navigé. — 461. rafraîchir. — 475. il y avoit
doient abattre leurs rames pour voguer, elles se rompoient. Les dauphins sautant autour des vaisseaux et les battant de leur queue, en décousoient les jointures. Et entendoit-on du haut de la roche le son d'une flûte à sept cannes telle qu’en ont les bergers ; mais ce son n'étoit point plaisant à ouir, comme seroit le son d’une flûte ordinaire, ains épouvantoit ceux qui l’entendoient comme l'éclat imprévu d’une trompette de guerre: de quoi ils étoient tous en merveilleux effroi, et couroient aux armes, disant que c'étoient les ennemis qui les venoient attaquer, et ne savoit-on par où ; et lors desiroient que la nuit revint, comme s'ils eussent dû avoir trève quand elle seroit venue.
Or n'étoit celui parmi eux conservant tant soit peu de sens, qui ne connût clairement que tous ces prodiges venoient du dieu Pan irrité contre eux pour quelque méfait, mais ils n’en pouvoient deviner la cause, n'ayant touché chose qu'ils sussent appartenir à Pan ; jusqu’à ce qu'environ midi le capitaine, non sans expresse ordonnance divine, s’endormit, et lui apparut Pan lui-même disant telles paroles : « O méchants sacrilèges! comme avez-vous été si « forcenés que d'oser emplir d'alarme les champs que j'aime uni- « quement, ravir les troupeaux qui sont en ma protection, et arra- « cher par force d’un lieu saint une jeune fille de laquelle Amour « veut faire une histoire singulière, et n’avez point eu de crainte ni « de révérence aux Nymphes qui le vous ont vu faire, ni à moi aussi « qui suis le dieu Pan ! Jamais vous ne verrez Méthymne, si vous « y prétendez porter un tel butin, ni jamais n’échapperez le sen de « cette mienne flûte, qui vous a naguère effrayés. Je vous ferai tous « abymer au fond de la mer et manger aux poissons, si tu ne rends, « et bientôt, Chloé aux Nymphes à qui vous l’avez enlevée, et « quant et elle ses brebis et tout le troupeau des chèvres. Pourtant « lève-toi sans délai, et la remets à terre avec ce que je t'ai dit, et € je vous conduirai tous deux en vos maisons, elle par terre et toi « par mer. »
A ces paroles tout troublé, le capitaine Bryaxis (car ainsi avoit-il
492. dequoi. — 495. du. — 498. du Dieu Pan. — 502. Pan lui même. — 503. sacriléges. — 506. amour. — 509. Methymne. — 510. pretendez. — 512. au fonds. — 515. et remets à terre la bergère Chloé. — 518. Le capitaine Bryaxis, (car ainsi avoit-il nom) ces paroles ouies, s’éveilla en sursaut, et fit incontinent appeller les capitaines. de chaque galère, auxquels il commanda que l’on cherchât Chloé entre les prisonniers ; ce qui fut aussitôt fait.
500, sçussent.
nom) s’éveilla en sursaut, et de chaque galère aussitôt faisant appeler les chefs, commanda qu'on cherchât entre les prisonniers Chloé jeune bergère, et fut fait ; et n’eurent pas de peine à la trouver, car elle étoit assise la tête couronnée de pin. Si la mènent au capitaine ; et lui, connoissant bien à cela que c’étoit pour elle qu'il avoit eu
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cette apparition en dormant, la conduisit lui-même à terre dans la 525 galère capitainesse, dont elle ne fut pas plutôt hors, que du haut de la roche aussitôt on entend un nouveau son de flûte, non plus épouvantable en manière de l’alarme, mais tel que bergers ont coutume de sonner quand c’est pour mener leurs bêtes aux champs; et brebis aussitôt de sortir du navire courant par l'escale sans 530 broncher, ei les chèvres encore mieux, comme celles qui savoient jà gravir et descendre tous lieux escarpés. Puis chèvres et brebis à terre entourèrent Chloé, bondissant, sautelant et bélant, et sembloient s’éjouir avec elle de leur commune délivrance. Mais les troupeaux des autres bergers et chevriers demeurèrent 535 où on les avoit mis, et ne bougèrent de dessous le tillac des galères, comme n'étant point pour eux le son de la flûte ; de quoi tout le monde s'émerveilla grandement, et en loua la puissance et bonté de Pan. Et encore vit-on de plus étranges merveilles en l’un et en l’autre élément. Car les galères des Méthymniens démarrèrent 540 d’elles-mêmes, avant qu’on eût levé les ancres, et y avoit un dauphin qui les conduisoit sautant hors de l’eau devant la capitainesse ; et sur terre un fort doux et plaisant son de flûte conduisoit les deux troupeaux, sans que l’on pût voir qui en jouoit ; si que les brebis et les chèvres marchoïent et paissoient en même temps, avec très 545 grand plaisir d’ouir telle mélodie.
