LIVRE II
comme elle avoit pu échapper des mains, de tant d'ennemis, et Chloé lui conta tout, son enlèvement dans la grotte, son départ sur le vaisseau, et le lierre venu aux cornes de ses chèvres, et la couronne de feuillage de pin sur sa tête; ses brebis qui avoient.
hurlé, le feu sur la terre, le bruit en la mer, les deux sortes de son de flûte, l'un de paix, Tautre de guerre, la nuit pleine d'horreur, et comme une certaine mélodie musicale Tavoit conduite tout le chemin sans qu'elle en vît rien»
Adonc reconnoissant Daphnis le Secours manifeste de Pan et l'effet de ce que les Nymphes lui avoient promis, conta de sa part à Chloé tout ce qu'il avoit ouï, tout ce qu'il avoit vu, et comme, se mourant d'amour et de regret, il avoit été par les Nymphes rendu à la vie. Puis il l'envoya quérir Dryas et Lamon, et quant et quant tout cç qui fait besoin pour un sacrifice, et luimême cependant prit la plus grasse chèvre qui fût en son troupeau, de laquelle il entortilla les ctfrnesavec du lierre, en la même sorte et manière que les ennemis les avoient vues, et après lui avoir versé du lait entre les cornes, la sacrifia aux Nymphes, la pendit et l'écorcha, et leur en consacra la peau attachée au roc. Puis quand Chloé fut re-
8o DAPHNIS ET CHLOÉ.
venue, amenant Dryas et Lamon et leurs femmes, il fit rôtir une partie de la chair et bouillir le reste: mais avant tout il mit à part les prémices pour les Nymphes, leur épandit de la cruche pleine une libation de vin doux, et, ayant accommodé de petits lits de feuillage et verde ramée pour tous les convives, se mît avec eux à faire bonne chère, et néanmoins avoit toujours Toeil sur les troupeaux, crainte que le loup survenant d'emblée ne fît son coup pendant ce tempslà. Puis tous, ayant bien repu, se mirent à chanter des hymnes aux Nymphes, que d*anciens pasteurs avoient composées. La nuit venue, ils se couchèrent en la place même emmi les champs, et le lendemain eurent aussi souvenance de Pan. Si prirent le bouc chef du troupeau, et, couronné de branchages de pin, le menèrent au pinsons lequel étoit l'image du Dieu, et, louant et remerciant la bonté de Pan, le lui sacrifièrent, le pendirent, l'écorchèrent, puis firent bouillir une partie de la chair et rôtir l'autre, et le tout étendirent émmi le beau pré sur verde feuillade. La peau avec les cornes fut au tronc de l'arbre attachée tout contre Timage de Pan, offrande pastorale à un Dieu pastoral ; et ne s'oublièrent non plus de lui mettre à part les prémices, et si