‹ Les Patriotes de 1837-1838Chapitre 24 sur 49 · LES PATRIOTES 1Ô · texte numérisé non relu

LES PATRIOTES 1Ô

maison du Dr Nelson jusque chez M. Bourdages, a bien ti-aité l'officier. Cette fatale catastrophe n'est donc due qu'à la tentative de fuite de l'infortuné lieutenant "VVeir. Dieu me garde de la justifier dans les excès qui l'ont accompagnée ! mais il est clair qu'elle a été le résultat inévitable de l'excitation excessive du moment. "

La preuve de la défense terminée, le solliciteur général Ogden se lève et demande, dans un i-équisitoire violent, que le prisonnier soit condamné. Son plaidoyer est une diatribe emportée contre tous ceux qui ont pris part à l'insurrection de 1837, contre M. Papineau surtout, qu'il prend plaisir à appeler le traître, le lâche, l'archi-traître.

Le juge Pyke commence à une heure et quart, vendredi, 6 septembre, sa charge aux jurés, et la termine à une heure et trente-cinq minutes. Il se monti-e impartial et admet que les contradictions des témoignages sont de nature à inspirer des doutes sur la culpabilité de l'accusé.

Les jurés se retirent pour délibérer. La Cour leur ayant fait demander vers cinq heures où ils en sont rendus dans leurs délibérations, ils répondent " qu'ils ne s'accordent pas du tout."

Laissons l'auteur du compte-rendu que nous avons déjà cité, raconter la fin de ce procès :

"Samedi, Y septembre 1839. — 3J h. p.m.

" Le juiy est appelé par ordre de la Corn-, et déclare une deuxième fois qu'il ne peut s'accorder. Un d'entre eux, M. Edwin Atwater, expose à la Cour qu'il se sent malade, et que sa vie serait en danger, s'il restait plus longtemps sans prendre de nourriture. La pâleur livide qui couvre son visage suffit pour attester la vérité do 80n assertion, qui, d'ailleure, est soutenue par ses confrères jui-és. La Cour accède à la demande de M. At^

water, et élève la question de savoir s'il doit être accordé quelque chose aux autres jurés. Le prisonnier n'ayant pas d'objection, la Cour déclare aux jurés qu'ils aui'ont de la nourriture, mais à leurs propres frais. Un d'entre eux, M. Courville, remarque avec beaucoup de justesse, qu'ils ne sont pas munis d'argent, et que l'impossibilité où ils se trouvent de communiquer avec leurs familles pour pouvoir s'en procurer, les empêche de se rendre à cette condition, d'ailleurs un peu dure M. le juge Eolland demande au prisonnier s'il a quelque objection à ce que les jui'és soient pourvus de nourritui'e aux dépens du public.

" Le prisonnier répond d'abord qu'il s'oppose à ce qu'ils soient nourris aux dépens du public ; mais, après s'être consulté avec son conseil, il déclare qu'il ne comprenait pas la question, et qu'il y accède maintenant. Monsieur le procureui- général se charge de veiller à ce que les jurés soient poui'vus de noui'riture, et la Cour leur accorde, dès à présent, un repas, avec liberté d'en avoir un tous les jours, à midi, jusqu'à la fin du terme; mais elle leur interdit l'usage de toute liqueur forte, et restreint leur breuvage à la bière, au café et au thé ; après quoi, le jury rentre de nouveau en délibération.

" Lundi, 9 septembre 1839.— 9f h. a.m.

"Les jurés rentrent et l'un d'entre eux (M. Edwin Atwater) déclare qu'ils sont dix contre deux: dix pour acquitter le prisonnier à la barre, et deux pour le trouver coupable du dernier chef d'accusation, c'est-àdire d'avoir été présent sur les lieux, quand le meurtre a été commis. M. Atwater ayant fini de parler, M. Paschal Lemieux se lève et dit tout haut : ' Ma foi, il y a tant de conti-adictions dans tout ça, qu'on ne sait plus où on en est...'

" La Cour lui impose silence, et renvoie le jury en délibération.

"Mardi, 10 septembre 1839.— 3.20 h. p.m.

" Le jury rentre de nouveau et déclare qu'il en est rendu au même point qu'auparavant; puis la Cour est ajournée à onze heures et demie, cette nuit. Un des jurés (M. Maybell) dit en sortant de la boîte : ' Nous serons aussi avancés à onze heures et demie qu'à présent,

"Mardi soir. — llf h. p.m.

" Présents : — Thon, juge EoUand et l'hon. juge Gale.

" ]\Ionsieui- le procureur-général est suffoqué par les vapeurs bachiques. C'est à peine s'il s'aperçoit qu'il est dans une cour de justice, à une heure aussi avancée de la nuit.

