‹ Les Pastorales de LongusChapitre 39 sur 91 · Adonc Lamon, étant jà les autres esclaves accourus · texte numérisé non relu

Adonc Lamon, étant jà les autres esclaves accourus

€ beau et bon serviteur : mais je ne puis du tout souffrir qu'on le « livre à Gnathon, pour en faire comme d’une femme. »

Lamon ayant dit ces paroles, se tut et répandit force larmes. Gnathon fit du courroucé en le menaçant de le battre ; mais Dionysophane, frappé de ce qu'avoit dit Lamon, regarda Gnathon de travers et lui commanda qu'il se tût, puis interrogea de rechef le vieillard, lui enjoignant de dire vérité, sans controuver des menteries pour cuider retenir son fils. Lamon persistant dans son dire, attesta les Dieux, et s’offrit à tout souffrir s’il mentoit. Dionysophane adonc examinant ses paroles avec Cléariste assise auprès de lui : « À quelle fin auroit Lamon controuvé ce récit, vu que pour « un chevrier on lui en veut donner deux ? Comment seroit-ce € qu'un rude paysan eût inventé tout cela ? Puis, n’étoit-il pas visi- « ble qu'un si bel enfant n’avoit pu naître de telles gens ? » Si pensèrent d'un commun accord que sans y songer davantage, ni tant deviner, il falloit voir les enseignes de reconnoissance, pour s’assurer si elles appartenoient, ainsi qu'il disoit, à plus haut état que le sien. Myrtale les alla incontinent querir dedans un vieux sac où ils les gardoient. Le premier qui les vit fut Dionysophane ; et dès qu'il aperçut le petit mantelet d’écarlate avec une boucle d’or et le couteau à manche d'ivoire, il s’écria à haute voix, Ô Jupiter! et appela sa femme pour les voir aussi ; laquelle, sitôt qu'elle les vit, s'écria semblablement : « O fatales Déesses, ne sont-ce point là les € joyaux que nous mimes avec notre enfant, quand nous l’en- « voyâmes exposer par notre servante Sophroné ? Il n'ya point de « doute, ce sont ceux-là mêmes. Mon mari, l'enfant est nôtre. «€ Daphnis est ton fils et garde les chèvres de son propre père. »

Comme elle parloit encore, et que Dionysophane, jetant abondance de larmes, de grande joie qu'il avoit, baisoit ces enseignes de reconnoissance, Astyle ayant entendu que Daphnis étoit son frère, posa vitement sa robe et s'en courut par le jardin, pour être le premier à le baiser. Daphnis le voyant accourir vers lui avec tant de gens, et qu’il crioit, Daphnis, Daphnis, pensant que ce fût

379. qu'il soit livré à Gnathon, qui le veut avoir pour en faire — 381. repandit. — 388. Cleariste. — 389. controuvé ceci. — 390. Et comment. — 391. inventé cela ? — 391. tout visible. — 392. naitre — 392. penserent. — 393. qu'il n’étoit pas besoin d'y songer davantage, et qu'il falloit voir. — 398. apperçut. — 399. d'yvoire. — 403. Sophrosyne. — 404. est notre. — 407. de la grande joye qu'il avoit. — 411. cuidant que ce fût

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