‹ Les Pastorales de LongusChapitre 19 sur 91 · parce qu'il. — 436. lui même · texte numérisé non relu

parce qu'il. — 436. lui même

l'autre arrêtoit un bouquin, l’adora aussi, et le pria qu'il lui plût faire promptement revenir Chloé, lui promettant semblablement de lui sacrifier un bouc ; et jusques au soir environ le soleil couchant, à peine cessa-t-il ses larmes et ses vœux pour le retour de Chloé. Enfin ramassant sa feuillée, il s’en retourna au logis, où il ôta de grand émoi Lamon et Myrtale, et les remplit de liesse; puis mangea un petit et s'en alla dormir ; mais ce ne fut pas sans pleurer, ni sans faire prière aux-Nymphes qu'elles lui apparussent encore, et que le jour revint bientôt, et avec le jour, selon leur promesse, Chloé. Jamais nuit ne lui fut si longue. Or voici comme il en alla.

Le capitaine de Méthymne ayant navigué à la rame environ cinq quarts de lieue, voulut un petit refraîchir ses gens las d’avoir couru le pays, et trouvant un promontoire assez avancé en mer, dont l'extrémité présentoit deux pointes en manière de croissant, abrit aussi sûr qu'aucun port, il y jeta l’ancre sous une roche haute et droite, sans autrement aborder, afin que de la côte à toute aventure on ne lui pût faire nul déplaisir, et ainsi permit à ses gens de se traiter et réjouir en pleine assurance. Fux ayant à bord foison de tous vivres qu'ils avoient pillés, se mirent à manger, boire et faire fête, comme on fait pour une victoire. Mais dès que le jour fut failli, et que la nuit eut mis fin à leur bonne chère, il leur fut avis soudainement que la terre étoit toute en feu, et vers la haute mer entendirent un bruissement dans le lointain, comme des rames d’une grosse flotte qui fût venue contre eux. L’un crioit aux armes, l’autre appeloit ses compagnons ; l’un pensoit être jà blessé, l'autre croyoit voir un homme mort gisant devant lui. Bref, y avoit tout tel tumulte comme en un combat de nuit ; et si, n'y avoit point d’ennemis.

Après une nuit si terrible, le jour vint qui les effraya encore davantage. Car ils virent les boucs de Daphnis et ses chèvres, les cornes toutes entortillées de rameaux de lierre avec leurs grappes ; ils entendirent les brebis et béliers de Chloé qui hurloient comme loups ; elle-même on la vit couronnée de branchages de pin. Et en la mer se faisoient aussi choses étranges à conter. Car quand ils pensoient lever les ancres, elles tenoient au fond ; quand ils cui-

450. boucquin. — 457. prières. — 458. revint. — 459. ne lui sembla si longue. — 460. Methymne. — 460. ayant cheminé. — 461. rafraichir. — 463. l'extremité. — 466. aucun déplaisir. — 475, il y avoit. — 482. de branchage. — 484. au fonds.

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