C'étoit environ l'heure qu'on ramène les bêtes aux champs après midi. Daphnis apercevant de tout loin, d’une vedette élevée, Chloé avec les deux troupeaux, à Nymphes ! à Pan ! s'écria-t-il; et des-
F 522. Ainsi la menerent au Capitaine, lequel connut bien. — 524. Si la fit conduire à terre. — 525. plustôt hors qu'on entendit derechef le son de la flûte du haut du rocher, mais non plus effroyable en manière. — 527. ains tel que les bergers ont accoutumé. — 528. quand ils menent. — 529. Les brebis mêmes au sortir couroient par l’escale. -— 532. entourerent. — 533. se réjouir. — 534. demeuroient. — 535. ne bougerent. — 536. comme n'étant pour eux. — 539. Methymniens. — 539. demarrerent d'elles mêmes. — 541. et sur la terre. — 544. et pâturoient ensemble. — 546. remène. — 947. appercevant. — 547. du haut d’un rocher. — 548 s’écrie à haute voix : O Nymphes ! O gentil Pan ! :
B 530. sçavoient. — 544, très-grand. — 546. remène.
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cendu dans la plaine, court à elle, se jette dans ses bras, épris de si grande joie qu’il en tomba tout pâmé. À peine purent le ranimer les baisers même de Chloé qui le pressoit contre son sein. Ayant enfin repris ses esprits, il s'en fut avec elle sous le hêtre, là où s'étant tous deux assis, il ne faillit à lui demander comme elle avoit pu échapper des mains de tant d’ennemis, et Chloé lui conta tout, son enlèvement dans la grotte, son départ sur le vaissseau, et le lierre venu aux cornes de ses chèvres, et la couronne de feuillage de pin sur sa tête ; ses brebis qui avoient hurlé, le feu sur la terre, le bruit en la mer, les deux sortes de son de flûte, l’un de paix, l’autre de guerre, la nuit pleine d'horreur, et comme une certaine mélodie musicale l’avoit conduite tout le chemin sans qu’elle en vit rien.
Adonc reconnoissant Daphnis le secours manifeste de Pan et l'effet de ce que les Nymphes lui avoient promis, conta de sa par à Chloé tout ce qu'il avoit oui, tout ce qu’il avoit vu, et comme, se mourant d'amour et de regret, il avoit été par les Nymphes rendu à la vie. Puis il l'envoya querir Dryas et Lamon, et quant et quant tout ce qui fait besoin pour un sacrifice, et lui-même cependant prit la plus grasse chèvre qui fût en son troupeau, de laquelle il entortilla les cornes avec du lierre, en la même sorte et manière que les ennemis les avoient vues, et après lui avoir versé du lait entre les cornes, la sacrifia aux nymphes !, la pendit et l’écorcha, et leuren consacra la peau attachée au roc. Puis quand Chloé fut revenue, amenant Dryas et Lamon et leurs femmes, il fit rôtir une partie de la chair et bouillir le reste ; mais avant tout il mità part les prémices pour les Nymphes, leur épandit de la cruche pleine une libation de vin doux, et ayant accommodé de petits lits de feuillage et verde ? ramée pour tous les convives, se mit avec eux à faire bonne chère, et néanmoins avoit toujours l'œil sur les troupeaux, crainte que le loup survenant d'emblée ne fit son coup pen-
550. joye. — 551. les baisers mêmes. — 555. enlevement. — 559. la nuit épouvantable. — 566. quand et quand. — 572. fut venue, amenant avec elle. — 577. verde ramée. — 577. il se mit. — 578. et néantmoins. — 579. ne fit.