I0 LES PATRIOTES
plus acharnée. Quand il ne chassaient pas, ils passaient le temps à lire, à fumer et à parler du pays.
Ayant obtenu la permission de louer une maison aux portes de la ville, ils s'y installèrent et purent y vivi-e plus eu famille qu'à l'hôtel. Il y avait quatre mois qu'ils vivaient ainsi, se demandant tous les jours quand ils poun-rient revoir le sol natal, lorsqu'un jour le gouverneui" leur fit transmettre un message, leur annonçant qu'ils étaient libres.
" Lorsque cette nouvelle nous arriva, dit l'un des exilés, nous n'étions pas tous au cofta^e; les uns étaient à la chasse, les autres à la campagne, et aussitôt qu'un de nous arrivait, il était attendu sm* le seuil de la porte, et on lui criait le plus haut possible : " Tu ne sais pas la grande nouvelle ? " Et lui de répondre: " Ma foi, non." Ne pouvant retenir le secret plus longtemps, nous criions ensemble : " Nous sommes libres. " Quelle douce parole pour un exilé ! "
Yoici ce qui s'était passé.
La proclamation de lord Durham avait été portée devant le parlement anglais et y avait soulevé des débats orageux. Lord Brougham, loi-d EUenborough et les hommes les plus éminents du parlement anglais demandèrent, dans les termes les plus énergiques, l'annulation d'une proclamation qui violait les lois les plus élémentaires de la justice, en condamnant à la transportation, sans procès, des sujets anglais, et allait même jusqu'à décréter la peine de mort contre une quinzaine d'autres, s'ils revenaient dans le pays. Lord Brougham demanda quand on avait vu condamner sans procès des criminels à l'exil ou à la mort, qu'ils se fussent ou non reconnus coupables ?
La proclamation avait été annulée, et lord Durham, blessé profondément dans son amoui'-propre, avait demandé et obtenu son rappel en Angleten-e.
Nos huit exilés se hâtèrent, comme on le pense bien,
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de quitter le plus-tôt possible le lieu de leur exil. Or, ce n'était pas chose aussi facile qu'on le croirait; car, si on leur permettait de s'en aller, on ne leur en donnait pas les moyens; ils devaient se rapatrier à leur frais et dépens. Ils n'avaient presque pas d'argent, et il leur fallait attendre un mois s'ils voulaient prendre le prochain paquebot. Incapables de rester plus longtemps dans l'exil, quand ils étaient libres, ils songèrent, délibérèrent, comptèrent plusieurs fois leurs fonds et s'informèrent de tous côtés.
Le hasaixl les favorisa.
Une goélette mettait à la voile, ils la louèrent, et, deux jours après, ils partaient: Le capitaine s'était engagé à les débarquer à New-York ou à Boston. La traversée fut longue et orageuse, la tempête faillit plus d'une fois engloutir la petite goélette et ses passagers.
Enfin, ils mirent pied à terre, le 9 novembre, au fort Monroe, où la population, prévenue de leur arrivée, se pressa sur les quais pour leur souhaiter la bienvenue. La garnison du fort leur donna un excellent dîner qui leur fit oublier les privations qu'ils avaient endurées durant la traversée.
Après quelques jours de repos, ils se séparèrent, et ^'établirent dans différentes parties des Etats-Unis, attendant le jooi- où ils poun-aient revenir dans la patrie.