‹ Les Pastorales de LongusChapitre 45 sur 91 · d'Hyménée. — 630. s'ecria · texte numérisé non relu

d'Hyménée. — 630. s'ecria

Dionysophane voulut premièrement qu’il contât devant la compagnie comment il avoit fait exposer son enfant. Adonc Mégaclès d’une voix encore toute émue : « Je me trouvai, dit-il, long-temps y Qa, quasi sans bien, pource que j'avois dépendu tout le mien à « faire jouer desjeux publics, et à faire équiper des navires de guerre ; « et, lorsque cette perte m'advint, il me naquit une fille, laquelle « je ne voulus point nourrir en la pauvreté où j'étois, et pourtant la « fis exposer avec ces marques de reconnoissance, sçachant qu'il y « a plusieurs gens qui, ne pouvant avoir des enfants naturels, desi- « rent être pères en cette sorte, à tout le moins d’enfants trouvés. « L'enfant fut portée en la caverne des Nymphes, et laissée en la « protection et sauve-garde d’icelles. Depuis, les biens me sont « venus par chacun jour en grande affluence, et si n'avois nul « héritier à qui je les pusse laisser ; car depuis je n’ai pas eu l’heur « de pouvoir avoir une fille seulement: mais les dieux, comme s'ils « se vouloient mocquer! de moi, m’envoyent souvent des songes, « lesquels me promettent qu’une brebis me fera pere. »

Dionysophane, à ce mot, s’écria encore plus fort que n’avoit fait Mégaclès, et, se levant de la table, alla querir Chloé, qu'il amena vêtue et accoutrée fort honnêtement ; et la mettant entre les mains de Mégaclès, lui dit: « Voici l’enfant que tu as fait exposer, « Mégaclés ; une brebis, par la providence des dieux, te l’a nourrie, « comme une chèvre m'a nourri Daphnis. Prends-la avec ces « enseignes, et, la prenant, rebaille-la en mariage à Daphnis. Nous « les avons tous deux exposés, et tous deux les avons retrouvés : ils « ont été tous deux nourris ensemble, et tout de même ont été

636. Dionysophanes. — 636. premierement. — 636. contast. — 636. compaignie. — 637. faict. — 637. Megacles. — 638. longtemps y a. — 639. despendu. — 640. esquiper. — 642. j'estois. — (643. feis. — 643. recognoissance. — 643. sçachant. — 645. estre peres. — 645. trouvez. — (647. saulve-garde. — 648. en grand afflnence (sic). — 649. heritier. — 649. n’ay. — 650. les Dieux. — 651. vouloyent mocquer de moy. — 652. pere. — 633. Dionysophanes. — 653. s'escria. — 653. faict Megaclès. — 655. vestue et accoustrée fort honnestement. — 656. Megaclès, luy dit : « Voicy. — 656. faict. — 657. Megaclès. — 658. chevre. — 658. nourry. — 659. rebaille la, — 660. exposez. — 660. retrouvez.— 661. esté. — 661. mesme. — 661. esté.

643. sçachant. — 650. les Dieux. — 652. père. — 658. prends-là. — 659. rebaille-là.

1. On voit que, dans le livre IV, Courier viole les règles qu'il a suivies dans les trois premiers livres de C.

« préservés par les Nymphes, par le dieu Pan, et par amour. » Mégaclès s’y accorda incontinent, et envoya querir sa femme, qui avoit nom Rhodé, tenant cependant toujours sa fille Chloé

665 entre ses bras ; et demeurèrent tous deux chez Dionysophane au coucher, pource que Daphnis avoit juré qu'il ne souffriroit emmener Chloé à personne, non pas à son propre père.

Et le lendemain au matin ils prièrent tous les deux leurs pères et mères qu'ils leur permissent de s’en retourner aux champs, parce

670 qu'ils ne se pouvoient accoutumer aux façons de faire de la ville, et aussi qu'ils vouloient faire des noces pastorales; ce qui leur fut permis. Si s’en retournèrent au logis de Lamon, et présentèrent au bon homme Mégaclès le nourricier de Chloé, Dryas, et sa femme Napé à la mère Rhodé.

675 Le festin nuptial fut somptueusement préparé, et Mégaclès derechef dévoua sa fille Chloé aux Nymphes ; et, outre plusieurs autres offrandes, leur donna les enseignes auxquelles elle avoit été reconnue, et donna encore bonne somme d’argent à Dryas.

Dionysophane, pour ce que le jour étoit beau et serein, fit dresser

680 dedans l’antre même des Nymphes des tables avec des lits de verde ramée, où prirent place tous les paysans de là alentour. Lamon et Myrtale y étoient, Dryas et Napé, les parents de Dorcon, les enfants de Philétas, Chromis et Lycenion. Lampis même y vint, après qu’on lui eut pardonné : et là, comme entre villageois, tout

685 s’y disoit et faisoit à la villageoise ; l’un chantoit les chansons que chantent les moissonneurs au temps des moissons, l'autre disoit des brocards qu’on a accoutumé de dire en foulant la vendange. Philétas joua de sa flûte, Lampis du flageolet, et cependant Daphnis et Chloé se baisoient l’un l’autre.

F 662. Amour. — 663. Megaclès. — 664. Rhode. — 664. tousjours. — 665. demourerent. — 665. Dionysophanes. —- 667. pere, — 668. prierent. — 668. peres et meres. — 670. pouvoyent accoustumer. — 671. vouloyent. — 671. nopces. — 672. s’en retournerent. — 672. presenterent. — 674. mere Rhode. — 675. preparé. — 675. Megaclès. — 676. devoua. — 676. oultre.— 677. esté recogneue. — 679. Dionysophanes.— 679. pource que. — 679. estoit. — 680. devant. — 681. la où prirent place. — 682. estoient. — 683. Philetas. — 683. Lycaenion. — 683. mesme. — 684. luy. — 687. que l’on a accoustumé. — 687. foullant. — 687. Philetas. — 688. fluste. — 689. baisoyent.

B 662. Amour. -— 676. de rechef. — 681. là où. — 683. Lycaenion. — 687. que l’on a accoutumé.

1. Amour. Cette facon d'écrire est en contradiction avec l’usage adopté par Courier ; cf, plus loin IV, 706.

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