‹ Les pastorales de Longus, ou Daphnis et ChloéChapitre 61 sur 74 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

« beaux rosiers, comme ils sont rompus !

« Ah ! mes violiers, comme ils sont foulés!

« Mes hyacinthes et mes narcisses sont ara rachés ! C'a bien été quelque méchant et a mauvais homme qui me les a ainsi perce dus. Le printemps reviendra, et ceci ne « fleurira point ; Tété retournera, et ce lieu « demeurera sans parure; l'automne, il a n'y aura point ici de quoi faire un boute quet seulement. Et toi, sire Bacchus, « n*as-tu point eu de pitié de ces pauvres « fleura, que l'on a ainsi, toi présent et a devant tes yeux, diffamées , desquelles je a t'ai fait tant de couronnes ! Comment « maintenant montrerai -je à mon maître « son jardin? Que me dira-t-il quand il le « verra si piteusement accoutré? Ne fera- « t-il pas pendre ce malheureux vieillard, « comme Marsyas, à l'un de ces pins? Si « fera, et à l'aventure Daphnis aussi quant « et quant, pensant que c'aura été sa faute pour avoir mal gardé ses chèvres. »

Ces regrets et pleurs de Lamon leur redoublèrent le deuil à tous, pource qu'ils déploroient non plus le gâtdes fleurs, mais le danger de leurs personnes. Chloé lamentoit son pauvre Daphnis, s'il falloit qu'il fût pendu, et prioit aux Dieux que ce maître tant attendu ne vînt plus ; et lui

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étoieût les jours bien longs et pénibles à passer, pensant voir déjà comme Von fouettoit le pauvre Daphnis.

Sur le soir Eudrome leur vint annoncer que dans trois jours seulement arriveroit leur vieux maître, mais que le jeune, qui étoit son filsy viendroit dès le lendemain. Si se mirent à consulter entre eux ce qu'ils avoient à faire touchant cet inconvénient, et appelèrent à ce conseil Eudrome > qui, voulant du bien à Daphnis, fut d'avis qu'ils déclarassent la chose à leur jeune maître comme elle étoit avenue ; et si leur promit qu*il les aideroit, ce qu'il pouvoit très bien faire, étant en la grâce de son maître à cause qu'il étoit son frère de lait; et le lendemain firent ce qu'il leur avoit dit. Car Astylevint le lendemain, à cheval, et quant et lui un sien plaisant qu'il menoit pour passer le temps, à cheval aussi, lui jeune homme à qui la barbe cocnmençoit à poindre, l'autre rasé jà de longtemps. Arrivé ce jeune maître , Lamon se jeta devant ses pieds, avec Myrtale et Daphnis, le suppliant avoir pitié d'un pauvre vieillard et le sauver du courroux de son père, attendu qu'il ne pouvoit mais deTinconvénient, et lui conte cequec'ctoit.

Astyle çn eut pitié, çntradans k jardlu^et,

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ayant vu le gât, leur promit de les excuser, et en prendre sur lui la faute, gisant que, ç'auroient été ses chevaux qui,s*étant détar chés, aurçient ainsi rompu, foulé, froissé, arraché tout ce qui étoit de plus beau.

Pour cette bénigne réponse Lamon et Myrtale firent prières aux Dieux de lui accorder l'accomplissement de ses désirs.

Mais Daphnis lui apports^ davantage de beaux présents, comme des chevreaux, des fromages, des oiseaux avec leurs petits, des grappes tenant au sarmeqt çt des pommes, encore au^ branches; et aussi lui donna Daphnis de cç fameux vin odorant que, produit Lesbos, vin le meilleur dç tous à boire. A^ty^e loua ses présents et lui en sut fort boipi gré, et, en attendant son père, se, divertissoit à chasser au lièvre, comme un )eui;^e hpmme de bonne maison, qui ne cherçhoit qi^e nouveaux passetemps et étoit là venu pour, prendre l'air des champs.

Mais Gnathon étoit un gourmand, qui ne savoit autre chose faire que manger et boire jusqu'à s'enivrer, et après boire assouvir ses déshonnétes envies; en un mot, tout gueule et tout ventre, et tout... ce qui est au-dessous du ventre; lequelj ayant vu P^phnis qv\^n4 il apport^ ses présents, ne

lié DAPHNIS ET CHLOÉ.

faillit à le remarquer; car outre ce qu'il aimoît naturellement les garçons, il rencontroit en celui-ci une beauté telle que la ville n'en eût su montrer de pareille. Si se proposa de Taccointer, pensant aisément venir à bout d'un jeune berger comme lui.

Ayant tel dessein dans Tesprit, il ne voulut point aller à la chasse avec Astyle, ains descendit vers la. marine, là où Daphnîs gardoit ses bêtes, feignant que ce fût pour voir les chèvres, mais au vrai c'étoit pour voir le chevrier. Et afin de le gagner d'abord, il se mit à louer ses chèvres, le pria de lui jouer sur sa flûte quelque chanson de chevrier, et lui promit qu'avant peu il le feroit affranchir, ayant, disoit-il, tout pouvoir et crédit sur l'esprit de son maître. Et comme il crut s'être rçndu ce jeune garçon obéissant, il épia le soir sur la nuit qu'il ramenoit son troupeau au tect, et, accourant à lui, le baisa premièrement, puis lui dit qu'il se prêtât à lui en même façon que les chèvres aux boucs. Daphnis fut long-temps qu'il n'entendoit point ce qu'il vouloit dire, et à la fin lui répondit que c'étoit bien chose naturelle que le bouc montât sur la chèvre, mais qu'il n'avoit oncques vu qu'un bouc saillit un autre touc, ni que les béliers montassent l'un .

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