LES MOTS INVARIABLES
1° — Exclamation.
À signaler seulement Deal! exclamation d'étonnement qui se trouve dans Amyot, Rabelais, Jean et Jacques de La Taille. T. 352. Dea, que me fait donc le baiser de Chloé ?
20 — Adverbes.
Parmi les adverbes en ment, ontrouve amiablement, formé d'amiable au sens de aimable, finablement (1, 206).
Apoxc estemployé communément dans le sens de alors : II. 97. et adonc se prenant à rire.
Ava est employé adverbialement dans cette phrase : IIT. 35. les torrents tomboient aval du haut des montagnes.
Commexr. On détermine cet adverbe en le faisant dépendre du substantif la manière, de façon à former une locution adverbiale : I. 36 : Voici la manière comment. Courier goûte fort cette tournure d’Amyot dont il cite d’autres exemples empruntés notamment à la chronique du petit Jean de Saintré.
DEvaxrT remplace habituellement avant : IT. 36. recommencèerent à mener Jeurs bêtes... comme devant; II. 205. plus épris encore que devant.
Hors se trouve employé comme adverbe : II. 525. la galére.., dont elle ne fut pas plutôt hors.
Icr. Cet adverbe de lieu remplace ci : I.505.ces boucquins ici. Cette substitution est conforme à la règle donnée par H. Estienne qui constate que, de son temps, ci égalait ici (Brunot. Histoire de la langue française, IX, 374).
JA. Courier fait un usage très fréquent de cet adverbe au sens de déjà: IL. 475. l’un pensoit être jà blessé; IT. 1. Etant jà l’automne en sa force ; etc.
LÉANS, jugé antique par le grammairien Oudin, se trouve dans le Daphnis : IT. 99. tout droit entrer léans.
Lors est préféré à alors : IT. 149. mais lors il ne me souvenoit.
Mais se rencontre rarement avec le sens de plus: IV.175.ilne pouvoit mais de l'inconvénient. On sait combien ce sens de plus est, encore de nos jours, usuel dans les provinces du centre et de l'ouest.
MÈmEMENT : III, 1. les Mityléniens apprenant et mêmement étant informés... On peut rapprocher de cet adverbe la locution
qui en est formée : pour autant mêmement que : II. 118. pour autant mêmement que c'étoit sa part.
Néaxr tient la place de rien : I. 131. si je n'ai pour néant vécu tant d'années.
OxcQuEs se rencontre encore : Il. 190. ce qu’ils n’avoient oncques fait.
Parmi est employé adverbialement, par exemple dans ce passage : [IT 171. en s’entrebaisant parmi continuellement.
ParavaxT est employé généralement là où nous mettrions auparavant II. 637. elle qui paravant étoit belle jeune fille. ;
PourQuotr et PAR quoi sont substitués par l’auteur à c’est pourquoi : IL. 83. Par quoi me trouvant bientôt las... I. 510. pourquoi l'arondelle ne la put prendre. II. 139. Il est jeune ; pourquoiil se plaît avec la jeunesse.
Si se rencontre encore chez Courier dans le sens de et : III. 532. Si lui commença un brave propos. Très souventaussi, il a le sens adversatif : IV. 65. et si étoient en meilleur point... ;
Tanr est généralement employé à la place de autant : IV. 314. Gnathon qui avoit appris... tant qu'il se peut dire et conter de propos d'amour ; IV. 66. afin que son maître en eût tant plus affection de le marier...
3° — Locutions adverbiales,
Parmi les locutions adverbiales qui séduisirent le traducteur par leur cachet d'archaïsme, nous citerons :
AUSSI .. COMME, AUTANT... COMME employés pour aussi... que, autant... que : IL. 135.ils furent aussi aises... comme si on leur eût conté... ; II. 94. cueillir de mes fleurs autant comme il voudroit.
LA où, qui prend ordinairement la place de où : IT. 117. ton verger là où je prends plaisir ; IE. 269. s'enfuirent vers la marine, là où ne trouvant rien à brouter.… ; II. 372. alla fourrager toutes les terres. là où il prit force bétail.
Par aINsr, qui remplace ainsi : [. 388. Par ainsi Dorcon se voyant frustré...
QuanT ET QuaANT signifiant beaucoup, extrêmement, et qui est d’un emploi fréquent : II. 549. le baisa quant et quant.
Ux Perir au sens de un peu: II. 456. puis mangea un petit ; IX. 462. le capitaine voulut un petit refraîchir ses gens.
Trop mIEux qui est employé pour mieux : II. 592. un qui vaut trop mieux que nous.
Tror PLus : I. 134. trop plus affectueusement. Tour PEAU, c'est-à-dire tout doucement : [. 45. passoit ses
pattes tout beau par-dessus l'enfant.
