‹ Les pastorales de Longus, ou Daphnis et ChloéChapitre 62 sur 74 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

sur Tautre, ni les coqs aussi, au lieu de couvrir les brebis et les poules.

Non pour cela Gnathon lui met la main au corps comme le voulant forcer. Mais Daphnis le repoussa rudement, avec ce qu'il étoit si ivre qu'à peine se tenoit-il en pieds, le jeta à la i:enverse, et, partant comme un jeune levron, le laisse. étendu, ayant affaire de quelqu'un pour le relever.

Daphnis, de là en avant ne s'approcha plus de lui, mais menoitses chèvres paître tantôt en un lieu, tantôt en un autre, le fuyant autant qu'il cherchoit Chloé. Gnathon même ne le poursuivoit plus depuis qu'il Teût reconnu non seulement beau> mais fort et roide jeune garçon ; si cherchoit occasion propre pour en parler à Astyle, et se promettoit que le jeune homme lui en feroit don, ayant accoutumé de ne lui refuser rien. Toutefois pour l'heure il ne put, car Dionysophane et sa femme Cléariste arrivèrent, et y avoit dans la maison grand tumulte de chevaux, de valets, d'hommes et de femmes ; mais, en attendant qu'il le trouvât seul, il lui préparoit une belle harangue de son amour.

Or avoit Dionysophane les cheveux déjà demi-blancsj grand et bel homme d'ailleurs, et qui de la disposition de sa personne

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eût encore tenu bon aux jeunes gens ; riche autant que qui que ce fût des citoyens de sa ville, et de meilleur cœur que pas un. II sacrifia le premier jour de son arrivée aux divinités champêtres, àCérès, à Bacchus,à Pan, aux Nymphes, et fit un festin à toute sa famille. Les jours suivants il visita les champs que tenoit Lamon ; et voyant partout terres bien labourées, vignps bien façonnées, le verger beau au demeurant, car Astyle avoit pris sur lui le gât des fleurs et du jardin, il fut fort joyeux de trouver tout en si bon ordre, et, louant Lamon de sa diligence, il lui promit la liberté.

Cela vu^ il alla voir aussi les chèvres et le chevrier qui les gardoit. Chloé, ayant peur et honte taut ensemble de si grande compagnie, s'enfuit cacher dedans le bois.

Daphnis demeura, et se présenta les épaules couvertes . d'une peau de chèvre à long poil , une panetière toute neuve'en écharpe à son côté, tenant en Tune de ses mains de beaux fromages tout frais faits, et en l'autre deux chevreaux de lait. Si jamais^ comme Ion dit, Apollon garda les bœufs de Laomédpn, il étoit tel que parut alors D^^phnis, lequel quant à lui ne dit mot, mais^ le visage plein de rougeur et les yeux baissés, sln * clinant devant le maitre> lui offrit ses dons,

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