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CHAPITRE IV

LE STYLE VIEILLI ET SES EMPLOIS. — PRÉCURSEURS ET IMITATEURS DE COURIER.

La Luciade ou l'Ane — Les fragments d'Hérodote, le Simple discours. — Critiques de Villemain contre les principes de traduction suivis par Courier. — Dans quelle mesure le style adopté par Courier convenait-il aux Pastorales ? — Valeur de l’œuvre de Longus. — Comment Courier a pu « infuser » de la naïvelé dans une œuvre de décadence. — Courier a-t-il eu des précurseurs ? — À-til été imité ? — Balzac et les Contes drolatiques. — La comparaison estelle possible ?

Courier, on le voit, s’est constitué un style archaïque grâce à la lecture assidue des conteurs du xvi° siècle et de ceux qui excellent à les imiter, en tête desquels se place La Fontaine.

Une fois en possession de ce riche vocabulaire et de ces tournures pittoresques, dont il avait appris l'usage pour écrire son Daphnis et Chloé, il voulut s’en servir à d’autres fins.

C’est ainsi qu’il traduit en 1816, dans cette langue « un peu vieillie», l’'Ane de Lucius de Patras. Ce sont les mêmes expressions, la même phraséologie, les mêmes procédés de style un peu extérieurs, si l’on peut dire, consistant surtout dans l’inversion, la suppression de l’article et des pronoms sujets. L'Ane est un aimable ouvrage, mais beaucoup moins important que le Daphnis, et où l’art est aussi moins consommé. On peut penser que Courier n'a songé à cette traduction que pour utiliser en quelque sorte le vocabulaire qu'il avait acquis par de longues lectures.

Mais ces tournures archaïques ne devaient plus sortir de sa mémoire : désormais il gardera de la syntaxe d’Amyot une certaine liberté dans la façon de placer le sujet, les adjectifs, de construire la phrase sans tenir compte de l’ordre moderne.

Ces fantaisies qui donneront tant d'originalité à sa manière, et qui contribueront à augmenter la saveur paysanne de ses pamphlets politiques, ne se trouvent nulle part en plus grand nombre que dans le Simple discours. Là, grâce à ces artifices, il a su sans

étrangetés, sans bizarreries choquantes, donner à sa prose un air de bonhomie antique et de franchise gauloise.

Ce sont d'abord des inversions : Mais d'acheter Chambord pour le duc de Bordeaux je n’en suis pas d'avis — Il saura bien se nommer l’auteur de celle-ci — Il y a de pareils traits une foule — De la fortune des familles nobles il en paraît bien d’autres causes.

L'article est supprimé dans quelques phrases : incapables de manger viande le vendredi — l’oisiveté quand elle est compagne de servitude.

À propos de la place des adjectifs, on retrouve la fantaisie du xvit siècle : bonne œuvre et sainte, s’il en est ; puis c'est l’adjectif adverbe qui reparaît : « je sais cela de bonne part et vous le « garantis plus sûr que si les gazettes le disaient. »

Le pronom neutre il est fréquemment pris pour cela ! : en tant qu’il nous touche ; — peu leur importe du reste s’il est vrai, ce qu'on dit, que les rois ne sont riches? que de l'amour des peuples.

Le verbe est construit au subjonctif sans que : « et nous suf- « fise à nous, habitants de Véretz #, qu'il ne soit pas du pays. »

On trouve des emplois archaïques de certains verbes : « vieux « ils nous plaident. »

Courier se sert encore de la préposition à pour marquer un rapport de possession : « Chambord... fut au comte de Saxe le « prix d’une victoire. »

I] fait l’ellipse du pronom relatif, dans un cas où l'usage moderne ne saurait l’admettre : « Voilà ce qui fut dit et prouve qu'il y avait « du moins quelque espèce de communauté... »

Enfin il remplace pas par non devant plus, dans l'expression suivante : « Les demeures de nos pères ne nous conviennent non € plus aujourd’hui que leurs lois“. »

Si Courier appliquait son vieux style même à des écrits de circonstance, même à des sujets d'actualité, comme l’acquisition de Chambord, à plus forte raison ne devait-il pas faire scrupule d’en

1, Dans sa Pétition aux deux Chambres Courier avait écrit : « Cela est si clair qu’il me semble aussitôt prouvé que dit. »

2. Remarquez que il, au lieu de cela, permet à Courier de faire le vers :

S'il est vrai, ce qu'on dit, que les rois ne sont riches.

On sait que les vers blancs abondent dans le Simple discours. Voir, sur cette question, notre thèse sur la jeunesse de Paul-Louis Courier.

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