain a reviendra ta Chloé, avec vos brebis et vos a chèvt-es , et si les garderez encore et jouea rez de la flûte ensemble. Au demeurant « Amour aura soin de vous. »

Daphnis, ayant ouï et vu telles choses, s'éveilla soudain en sursaut, et, pleurant autant de joie que de tristesse , adora les Nymphes, prosterné devant leurs images, et leur promit, si Chloé retournoit à sauveté, de leur sacrifier la plus grasse de ses chèvres; et courant au pin sous lequel étoit le dieu Pan représenté avec les pieds d'un bouc, deux cornes en la tête, qui d'une main tenoit sa flûte, et de l'autre arrétoit un bouquin, l'adora aussi, et le pria qu'il lui plût faire promptement revenir Chloé, lui promettant semblablement de lui sacrifier un bouc; et jusques au soir environ le soleil couchant, à peine cessa-t-il ses larmes et ses vœux pour le retour de Chloé.

Enfin, ramassant sa feuillée, s'en retourna au logis, où il ôta de grand émoi Lamon et Myrtale, et les remplit de liesse ; puis mangea un petit et s'en alla dormir ; mais ce ne fut pas sans pleurer, ni faire prière aux Nymphes qu'elles lui apparussent encore , et que le jour revînt bientôt, et avec le jour, selon leur promesse, Chloé. Jamais

nuit ne lui fut si longue. Or voici comme il en alla.

Le capitaine de Méthymne, ayant navigué à la rame environ cinq quarts de lieue, voulut un petit rafraîchir ses gens las d'avoir couru le pays, et, trouvant un promontoire assez avancé en mer, dont l'extrémité présentoit deux pointes en manière de croissant, abri aussi sûr qu'aucun port, il y, jeta Tancre sous une roche haute et droite, sans autrement aborder, afin que de la côte à toute aventure on ne lui pût faire nul déplaisir, et ainsi permit à ses gens de se traiter et réjouir en pleine assurance. Eux, ayant à bord foison de tous vivres qu'ils a voient pillés , se mirent à manger, boire et faire fête comme on fait pour une victoire. Mais dès que le jour fut failli, et que la nuit eut mis fin à leUr bonne chère, il leur fut avis soudainement que la terre étoit toute en feu, et vers la haute mer entendirent un bruissement dans le lointain, comme des rames d'une grosse flotte qui fût venue contre eux. L'un crioit aux armes, l'autre appeloit ses compagnons; l'un pensoit être jà blessé, l'autre croyoit voir un homme mort gisant devant lui. Bref, y avoit tout tel tumulte comme en un combat de nuit; et si n'y avoit point d'ennemis.

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