"Le jury ayant répondu encore une fois qu'il ne peut s'accorder, M. Walker se lève et demande la mise en liberté du prisonnier à la ban-e; à quoi, la Corn* et le procui-eur général opposent un prompt refus.

" La presse est excessive, et les hurlements qui se font entendre contre les dix jurés qui sont pour l'élargissement du pi-isonnier, contre les avocats et contre le prisonnier lui-même, annoncent d'avance l'orage qui va bientôt crever. En vain, M. le juge Eolland essaie à calmer, pour quelques minutes, la rage des insensés, en leur observant que chacun d'eux doit savoir que sa Souveraine est représentée sur le siège, et qu'ils doivent se conduire en conséquence. La voix de la justice est muette pour eux et les murmures les plus menaçants, les expressions de moquerie les plus grossières se font entendre contre le tribunal même.

" Minuit sonnant, et le jury n'ayant eu que jusqu'à cette heure pour compléter ses délibérations, M. le juge Rolland se lève, déclare que le jury est congédié,

et descend imTPxédiatement du tribunal, accompagne de M. le juge Gale. Ils ont à peine rais le pied hors de l'appartement, qu'il s'élève le tumulte le plus afii-eux dans l'assemblée.

" Les cannes se lèvent, les bâtons se croisent, et les dix jurés qui étaient pour l'élargissement sont impitoyablement battus, avant de pouvoir s'échapper de leurs loges. Cinq d'entre eux, MM. Paschal Lemieux, Edwin Atwater, Simon Lacombe, Elle Desève et Jean Cadotte, reçoivent de graves blessm-es, tant à la tête qu'ailleurs. Les connétables et les officiers de police viennent de l'avant pour mettre les jurés à l'abri de violences ultérieures, jusqu'à l'arrivée d'un détachement de G-renadiei's-Gardes. Il n'y a pas jusqu'aux encriers mêmes que ces forcenés ne lancent par la tête des jurés.

" On se dirige du côté de la barre et l'on éteint les lumières qui sont devant le prisonnier. Une grêle de coups menacent le malheureux sans défense; mais ils sont parés par le geôlier et son adjoint, qui, tous deux, le pistolet à la main, sont obligés de menacer d'une mort immédiate le premier qui osera lever la main sur lui.

" Les jurés sortent enfin du Palais-de- Justice, sous la protection des Grenadiers-Gardes ; et le capitaine Jalbert est escorté jusqu'à la prison par un parti du 7o Hussards. Une pai-tie de l'assemblée est obligée de se retirer dans la chambre des juges, pour se mettre à l'abi'i du désordre et de la confusion. Les deux jiu'és, Maybell et Fraser, qui étaient pour la condamnation du prévenu, sont reconduits chez eux, par leui-s partisans, qui les portent en triomphe sur leurs éj^aules. La foule se dispei-se, et ainsi se termine {sans se terminer) ce procès où semblait se concentrer tant d'animo site de la part de cette population jadis si loyale, mais aujourd'hui, enfin, devenue révolutionnaire!...

" On nous assure que le Doric Club avait été averti de 86 tenir sur pied, dans l'après-midi qui précéda cette émeute nocturne."

Le capitaine Jalbert, remis en liberté, retourna à Saint-Denis où il vécut tranquillement, et mourut en 1854. Deux de ses enfants vivent encore : Mme Vincent, de Saint-Denis, et M. Victor Jalbert, de Berthier,

CHARLES-OVIDE PEEKEAULT

Parmi toutes les fiorures que l'histoire des événements de 1837 et 1838 offre à notre admiration, il n'en est pas de plus sympathique que ceile de Charles- Ovide Perrault. Le patriotisme serait un vain mot, si lies Canadiens-Français n'avaient pas d'enthousiasme ipour ce qu'il y a d'héroïque dans 'la vie et la mort 'de cet infortuné jeune homme, tué à l'âge de 28 ans, sur le champ de 'bataille de Saint-Denis, en combattant pour la liberté de sa patrie.

Charles-O'vide Perrault appartenait à une des familles des plus anciennes et .les plus estimées de ce pays. Il était fils de M. Juilien Perratdt et frère de M. Louis Perrault, imprimeur, beau-frère de M. Eaymond Fabre.

Charles-Ovide PeiTauJt naquit en 1809.

Ajprès un cours d'études brillant au coWège de Montréal, il commença à étudier le droit en 1827. sous l'hon. D.-B. Yiger. et de 3 juillet 1832, il fut admis au barreau.

M. Perrault avait commencé tout jeune à suivre les év^énements politiques et brûlait depuis longtemps de prendre part à da dutte glorieuse que les chefs de la .population canadienne soutenaient contre la bureaucratie. Aussi, id était à peine reçu avocat, qu'il se distinguait 'dans l'élection de M. Trac-ey parmi les partisans les plus utiles de la cause de la liberté.

