ARTICLE
Article défini. — Bien qu'au xvr° siècle l’article défini devienne nécessaire pour annoncer les nems communs déterminés, cependant son omission est encore fréquente dans les textes ; et cette omission devait apparaître à Courier comme une des caractéristiques les plus frappantes de la langue de cette époque. C’est pourquoi il ne se fait pas faute de supprimer l’article défini ; en voici de nombreux exemples : II. 531. Puis chèvres et brebis à terre entourèrent Chloé ; IL. 527 (un son de flûte) tel que bergers ont coutume de sonner. ; III. 54. Daphnis et Chloé... toute nuit soupiroient ; III. 58. cela leur mettoit deuil au cœur. INT. 402. comme loups ou chiens enragés; TIT. 404. Terre les reçut... et depuis représente hommes, Dieux, bêtes, instruments et Pan quand il joue de la flûte.
Dans les phrases suivantes, tantôt l'article défini est maintenu et tantôt supprimé: III. 60. la flûte qui étoit un don d’amourette: III. 353. comme petits oiseaux prennent la becquée ; IIL. 76. par dedans pendoient force grappes noires, comme raisins à la treille à l’occasion de quoi y avoit toujours... grande multitude d'oiseaux qui lors ne trouvoient rien
ailleurs, force merles, force grives... et de tous autres oiseaux aimant à manger grains de lierre; II. 357. ils alloient à rames et ramoient à la plus grande diligence. IT. 42. le soir retournant de pâture ; IV. 16. en plus d’un lieu de la vigne haute sur les pommiers et les poiriers, où raisins et fruits mûrissant ensemble, l'arbre et la vigne entre eux sembloient disputer de fécondité. C'étoient là les plants cultivés ; mais il y avoit aussi des arbres non portant fruit et croissant d'eux-mêmes, tels que platanes, lauriers, cyprès, pins.
Cette dernière partie de la citation montre l’article partitif tantôt maintenu, tantôt supprimé ainsi qu'on en fera plus bas la remarque.
Enfin certains mots, comme ciel, terre, nature sont employés sans article : IV. 29. des carreaux de fleurs desquelles nature en avoit produit aucunes et l’art de l'homme les autres. I. 604. Nécessité toutefois lui montra. III. 320. nature elle-même du reste l’instruisant assez ; [L.63. maintenant qu'ilest automne ; II. 143. les fleurs sont ouvrage d'amour.
Article partitif. — Quoique, dans les textes du xvi siècle, le partitif soit souvent omis, il est fort usuel, non seulement avec les noms concrets, mais aussi avec les abstraits. C’est cet usage que Courier a suivi ; tantôt il l'exprime, tantôt il l'omet. III. 350. lui donna à repaître du raisin sec ; IV. 703. vécurent aux champs longues années ; IV. 698. ne trouvèrent point à leur goût de meilleure viande, ni plus savoureuse nourriture que da fruit et du lait. [.289. c'étoient tantôt fromages gras, tantôt fruits en maturité..., ou bien des oiseaux quil :'cnoit au nid. On voit par certains de ces exemples que la formule partitive tendà devenir un véritable article.
Article indéfini. 1° L’indéfini et l’altribut de être. — L’attribut du verbe être tantôt est accompagné de un, des, et tantôt est employé sans article indéfini : II. 637. Elle qui paravant étoit belle jeune fille, depuis a été un plaisant instrument de musique; I. 390. les unes sont Nymphes des bois, les autres des prés; ILL. 577. vous êtes gens de bien de préférer vos voisins.
2° L'article indéfini devant les compléments directs des verbes. — Le Daphnis reflète l'incertitude qui était générale au sujet de l’emploi de l’article indéfini devant les compléments directs des verbes: IT. 623. une belle fille. ayant voix mélodieuse et grande science de musique ; IIT. 435. si on ne se hâtoit de lui donner mari ; II. 649. ayant même beauté l’une et l’autre, vous avez juges pareils.
