‹ Les Pastorales de LongusChapitre 10 sur 91 · Fin du supplément · texte numérisé non relu

Fin du supplément

365 « de chapelets ! La violette etle muguet florissent, Daphnis se « fane. Dorcon à la fin paroîtra plus beau que moi.» Voilà comment se passionnoit le pauvre Daphnis, et les paroles qu'il disoit, comme celui qui lors premier expérimentoit les étincelles d'amour.

370 Mais Dorcon, ce gars, ce bouvier amoureux aussi de Chloé, prenant le moment que Dryas plantoit un arbre pour soutenir quelque vigne, comme ille connoissoit déja, d'alors que lui Dryas gardoit les bêtes aux champs, le vient trouver avec de beaux fromages gras, et d'abord il lui donna ses fromages ; puis commençant

375 à entrer en propos par leur ancienne connaissance, fit tant qu'il tomba sur les termes du mariage de Chloé, disant qu'il la veut prendre à femme lui promet pour lui de beaux présents, comme bouvier ayant de quoi. Il lui vouloit donner, dit-il, une couple de bœufs de labour, quatre ruches d’abeilles, cinquante pieds de pom-

380 miers, un cuir de bœuf à semeler souliers, et par chacun an un veau tout prêt à sevrer ; tellement que touché de son amitié, alléché par ses promesses, Dryas lui cuida presque accorder le mariage. Mais songeant puis après que la fille étoit née pour bien plus grand parti, et craignant qu'un jour si elle venoit à être reconnue, et ses parents

389 à savoir que pour la friandise de tels dons il l’eût mariée en si bas lieu, on ne lui en voulût mal de mort, il refusa toutes ses offres, et l’'éconduisit en le priant de lui pardonner.

Par ainsi Dorcon se voyant pour la deuxième fois frustré de son espérance, et encore qu'il avoit pour néant perdu ses bons fro-

390 mages gras, délibéra, puisqu'autrement ne pouvoit. la première

fois qu’il la trouveroit seule à seul, mettre la main sur Chloé. Pour

à quoi parvenir, s'étant avisé qu'ils menoient l’un après l’autre boire

leurs bêtes, Chloé un jour, et Daphnis l’autre, il usa d’une finesse

de jeune pâtre qu'il étoit. Il prend la peau d’un grand loup qu'un sien taureau, en combattant pour la défense des vaches, avoit tué avec ses cornes, et se l’étend sur le dos, si bien que les jambes de

C9 Le) Ve) on

F 370 Mais Dorcon, le bouvier amoureux. — 371. prenant le temps. — 372. et le connoissant déjà. — 372. d'alors que lui même. — 373. le vint trouver. — 376 lui offrit biens et chevance s’il la lui donnoit à femme, lui promit. — 377. comme il pouvoit très bien faire, étant bouvier et ayant dequoi

(sic). — 379. cinquante plants. — 380 un veau qui seroit prêt à sevrer. — 381. tellement que Dryas touché, ete. — 385 sçavoir. — 393. il imagina une ruse merveilleusement convenable à jeune pasteur comme lui. — 394. Il

prit. — 396. et l’étendit sur son dos.

B 378. ayant bien de quoi. — 385. sçavoir. — 395. avait.

devant lui couvroient les bras et les mains, celles de derrière lui pendoient sur les cuisses jusqu'aux talons, et la hure le coiffoit en la forme même et manière du cabasset d’un homme de guerre. S'étant ainsi fait loup tout au mieux qu’il pouvoit, ils’en vient droit à la fontaine, où buvoient chèvres et brebis après qu’elles avoient pâturé Or étoit cette fontaine en une vallée assez creuse, et toute la place à l’entour pleine de ronces et d'épines, de chardons et bas genevriers, tellement qu’un vrai loup s’y fût bien aisément caché. Dorcon se musse là dedans entre ces épines, attendant l'heure que les bêtes vinssent boire ; et avoit bonne espérance qu'il effrayeroit Chloé sous cette forme de loup, et la saisiroit au corps pour en faire à son plaisir.