Le trente avrid 183-1, il assista à une assemblée tenite à Blaii-findie dans le comté de Chambly, et fit en faveur des 92 résodutions un discours qui produisit un grand effet. Le quinze mai suivant, dans une assemblée convoquée à Saint-Edouard, dans le comté de Xapiervilde, il soutenait la cause des patriotes contre le représentant du c-omté, M. Languedoc, qui avait voté dans da Chambre d'assemblée contre les 92

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résolutions, et portait le dernier coup à l'influence (du parti tory dans ce comté. On ipeut dire que depuis cette époque le comté de Naipiervidâe n'a cessé d'être libéral.

Le quinze juillet, les délégués des différentes paroisses du district de Montréal, réunis ^n convention à Montréal, le choisissaient -poair leur secrétaire.

Le 4 novembre suivant, les électeurs du comté de Taudreuil rendaient hommage à ses talents et à son patriotisme en l'ôLisant par acdamation leur représentant dans l'assemblée législative.

Dans le mois de février 1835, il adressa la parole aux électeurs du comté de Stanstead et fit en anglais un discours remarquable.

Lorsque la Chamhre s'ooivrit, dans le mois de juillet suivant, M. Perrault prit place immédiatement parmi les députés les plus intelligents et les plus décidés à revendiquer les droits de la Chambre et du peuple contre la bureaucratie. Il joua un rôle important dans la discussion irritante provoquée par les nominations arbitraires des commissaires de petites causes. C'est lui qui proposa que la correspondance échangée entre le gouverneur et les commissaires qu'il avait nommés fût produite devant la Chambre. Lord A}ilmer, craignant que cette correspondance ne mît au jour son favoritisme et sa duplicité, refusa de se rendre au désir de la Cham^bre en se retranchant derrière les priWlèges de la Couronne.

M. Perrault confirma par sa conduite à la chambre la confiance que le ^peuple et les chefs patroites avaient dans ses talents et son amour du travail.

A un dîner public donné à Montréail, le jour de la Saint -Jean-Baptiste, le 24 juin suivant, il prononça un excellent discours sur les avantages du système électif. Quelque temps a/près, il prenait la parole dans une assemblée des réformistes du comté de Missisquoi et se faisait admirer par les Anglais comme par ses compatriotes. Lord Aylmer ayant été remplacé, dans le mois d'août, par Lord Gosford. le?

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membres 'libéraux de la Chambre d'a-ssemblée se réunirent aux Trois-EiYières pour délibérer sur la ligne de conduite qu'ils devaient adapter vis-à-vis du nouveau gouverneur. M. Perrault fut nommé secrétaire de la convention.

Le 27 octobre suivant, Lord Gosford conivoquait les chambres. M. Perrault fut en quelque sorte la cheW'Me ouvrière du parti libéral durant cette session, il était le secrétaire banal de tous les comités, de toutes les réunions, rédigeait les motions, écrivait dans les journaux et prenait la parole sur la plupart des questions imiportantes. Il se montra le champion ardent de l'agriculture et de d'éducation, l'avocat dévoué de toutes les causes qui avaient pour objet le progrès moral et matériel de ses compatriotes.

La peine qu'il se donna pour faire constituer en corporation le collège de Chambly, le fit considérer comme l'un des fondateurs et bienfaiteurs de ce collège. Il fit une guerre imiplacable aux employés publics, au.x juges et aux magistrats qui déshonoraient alors leurs positions par leur vénalité et leur démoralisation.

Inutile de dire qu'il fut un de ceux qui refusèrent de voter les subsides pour plus de six mois, si Lord Gosfford refusait de redresser les griefs contenus dans les 92 résolutions. Lord Grosford ayant prorogé la chambre en lui adressant une sévère remontrance, des assemblées eurent lieu dans différentes parties du pa}"s pour approuver la conduite des députés. Les électeurs de Vaudreuil se réunirent, le 26 juillet, et adoptèrent des résolutions approuvant la manière dont leur jeune et populaire député avait rempli ses devoirs. M. Perrault fut un des organisateurs de la célèbre assemblée qui eut lieu à Saint-Laurent, le 15 mai 1837, pour prendre en considération les résolutions adoptées par le parlement imipérial contre les patriotes. Le comté de Berthier voulant lui aussi protester contre ces mesures inopportunes, invita M. Perrault à venir leur adresser la parole.

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L'assemblée eut lieu le 18 juin, malgré la proclamation de Lord Gosford qui défendait les réunions publiques et qui fut placardée dans toutes les places publiques du village -de Berthier. M. Perrault parla éloquemment à l'appui d'une résolution qui blâmait les mesures adoptées par le gou-vemement pour intimider le peuple.

