LIVRE H. 7S
Après une nuit si terrible, le jour vint, qui les effraya encore davantage. Car ils virent les boucs de Daphnis et ses chèvres, les cornes toutes entortillées de rameaux de lierre avec leurs grappes; ils entendirent les brebis tt béliers de Chloé qui hurloient, comme loups; elle-même^ on la vit couronnée de tranchages de pin. Et en la mer se faisoient aussi choses étranges à conter. Car quand ils pensoient lever les ancres , elles tenoient au fond; quand ils cuidoient abattre leurs rames pour voguer, elles se rompoient. Les dauphins, sautant autour des vaisseaux et les battant de leur queue, en décousoient les jointures. Et entendoit-on du haut de la roche le son d'une flûte à sept cannes telle qu'en ont les bergers; mais ce son n'étoit point plaisant à ouïr, comme seroit le son d*une flûte ordinaire, ains épouvantoit ceux qui Tentendoient comme Téclat imprévu d'une trompette de guerre : de quoi ils étoient tous en merveilleux effroi , et couroient aux armes, disant que c*étoient les ennemis qui les venoient attaquer, et ne sa voit-on par où; et lors désiroient que la nuif revînt, comme s'ils eussent dû avoir trêve quand elle seroit venue.
Or n'étoit celui parmi eux conservant
tant soit peu de sens, qui ne connût clairement que tous ces prodiges venoient du dieu Pan, irrité contre eux pour quelque méfait ; mais ils n'en pouvoient deviner la cause, n'ayant touché chose qu'ils sussent appartenir à Pan;, jusqu'à ce qu'environ midi le capitaine, non sans expresse ordonnance divine, s'endormit, et lui apparut Pan lui-même disant telles paroles : « O « méchants sacrilèges! comme avez-vous a été si forcenés que d'oser emplir d'alarme a les champs que j'aime uniquement, ravir a les troupeaux qui sont en ma protection, ce et arracher par force d'un lieu saint une a jeune fille de laquelle Amour veut faire a une histoire singulière, et n'avez point a eu de crainte ni de révérence aux Nym- « phes qui le vous ont vu faire, ni à moi « aussi, qui suis le dieu Pan? Jamais vous c( ne verrez Méthymne,si vous y prétendez a porter un tel butin, ni jamais n'échappe- « rez le son de cette mienne flûte, qui vous « a naguère effrayés. Je vous ferai tous « abymer au fond de la mer et manger K aux poissons, si tu ne rends, et bientôt, « Chloé aux Nymph**es à qui vous l'avez ce enlevée, et quant et elle ses brebis et tout i(. le troupeau des chèvres. Pourtant lève- toi a sans délai, et la remets à terre avec ce