LIT. 146. ils lui demandèrent nouvelles de Myrtale et Lamon, disant qu'ils étoient bien heureux d’avoir un tel bâton de leur vieillesse. IV. 338. Astyle... cherchoit occasion d’en pouvoir parler... Nous croyons superflu d’ailleurs de relever les locutions analogues à celles qui sont toujours en vigueur comme : faire grâce, dire merveilles, inspirer confiance, conter fleurettes. On sait que le nombre de ces expressions n'était pas limité et que d’ailleurs ces juxtapositions d’un verbe et d’un complément direct ne sont pas immuables dans la langue du xvr° siècle.
3° Article après les préposilions. — Par recherche d'archaïsme, Courier, dans son pastiche, supprime l’article après les prépositions. Il écrira par exemple : IV. 219. à peine setenoit-il en pieds: là où Amyot avait mis : à peine se pouvoit-il soutenir sur ses piedz. Il écrit également : [. 10. petits poupards exposés à la merci de fortune ; I. 11. jeunes gens unis par amour ; des pirates en mer, des ennemis à terre ; I. 46. à belles mains ; I. 48 en plus riche maillot que convenir ne sembloit à tel abandon.
Il est vrai qu’on trouve aussi, selon l'usage qui commençoit à prévaloir du temps d’Amyot, l'article après les prépositions : IV. 219. Daphnis le jeta à la renverse ; I. 43. sur le chaud du midi la suivant à la trace ; [. 67. roche creuse par le dedans, toute ronde par le dehors ; I. 70. (des Nymphes) ceintes sur les reins ;
4° L'article devant les adjectifs indéfinis « autre, tel, mesme, tous ». — L'omission de l’article est usuelle avec certains adjectifs indéfinis : Parexemple, avec tel, Courier ne manque pas de le supprimer : II. 19. Et comme la coutume est en telle fête de Bacchus; IL. 28. pour être menés et gardés par telle bergère. IV. 437. mon fils et ma fille moururent de même mal en même jour. On liten revanche : IV. 569 ; tous quatre sur un même lit.
5° L'article et les compléments déternunatifs du nom.— Lorsqu'un substantif est complément déterminatif d’un autre, l'auteur ne met pas d'article entre la préposition et ce substantif : Ex : IT. 294. le dernier but du contentement d'amour ; IV. 320. quelle plus triste condition d'amour ? Mais c'est peut-être parce qu'Amour est regardé comme une sorte de nom propre que l’article est absent.
6° Répétition de l’article. — Enfin, dans les cas où plusieurs substantifs sont exprimés, Courier habituellement n'exprime l’article qu'une fois, sans tenir compte des différences de genre : Ex: II. 537. la puissance et bonté de Pan; II. 9. Daphnis et Chloé... prétoient à tels travaux l’œuvre et labeur de leurs mains.
Substantif. — Quelques remarques seulement sont à faire :
Genre de certains mots. Amour, couple, orge et pampre sont du féminin.
1° Amour est féminin même au singulier : IT. 713. amour nouvelle.
20 Courier a fait couple du féminin dans le sens où il estaujourd'hui masculin, c'est-à-dire pour désigner l’homme et la femme. IV. 604. l’on n'eut sçu choisir une plus belle couple. Mais il est à noter que, dans ce passage, il copie textuellement Amyot.
3° Dans toutes ses éditions il a écrit: la pampre (AI. 596).
4 Ila donnéle genre féminin au mot orge dans son édition définitive; mais il l'avait faitmasculin dans toutes les précédentes. On peut donc supposer que la correction pourrait être due à l’éditeur Merlin (III. 560).
Notons l'emploi, assez rare à la vérité, de deux substantifs dont l’un qualifie l’autre comme pourrait faire un adjectif : ET. 410, ma compagne bergère ; IV. 463. les voisins paysans. IT. 299. le juge bouvier. Enfin, il faut remarquer l’usage d’infinitifs employés comme substantifs. III. 338. le baiser et l’embrasser ; IV. 665. au coucher.