A une assemtxlée tenue à Montréal, le 29 juin, il proposa lui-même une résolution énergique contre la conduite de Lord Gosford. Nommé membre du comité central qui avait pour mission d'agiter le peuple, il s'occupa -d'organiser des comités dans le comté de Montréal. Le 16 juillet, il était au Saultau-Eécollet et y établissait un sous-oomité dont le principal but devait être d'empêcher le peuple d'acheter des marchandises étrangères et de le décider à ne porter que des étoffes fabriquées dans le pays.

Le 6 août, les électeurs du comté de Vaudreuil s'assemblèrent, malgré la défense des autorités, et adoptèrent les résolutions les plus énergiques contre le gouverneur et le gouvernement impérial. M. Perrault y déploya toutes les ressources de son talent. On aurait dit qu'il avait le pressentiment qu'il parlait pour la dernière fois aux électeurs de son comté.

Le 18 août. Lord Gosford, que l'agitation populaire commençait à effrayer, conre^oqua la Chambre pour lui soumettre les résolutions coercitives proposées par Lo'rd Russell. M. Perrault fit partie de la majorité qui signa une adresse au gouverneur pour dénoncer ces résolutions et déolarer que la Chambre ne procéderait pas à la dépêche des affaires avant qu'elles n'eussent été retirées.

On sait ce qui arriva ; le gouverneur et les députés se séparèrent sans avoir pu s'entendre et l'agitation ■prit de jour en jour des proportions plus considérables. M. Perrault se lança p^us que jamais dans le mouvement qui entraînait alors toutes les âmes généreuses et dévouées vers une lutte dont elles ne calculaient ni les dangers ni la portée. Personne

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n'entra dans la voie fatale mais glorieuse de la résistance avec plîus de désintéressement et de conviction.

Le peuple se rallie autour de ces hommes, aux époques de luttes et d'agitation, il les suit, car il sait que les motifs les plus nobles les inspirent et qu'ils le conduiront toujours dans le chemin de l'honneur.

Le 5 septembre, Charles-Ovide Perrault fut nommé membre honoraire de l'association des " Fils de la liberté." Le 23 octobre, il était à la grande assemblée des six comtés tenue à Saint-Charles, et prenait part à la rédaction des résolutions que le peuple y acclamait au milieu des démonstrations les plus enthousiastes. Le 6 novembre, les Fils de la liberté en venaient aux mains avec les membres du Doric Club, la maison de M. Papmeau était attaquée, et les bureaucrates saccageaient l'imprimerie Ide M. Louis Perrault, le frère de notre héros. Le 16 novembre, des mantàats d'arrestation furent émis contre les chefs du parti national. M. Perrault ne se croyant pas menacé personnellement, s'occupa de sauver ceux dont l'existence et la liberté l'intéressaient si vivement. Il fit .partir M. Fabre, son beaufrère, pour Lavaltrie, avec sa femme et son enfant qui fut M. Hector Fabre, et contribua considérablement à assurer la fuite de M. Papineau et du docteur O'Cial'liaghan. Mais deux ou trois jours après, le dix-huit, il fut averti qu'il était lui-même en danger.

Il se déguisa le mieux qu'il put, se couvrit le corps d'une capote de gros drap gris, se mit sur la tête une casquette de volontaire et partit pour Lavaltrie où il trouva la famille Fabre chez le curé de cette paroisse. Lorsq^u'il reçut le conseil de quitter la ville, il avait commenioé à écrire pour la Minerve un artiole qu'il n'eut pas le temps de finir. Cette relique mérite d'être conservée, la voici :

Des mouvemeiits militaires dans toutes les directions, d'excessives précautions prises de toutes parts, l'alarme

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sonnée par les trompettes de radministration nous disent qu'il y a des doutes, de la crainte de la part des autorités constituées pour veiller à la paix et à la conservation de la tranquillité intérieure, et cependant pas un mot là-dessus de la part du gouverneur qui, en sa qualité de chef militaire, ne doit pas ignorer toutes ces manœuvres. L'on accuse ainsi tacitement le peuple, les Canadiens de 1775 et de 1812, sans cependant leur donner par leurs représentants l'occasion de repousser l'oppression, l'insulte et les outrages dont on les accabk-. Son Excellence a-t-elle donc reconnu que des hommes qui ont souvent imaginé des complots révolutionnaires, pour avoir le mérite et le plaisir de les dénoncer les premiers et de s'en faire un titre en temps et lieu, l'ont trompée ? A-t-il donc vu que les signataires de la " Supplique Respectueuse " sont ceux qui, pour excuser leurs excès passés et chercher quelques prétextes dans

Il n'eut pas le temps de compléter la dernière phrase.

Xe se croyant pas en sûreté à La val trie, M. Perrault partit avec M. Pabre pour Contrecœur et de là se rendit à Saint- Antoine d'où il traversa à Saint- Denis.

