‹ Les Pastorales de LongusChapitre 38 sur 91 · et de rechef. — 307. l’emmeneroit · texte numérisé non relu

et de rechef. — 307. l’emmeneroit

tant qu'il se peut dire et conter de propos d'amour, pensant avoir bien de quoi justifier sa passion, lui répondit d'assez bon sens : « Celui qui aime, Ô mon cher maître, ne se soucie point de tout « cela ; ains n'y a chose au monde, pourvu que beauté s'y trouve, « dont on ne puisse être épris. Tel a aimé une plante, telun fleuve, « tel autre jusqu'à une bête féroce, et si pourtant, quelle plus « triste condition d'amour que d’avoir peur de ce qu’on aime ? € Quant à moi, ce que j'aime est serf par le sort, mais noble par « la beauté. Vois-tu comment sa chevelure semble la fleur « d’hyacinthe, comment audessous des sourcils ses yeux étincellent « ne plus ne moins qu’une pierre brillante mise en œuvre, com- « ment ses joues sont colorées d’un vif incarnat ! et cette bouche « vermeille ornée de dents blanches comme ivoire, quel est celui « si insensible et si ennemi d'Amour, qui n'en desirât un baiser ? « J'ai mis mon amour en un pâtre ; mais en cela j’imite les Dieux. « Anchise gardoit les bœufs, Vénus le vint trouver aux champs ; «€ Branchus paissoit les chèvres, et Apollon l’aima; Ganymède « étoit berger, et Jupiter le ravit pour en avoir son plaisir. « Ne méprisons point un enfant auquel nous voyons les bêtes « mêmes si obéissantes; mais bien plutôt remercions les aigles « de Jupiter qui souffrent telle beauté demeurer encore sur la «terre.»

Astyle à ces mots se prit à rire, disant qu'Amour, à ce qu'il voyoit, faisoit de grands orateurs, et depuis cherchoit occasion d’en pouvoir parler à son père. Mais Eudrome avoit écouté en cachette tout leur devis, et étant marri qu'une telle beauté fût abandonnée à cet ivrogne, outre ce que d'inclination il vouloit grand bien à Daphnis, alla aussitôt tout conter et à lui-même et à Lamon. Daphnis en fut tout éperdu de prime-abord, délibérant s'enfuir plutôt avec Chloé, ou bien ensemble mourir. Mais Lamon appelant Myrtale hors de la cour: « Nous sommes perdus, ma « femme, lui dit-il ; voici tantôt découvert ce que nous tenions « caché. Deviennent ce qu’elles pourront et les chèvres et lereste ;

316. lui repondit. — 317. maitre. — 322. Quand à moi. — 324. au-dessous. — 327. yvoire. — 328. désirât. — 330. Venus. — 331. Ganymede. — 334. bien plustôt. — 337. à ces mots ne se put empêcher de rire. — 338. l'occasion. — 341. yvrogne. — 342. lui même. — 344. plustôt.

321. au-dessous. — 327. yvoire. — 334. bien plustôt. — 341. yvrogne. — 344. plustôt.

« mais, par les Nymphes et Pan, dussé-je, comme on dit, rester « bœuf à l’étable et ne faire plus rien, je ne me tairai point dela « fortune de Daphnis, ains déclarerai comment je l'ai trouvé « abandonné, dirai comment je l'ai vu nourri, et montrerai ce « que j'ai trouvé quant et lui, afin que ce coquin voye où s'adresse « son amour. Prépare-moi seulement les enseignes de reconnois- « sance. » Cela dit, ils rentrèrent tous deux.

Cependant Astyle trouvant son père à propos, lui demanda permission d'emmener Daphnis à Mitylène, disant que c'étoit un trop gentil garcon pour le laisser aux champs, et que Gnathon l'auroit bientôt instruit au service de la ville. Le père y consentit volontiers, et faisant appeler Lamon et Myrtale, leur dit pour bonne nouvelle que Daphnis, au lieu-de garder les bêtes, serviroit de là en avant son fils Astyle en la ville, et promit qu'il leur donneroit deux autres bergers au lieu de lui. Adonc, étant jà les autres esclaves accourus bien joyeux d'avoir un tel compagnon. Lamon demanda congé de parler ; ce qui lui étant accordé, il parla en cette sorte : « Je te prie, mon maître, écoute un propos vérita- « ble de ce pauvre vieillard ; je jure les Nymphes et le dieu Pan « que je ne te mentirai d’un mot. Je ne suis pas le père de Daphnis, € ni n’a été ma femme Myrtale si heureuse que de porter un tel « enfant. Il fut exposétout petit par des parents qui en avoient « possible assez d’autres plus grands. Je le trouvai abandonné de « père et de mère, allaité par une de mes chèvres, laquelle j'ai « enterrée dans lejardin, après qu’elle fut morte de sa mort natu- « relle, l'ayant aimée pource qu'elle avoit fait œuvre de mère en- « vers cet enfant. Je trouvai quant et quant des joyaux qu’on avoit « laissés avec lui, pour une fois le reconnoître. Je le confesse et « les garde ; car ce sont marques auxquelles on peut voir qu'il est « issu de bien plus haut état que le nôtre. Or ne suis-je point «€ marri qu'il serve ton fils Astyle, et soit à beau et bon maître un

348. mais, par les Dieux, quand on me devroit faire mourir, je ne metairai point, etc. — 352. quand et lui. — 353. Prépare moi. — 354. rentrerent. — 306. Mitylene. — 361. et leur promit qu’il leur donneroit. — 362. Adonc Lamon, étant jà les autres esclaves accourus. -- 364. il parla de telle sorte. — 365. maitre. — 366. et je te jure par les Nymphes et par le Dieu Pan. — 367. mentirai pas d'un mot. — 369. qui en avoient sans doute. — 371. allaitté. — 374. quand et quand. — 375. reconnoitre. — 377. le notre. — 378. Astyle ; ce sera à beau et bon maitre un beau et bon serviteur.

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