Tantôt apréselle arriva. Elle amenoit boire les deux troupeaux, ayant laissé Daphnis coupant de la plus tendre ramée verte pour ses chevreaux après pâture. Les chiens qui leur aidoient à la garde des bêtes suivoient ; et comme naturellement ils chassent mettant le nez par-tout, ils sentirent Dorcon se remuer voulant assaillir la fillette : si se prennent à aboyer, se ruent sur lui comme sur un loup, et l’environnant qu’il n’osoit encore, tant il avoit de peur, se dresser tout-à-fait sur ses pieds, mordent en furie la peau de loup, et tiroient à belles dents. Lui, d’abord honteux d'être reconnu, ct défendu quelque temps de cette peau qui le couvroit. se tenoit tapi contre terre danslehallier sans dire mot ; mais quand Chloé, apercevant au travers de ces broussailles oreille droite et poil de bête", appela toute épouvantée Daphnis au secours, et que les chiens lui ayant arraché sa peau de loup, commencèrent à le mordre luimême à bon escient, lors il se prit à crier si haut qu'il put, priant Chloé et Daphnis qui jà étoit accouru, de lui vouloir être en aide ; ce qu'ils firent, et avec leur sifflement accoutumé, eurent incontinent apaisé les chiens ; puis amenèrent à la fontaine le malheureux Dorcon, qui avoit été mors et aux cuisses et aux épaules, lui laverent ses blessures où les dents l’avoient atteint, et puis lui nurent

F 396. les pieds de devant lui tomboient jusque sur les mains. — 397. ceux

de derrière. — 398. jusques aux. — 398 lui couvroit la tête, ne plus ne moins que le cabasset à un homme de guerre. — 413. partout. — 416. tout à fait. - 417. honteux dabord (sic). — 417. et puis défendu quelque temps — 419. appercevant — 426. appaisé. — 427. et lui lavèrent. —

398. coiffoit. — 413. partout — 416. tout à fait. — 426. appaisé.

1. On lit dans l’édition Paulin (1834) poil de téte, faute grossière qui s'est glissée dans les éditions postérieures.

dessus de l’écorce d’orme mâchée !, étant tous deux si peu rusés et si peu expérimentés aux hardies entreprises d'amour, qu'ils estimèrent que cette embûche de Dorcon avec sa peau de loup ne fût que jeu seulement, au moyen de quoi ils ne se courroucèrent point à lui, mais le reconfortèrent et le reconvoyèrent quelque espace de chemin, en le ? menant par la main ; et lui qui avoit été en si grand danger de sa personne, et que l’on avoit recous de la gueule, non du loup, comme il se dit communément, mais des chiens, s'en alla panser les morsures qu'il avoit par tout le corps.

Daphnis et Chloé cependant, jusques à nuit close, travaillèrent après leurs chèvres et brebis, qui, effrayées de la peau de loup, cffarouchées d’ouir si fort aboyer les chiens, fuyoient, les unes à la cime des plus hauts rochers, les autres au plus bas des plages de la mer, toutes au demeurant bien apprises de venir à la voix de leurs pasteurs, se ranger au son du flageolet, s'amasser ensemble en oyant seulement battre des mains ; mais la peur leur avoit alors fait tout oublier ; et après les avoir suivies à la trace comme des lièvres, et à grand'peine retrouvées, les ramenèrent toutes au tect ; puis s’en allèrent aussi reposer ; là où ils dormirent cette seule nuit de bon sommeil. Car le travail qu'ils avoient pris leur fut un remède pour l'heure au mésaise d'amour : mais revenant le jour, ils eurent même passion qu'auparavant, joie à se revoir, peine à se quitter ; ils souffroient, ils vouloient quelque chose, et ne savoient ce qu'ils vouloient. Cela seulement savoient-ils bien, l’un que son mal étoit venu d’un baiser, l’autre, d’un baigner à.

428. et puis lui mirent dessus de l'écorce d'orme mâchée manque dans F. — 433. quelqu'espace. — 438. D'autre côté Daphnis et Chloé eurent bien de la peine jusques à la nuit à rassembler leurs chèvres et brebis, lesquelles effrayées pour la peau de loup, et quand et quand éperdues et

effarouchées. — 440. étoient les unes montées jusques à la cime des rochers, les autres descendues jusqu'au bord de la mer. — 446. et retrouvées à bien grande peine. — 449. mais dès que le Jour fut revenu, ils recommencerent

a être passionnés comme devant. Ils avoient de la joye à se revoir, grande peine a se quitter.

438. cependant travaillèrent, avant qu’il fût nuit, à chercher de tous côtés leurs. — 440. chiens, étoient les unes montées à la cime des rochers, les autres descendues jusqu’au bord de la mer. — 446. leur avoir (sic). — 450. joye. — 451. sçavoient. — 452. sçavoient-ils. |

1 Amyot: puis luy mirent dessus de l’écorce verte d’orme maschée.

Page 1