Il y trouva le peupile dans une grande excitation. Wolfred Nelson aivait résolu de ne pas se laisser arrêter, et les patriotes accourus des paroisses environnantes autour de lui, étaient décidés à le défendre. M. Perrault approuva le projet qu'ils avaient formé et se joignit à Xelson pour préparer la défense.

M. Perrault que Xelson avait nommé son aide-decamip, se muiltiplia pour mériter la confiance que le chef des patriotes a'N'^it en lui et faire en sorte que la première lutte fût un triomphe pour la cause nationale. La batarlle était engagée depuis en-viron une demi-heure, lorsque Xelson donna l'ordre à M. Perrault de traverser le chemin pour ailer avertir un certain nombre de patriotes qui s'exposaient inutilement aux l>alles et aux boulets de l'ennemi. Perrault partit à la hâte et reçut en traversant le chemin une balle dans l'abdomen. Il faiblit un instant, mais trouva cependant assez de force pour se rendre seul dans la maison de M. D'Eschambeau où il se

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coucha en arrivant. Pendant qu'une vieille femme le pansait, un boulet de canon défonça le toit de la maison et tomba à quelques pas du jeune et noble blessé. Tant que la bataiiile dura, M. Perrauit ne put avoir les soins que réclamait sa blessure, mais vers trois heures, lorsque les troupes battues comimencèrent à retraiter, Nelson accourut auprès de M, Perrault et constata avec douleur que La blessure était mortellle.

Laissons ici la parole au révérend M. Demers, curé de Saint-Denis, à qui M. Hector Fabre, neveu du défunt, avait écrit pour avoir des renseignements. Voici sa réponse:

Saint-Denis, 26 février 1856.

Monsieur,

Je regrette de n'être pas en état de vous donner tous les renseignements que vous me demandez sur M. Ovide Perrault, mort à Saint-Denis.

Le 23 novembre 1837, jour de la bataille de Saint-Denis, immédiatement après que les troupes eurent commencé à retraiter, vers 3% heures p. m., plusieurs patrotes accoururent au presbj'tère me demandant de venir assister les blessés. Dans la première maison où j'entrai pour visiter un de ces blessés, je rencontrai le docteur Nelson qui me dit de vouloir bien passer chez M. D'Eschambeau, où je trouverais M. Ovide Perrault, dont la blessure lui parais, sait mortelle. Je crois qu'il ajouta que la blessure était dans l'abdomen. C'est la première nouvelle que j'eus de la présence de M. Perrault dans notre village. J'ai compris, par ce qui me fut rapporté, que c'est en traversant la rue, pas loin de la maison oïl je rencontrai le docteur Nelson, que M. Perrault fut atteint d'une balle. Cette maison est â % arpent de la maison seigneuriale. Je courus chez M. D'Eschambeau, j'y trouvai notre pauvre blessé, que j'avais connu, et avec qui je m'étais rencontré en deux ou trois circonstances en ville et à bord du bateau-à- vapeur. La famille D'Eschambeau avait abandonné la maison. Je ne vis dans la maison, outre le malade, qu'une vieille femme et deux hommes, dont l'un près du lit, était, je crois, le docteur Cartier. Pendant que j'administrais l'Extrême-Onction, je crois qu'une couple d'hommes entrèrent. Rien de plus silencieux et de plus sombre que cette maison. Tous les contrevents étaient fermés. Le malade

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avait sa parfaite connaissance et me reconnut. II était calme. Pendant que j'étais avec lui, je vis qu'il éprouvait les plus cruelles douleurs dans le bas-ventre. Ses belles couleurs avaient disparu, et une pâleur tirant sur le jaune couvrait son visage. Peut-être n'avait-ii pas perdu toute espérance. Quand je lui dis que je ne serais pas son ami, si je ne lui disais pas que sa blessure était grave, qu'on craignait pour lui, qu'il fallait mettre ordre aux affaires de sa conscience, il me parut résigné à la volonté de Dieu, j'entendis sa coniession, lui donnai rextrême-onction, et l'indulgence in ariiculo mortis. Je le quittai, je crois, comme le soleil se couchait. Si je me rappelle bien, il mourut cette nuit-là même. T^s funérailles n'ont pas eu lieu ici; le corps fut transporté à Saint-Antoine; c'est b\ qu'il a ét^ enterré. La maison où les patriotes se défendaient pouvait être à 1 arpent de la maison de M. D'Eschambeau.

"Voilà ce qui est à ma connaissance relativement à ce que vous m'avez demandé. Je n'ai pu vous faire une plus prompte réponse.

J'ai l'honneur d'être,

Monsieur,

Votre respectueux serviteur,

F. Demers, ptre.

La nouvelle de la mort de M. Perrault produisît partout la plus douloureuse sensation, fit couler les larmea les ^plus sincères. L<a joie produite parmi les patriotes par le triomphe de Xelson et de ses braves compagnons, ne put com;penser la peine que leur faisait éprouver dia fin prématurée d'une existence qui leur était si chère. Les électeurs du comté de Vaudreuil dont il était l'orgueil et l'espoir, furent frappés de stupeur, lorsqu'ils apprirent la fatale nouvelle.