4° — Préposilions.
Parmi les prépositions vieillies, on peut relever :
Aprés dans le sens de étre après, c'est-à-dire poursuivre : I. 709. on le voit toujours après les Dryades,
Dedans et en sont d’un emploi beaucoup plus commun dans tout l'ouvrage que la forme dans qui, nouvelle au xvi* siècle, ne se rencontre même pas chez certains écrivains, tel Marot.
Voici des exemples de dedans et deen: IT. 19. Il portoit lui la vendange dedans une hotte et la fouloit en la cuve ; IL. 51. des sabots en ses pieds ; IT. 102. retourner en ta jeunesse ; IT. 450. deux cornes en la tête ; IIL. 49. un peu de relâche en leurs travaux ; II. 44. (aux bœufs) de la paille à manger en la bouverie, aux chèvres... de la feuillée en la bergerie, aux pourceaux... du gland en la porcherie ; I. 2. La plus belle chose que j'aie vue en ma vie ; I. 35. En cette terre...
Par ces exemples, on voit que en se construit surtout avec les pronoms possessifs et avec le féminin singulier en la. On le rencontre aussi devant un nom précédé de l’article indéfini : IV. 929. j'ai mis mon amour en un pâtre.
En revanche, devant l’article défini au masculin singulier, Courier se sert plutôt de la préposition dans : IV, 286. le mena dans le temple de Bacchus ; IV, 498. Si s’en alla dans le jardin.
Emmi se trouve tout naturellement à sa place dans un pastiche de la langue du xvie siècle : II. 324. emmi ces sables ; 588. emmi le beau pré.
Environ est construit sans verbe, avec le nom indiquant une heure, une distance. Il a ainsi le sens de la locution prépositive : aux environs de, qui tend à le détrôner : II, 70. Aujourd'hui environ midi ; HI. 14. quand il en fut près environ six lieues.
On peut regarder comme un sens vieilli de la préposition pour celui qui lui est donné dans des phrases analogues à celle-ci IL. 59. pour ma vieillesse je ne mène plus les bêtes.
Loculions prépositives. — Nous rangeons enfin parmi les archaïsmes des locutions prépositives comme par entre : II, 127. par entre les feuilles ; de là entour : II. 253. Quelque paysan de là entour ; IT. 20. on avoit appelé des champs de là entour bon
nombre de femmes ; quant et lui, très fréquemment employé pour avec lui, et tout joignant.
5° — Conjonctions et locutions conjonctives.
Courier emploie nombre de locutions conjonctives :
Au moyen de quoi quiale sens de c’est pourquoi : III. 356. Etoit la mer fort calme, au moyen de quoi ils alloient à rames ; IT. 37. au moyen de quoi ils recommencèrent à mener leurs bêtes.
Combien que : 11.107. Je ne suis point enfant, combien que j'en aie l'apparence.
Sique revient sans cesse sous la plume de Courier : II. 17. Si qu'un enfant hors du maillot... atteindroit aux grappes.
Ne, qui tendait pourtant ‘à disparaître, a été préféré par lui à ni, surtout dans l'expression ne plus ne moins : II. 126. ne plus ne moins que feroit un petit rossignol; voir aussi II. 146;
Voire mais forme une locution conjonctive servant à marquer une objection. Il. 326. Voire mais il y avoit (dans le bateau) tant de biens !.…. |
Ains. Ce mot, qui ne se rencontre plus jamais au xvi° siècle, comme préposition, est employé fréquemment par Courier en qualité de conjonction; il équivaut à la conjonction mais : IT. 490. Ce son n’étoit point plaisant à ouir.. ains épouvantoit ceux qui l’entendoient.
Mais que forme une locution conjonctive signifiant lorsque, dans cette phrase : III. 178. le soleil sera chaud, mais que vienne prime-vère. Cf. la Luciade ou l'Ane (édition Paulin, 1834, IT. page 16) : en te jouant, folâtrant avec elle, mais que tu lui viennes à gré, elle te dira tout. C'est un archaïsme qui subsiste encore aujourd’hui dans le patois normand. Littré cite cet exemple : mais que j'aille chez vous, je vous l’apporterai.
MOTS DIALECTAUX
On peut considérer comme mots dialectaux empruntés au parler de Touraine, qui fut familier à Courier, les termes suivants dont quelques-uns ont déjà été signalés à titre d'archaïsmes : bique et biquet au sens de chèvre et chevreau, fouteau, nom dialectal du hêtre, marre, seille, tirouers et le verbe cosser,
donner des coups de tête, et se cosser en parlant des boues et béliers.
En recherchant pour ce joli pastiche des termes empruntés à la langue des paysans, l’auteur se montre fidèle à sa doctrine que les mots populaires sont les mots poétiques.