ANDRÉ OUIMET
M. Ouimet fut une des premières victimes des mandats d'aiTestation du 16 novembre 1837. Sa qualité de président des Fils de la liberté lui donnait droit à cette faveur. Il se trouva en bonne compagnie, car, le même soir et le lendemain, il fut rejoint par plusiem-s de ses amis. Il resta huit mois en prison. C'était long poui- un homme accoutumé à une vie d'émotion et d'activité.
Il a laissé le récit de ses impressions de prison dans des mémoires curieux, remplis de réflexions plus ou moins orthodoxes, d'idées originales et de boutades sarcastiques à l'adi-esse des bui-eaucrates. La manière dont il raconte son arrestation nous donnera une idée du ton de ses mémoires et de sa trempe d'esprit et de caractère. Ecoutons-le :
" Il était six ou sept heui'es du soir, un jeudi, 16 novembre 1837. Je ne l'oublierai jamais, ce jour-là I Eesté chez moi, parce qu'il faisait mauvais temps, j'étais occupé paisiblement à hacher mon tabac pom* fumei', un volume des romans de sir Walter Scott près de moi ; c'étai*,, je crois, le troisième volume du Pirate . . . Il est joli ce roman ! . . . Enfin, je ne pensais pas à faire de promenade au dehors, ce soir-là, quand, tout-à-coup, j'entends un grand bruit dans l'escalier qui conduit à mon appartement. On fi-appe à la porte.
" — Entrez, que je dis.
" Et de suite, je vois apparaître le ministre de la
police, suivi d'à peu près vingt di'ôles à mine assez menaçante, poi'tant cordes, bâtons, que sais-je? moi...
" — Vous êtes mon prisonnier, me dit d'une voix élevée, et en me lançant un regard quelque peu farouche, M. B. Delisle.
" — Et pouj-quoi ? lui demandai-je.
" — Pour haute ti-ahison, qu'il me répondit.
" — Diable! dis-je, à part-moi, c'est sérieux! Pas de cautions pour cela, monsieur ?
"—Non.
" — Faut donc aller en prison ?
" — Oui, j'en suis fâché.
" — Et moi bien plus ; c'est égal, je me résigne."
Les ennuis et les riguem*s de la prison aiguisèrent sa verve sai'castique et son esprit frondeui*. Ses compa^ gnons le recherchaient autant que ses geôliers le redoutaient. Ils trouvaient dans ses gais propos et sea anecdotes comiques une soui'ce intérissable de récréation.
Il avait été admis au barreau en 1836, et avait eu pour associé l'infortuné C.-O. Perrault, qui fut tué, l'année suivante, à Saint-Denis. Il exerça plus tard en société avec M. le juge Sicotte et M. le protonotaire Hubert. C'était un excellent avocat, un orateui- populaire.
Il était grand, mince, brun, beau ni de figure ni de taille, mais d'une physionomie intelligente et sympathique.
Andi'é Ouimet était né à Sainte-Eose, ce qui prouve l'injustice de certain dicton populaire. Son père, Jean Ouimet, et sa mère Marie Beautron, ont fait leui" part dans l'œuvre de la propagation de notre race, car ils eurent vingt-six enfants dont André était le septième ou le huitième, et M. Gédéon Ouimet le vingt-sixième.
Il mourut, le 10 février 1853, à l'âge de quarante-cinq ans, vraiment regretté de tous ceux qui l'avaient connu.