Ces regrets n'étaient pas exagérés, car il n'y a pas de doute que M. Perraullt serait devenu, s'ii eût vécu, l'un des hommes les plus distingués de ce pays. Doué d'un jugement sodide, d'un esprit vif et péné-

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•trant, habile dans i'art de parler et d'écrire, il était déjà, à vingt-hmt asis, un excellent avocat, un orateur estimé et un des premiers écrivains du temps. Lui et M. Morin étaient considérés comme les deux meilleures plumes de l'époque. Ses écrits et ses discours se faisaient remarquer 'par la force du raisonnement, 'l'énergie des convictions et la distinction du langage. Il était pius orateur parlementaire que tribun, plus arguimentateur que sentimental; il n'avait pas l'éloquence populaire de Eodier, mais il exceU'ait à faire ressortir dans un langage dair, précis et énergique tous les arguments intri'nsèques ou substantiels d'une question. La conviction et l'honnêteté se manifestaient idams ses paroles et leur donnaient une valeur considérable.

Un extérieur des (plus agréables ne contribuait pas médiocrement à lui donner le prestige et les sympathies dont il jouissait. C'était un des plus beaux garçons de son temps. Il était grand, bien fait et distingué dans sa figure comme dans ses manières, blond avec des yeux noirs ; son teint était riche, sa physionomie sérieuse et réfléchie, mais empreinte de bienveiiHance, son maintien iim,posant.

C'était une nature che^'aleresique, généreuse et enthousiaste, mais tempérée, maîtrisée par un esprit réfléchi, par le sentiment du devoir et dfô convenances.

Est-il nécessaire de parler de son patriotisme, quand sa mort est là pour l'attester? Il aimait Bon pays et sa religion d'un égal amour, il était aussi bon chrétien que dévoué patriote. Il n'avait pas honte d'affirmer sa foi et de pratiquer oufvertement ee devoirs de catholique. M. T.-S. Brown, qui était l'un de ses amis les plus intimes, et qui eut souvent l'occasion ide coucher dans la même chambre, dit que la première chose qu'il faisait, le matin à son lever, était de se mettre à genoux pour faire sa prière. Et il n'avait paa de la religion que les

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signes extériures, mais il en pratiquait les préceptes et ia mora/le.

Doux et gentilhomme dajis ses relations personnelles, il gagnait l'amitié de tous ceux qui l'approchaient. Deux de ses meilleurs amis étaient le capitaine Markman et le colonel Weir.

" La dernière fois que je le vis à Montréal, dit " M. Brown, il se promenait avec eux sur la rue " St-Jacquels." 'Briste et singulière coïncidence ! Pendant que Perrault tombait à Saint-Denis sous les Imlles angkises, Weir était tué par des patriotes sur le chemin de Saint-Chanles, ©t Markman, une heure pdua tard, était blessé grièvement, au moment où, à la tête de la cavalerie, il essayait de tourner la position des patriotes renfermés dans la maison de madame Saint-Grermain.

Lorsque M. Perrault fut tué, il était marié depuis trois ou quatre mois; safemime, une demoisellle Êoy, devint madame John Pratt.

Lorsqu'il apprit, vers trois heures de cette glorieuse journée du 23 no\^embre, que les patriotes avaient battu les troupes anglaises, il dit à ceux qui l'entouraient : " Dieu soit béni ! je ne regrette pas " d'avoir sacrifié ma vie pour la liberté de mon " pays." Son agonie fut longue et cruelle, la balle qu'il avait reçue lui ayant déchiré les entrailles, mais il trouva dans la foi qui l'animait et le patriotisme dont son âme était imprégnée, la force de quitter, résigné, la vie qui lui souriait, de dire adieu aux êtres chéris dont il était l'honneur et l'espoir.

Son corps fut transporté à Saint-Antoine et inhumé modestement dans l'humhle cimetière de cette paroisse. C'est d'à que repose encore sa dépouille mortele, près du champ de bataille où il a versé Bon eaug.

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WOLFEED NELSON

Parmi les Canadiens d'origine anglaise qui ont combattu pour nos libertés politiques, on reanarque les deux docteurs Nelson, Eobert et Wolfred, Issus d'une famille loyale et fils d'un officier de la marine anglaise, parents enfin de cet illustre Lord Nelson dont ile nom signifie gloire et dévouement pour l'Angleterre, l'amour de 'la Justice et de la liberté a été plus fort chez eux que îles liens du sang. Ils ont eu la force de s'élever au-dessus des /préjugés de la plupart de leurs comipatriotes pour ne voir que la grandeur et la justice de notre cause. Ils n'ont pas craint de faire perdre à leur famille le fruit d'un siècle de com'bats et de loyauté, d'exposer leur vie et leur fortune ipour un peuple qu'ils croyaient opprimé. Ils ont approuvé l'énergie de ce peuple revendiquant les droits et privilèges attachés à la quailité de sujet anglais et ils ont voulu eux-mêmes être libres, ici, à l'ombre du drapeau anglais, comme on l'est en Angleterre. Qxielle que soit l'opinion qu'on entretienne sur l'opportunité des insurrections de 37 et 38, il est incontestable qu'ils en furent les deux chefs principaux, à tel point que sans eux, sans leur exemple et leurs conseils on a le droit de se demander, si elles auraient eu lieu.

Wolfred Nelson avait commencé à étudier la médecine à l'âge de quatorze ans, à Sorel, sous le docteur Carter, et s'était mis à pratiquer ipresiqu'aussitôt. Les médecins étaient si rares à cette époque qu'ils exerçaient la profession avant d'y être admis ; c'était un excellent moyen d'acquérir de l'expérience aux dépens des malades. A seize ans, Wolfred Nelson avait la direction de la pharmacie d'un petit hôpital militaire.

LES PATRIOTKS ITOl.

Il reçut son diplôme, en 1811, et s'établit à Saint- Denis, dans une des parties les plus riches et les plus heureuses du pays, sur les bords charmants de cette rivière Richelieu où le patriotisme poussait dans les âmes comme le blé dans les champs.

En 1813, il fut l'un des premiers à offrir ses services au gouvernement ang-lais; la loyauté était pour lui une tradition de famille, un sentiment naturel.

Mais il y avait quelque chose d'aussi naturel dans son âme, c'était l'amour de la justice et de la liberté, la haine de ila tyrannie. Loin de condamner, comme beaucoup de ses compatriotes, les mécontentements que soulevait dans le pays une 'politique arbitraire et odieuse, il ies comprit et les approuva. Au lieu d'apaiser, il activa le souffle patriotique qui animait la population au milieu de laquelle il vivait. Pour lui ie drapeau de l'Angleterre était un emblème de liberté et non d'oppression, la qualité de sujet anglais un titre d'indépendance politique et non d'esclavage.

Aux élections de 1827, les patriotes de Sorel lui prouvèrent la confiance qu'ils avaieait en lui, en l'élisant contre le célèbre procureur-général James Stuart. Ce fut une des luttes les plus émouvantes de l'époque, le gouvernement et la bureaucratie firent l'impossible pour le triomiphe de leur candidat, mais leurs efforts se brisèrent contre la volonté du peuple; Nelson fut élu par deux voix de majorité.

Nelson ne se porta pas candidat aux éilections suivantes, mais il continua de dénoncer la politique du gouvernement et de soulever les sentiments du peuple contre les menées et les injustices de la bureaucratie. Après Papineau, dont il était le plus chaud partisan, personne, sur les bords de la rivière Eichelieu, n'avait plus d'empire que lui sur le peuple qui le recherchait comme médecin et l'aimait à cause de ses idées libérales et de la franchise de son caractère. Quand Nelson avait pariéj tout le monde

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croyait, les malades qu'il avait condamnés mouraient tranquilles, et les gens devant lesquels il avait flétri les abus du gouvernement, disaient : " quel homme que ce -docteur Xeilson ! "

Nous avons déjà signalé le rôle important joué par Nelson dans les événements qui précédèrent le combat de Saint-Denis.

Il se distingua, comme nous l'avons déjà dit, dans cette glorieuse journée du 23 novembre 1837, par sa présence d'esprit et son courage; il fut digne des braves qu'il commandait.

Lorsque la bataille fut finie et que les patriote?, qui avaient poursuivi avec ardeur les habits rouges, furent revenus au village, Nelson les assembla et leur 'dit : " Mes amis, nous avons le droit d'être fiers "de la victoire que nous venons de remporter, vous " a^^ez noblement fait votre dei^'oir, mais nos têtes " sont en jeu maintenant, il n'y a plus moyen de " reculer, il faut que nous tenions bon, que nous " acceptions comme des hommes les conséquences de " nos actions.

" Il peut se faire d'ailleurs que notre succès dé- " cide le gouvernement à nous traiter avec plus de '•' resipect qu'auparavant et â nous faire des propo- " sitions honorables. Attendons."

Les adversaires même de Wolfred Nelson ont rendu hommage à la bravoure et à l'habileté qu'il déploya pendant le combat et à l'humanité avec laquelle il traita et soigna les soldats blessés qui restèrent sur le champ de bataiMe. Six mois plus tard, lorsqu'il était en prison, deux de ces soldats lui donnèrent une preuve touchante de reconnaissance. Une nuit qu'ils étaient de garde, ils lui offrirent de le faire évader, mais il ne voulut pas accepter l'offre de ces braves gens.

Le lendemain de Saint-Denis fut triste pour la cause nationale^ car les patriotes réunis à Saint- Oharles étaient battus, et les Canadiens découragés s'enfuyaient dans toutes les directions.

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îTelson se voyant abandonné de tout le monde, et sachant que les troupes anglaises ne tarderaient pas à venir à Saint-Denis, se décida à partir pour les Etats-Unis. Triste situation que ceille où il se trouvait en ce moment !

Il lui failait briser tous les liens qui l'attachaient à son pays, à l'endroit en particulier où il avait vécu dans le bonheur et la (prospérité, se séparer de tout ce qu'il aimait, laisser sa famille et ses biens à la merci de lia haine et de la vengeance de ses ennemis.

Mais c'est un peu l'histoire de tous ceux qui se jettent dans les hasards des révolutions, dans les nobles luttes du droit contre la force. La fortune inconstante les conduit, du jour au lendemain, du Capitole à la Roche tarpéienne, de la gloire à l'humiliation. Les vainqueurs d'hier, proscrits aujourd'hui, ne trouvent plus sur ce sol de la pati'ie qu'ils aimaient tant, un pied de terre où ils soient en sûreté; souvent on les voit parcourir, tristes et désolés, les pays étrangers et traîner misérablement, loin de la patrie, les restes d'une existence brisée.

Nelson se dirigea donc du côté de la frontière. C'était dans les derniers jours de novembre. Le temps était froid, les chemins impraticables, les cantons de l'Est parcourus en tous sens par des bandes de volontaires qui brûlaient du désir de mettre la main sur les chefs des rebelles, sur ceux dont la tête était mise à prix.

Pendant quinze jours, il eut à supportei tontes je» tortures du froid, de la faim et de l'inquiétude, marchant la nuit à travers les bois, dans l'eau et la boue jusqu'aux genoux, se cachant le jour, obligé quelquefois de revenir sur ses pas pour ne point tomber au ipouvoir des volontaires, d'avoir recours à toute espèce de subterfuges pour se procurer un peu de vivres. Une couple de fois, il faillit périr en traversant des ruisseaux ou des marais.

Le douze décembre, des volontaires le rencontré-

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rent et le firent prisonnier. Ce fut un bonheur pour dui, car il était épuisé et n'aurait pu mener longtemps encore une existence aussi misérable. La njouvelle de «on arrestation produisit urne grande joie parmi les bureaucrates. Lorsqu'il traversa les rufô de Montréal, ils s'attroupèrent autour de la voiture qui le conduisait en prison, et plusieurs d'entre eus, les lâches î l'insultèrent ; on dit même qu'un misérable osa lui cracher à la figure.

Lorsque les exploits sainglants de Colbome eurent rétabli le calme dans le Bas-Canada, il fallut songer aux prisonniers qui encombraient les prisons. Lord G^sford avait été rappelé en Angleterre, au mois de janvier 1838, et deux mois après, Lord Durham avait été nommé gouverneur-général et commissaire royaJl chargé de pouvoirs extraordinaires.

Il avait pour mission spéciale de faire une enquête sur la situation du pays et d'adopter les mesures nécessaires pour rétablir la paix dans les deux provinces. Ne sachant trop que faire des prisonniers politiques et croyant qu'un acte de clémence aurait un bon effet sur l'esiprit de la population, il lança, dans le mois de juin, une ordonnance qui graciait presque tous les détenus, mais en condamnait huit sans procès à la déportation aux Bermudes.

Ces huit ^àctimes étaient Wolfred Nelson, MM. Bouchette, Bonaventure Viger, Marchessault, Gauvin, Goddu, E. DesEivières et le docteur H. Masson. Ils partirent pour leur triste exil, le 7 juillet, à bord du vaisseau royal le V estai; mais ils n'y furent pas longteaiips, car trois mois après, le parlement impérial annulait l'ordonnance de Lord Durham, qui les avait condamnés sans procès.

Nelson quitta les Bermudes, mais comme il ne pouvait pas revenir dans le pays où on aurait pu l'arrêter d« nouveau, il s'établit à Plattstourg avec sa famille, et se remit à la pratique de sa profession. Il avait besoin de travailler pour refaire sa fortune, car de tout ce qu'il avait si péniblemeint acquis au

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Canada il ne lui restait plus rien* les soMats qu'il avait battus étaient retournés à Saint-Denis et avaient bravement vengé leur défaite en incendiant toutes ses propriétés.

Lorsque M. T^afontaine eut fait adopter par la Chaimibre son bill d'amnistie générale, il se hâta d'en profiter pour revenir dans le pays . Il s'établit à Montréaloù les S5'mpatliies et la confiance publiques lui créèrent en peu de teniips une bedle clientèle.

Mais sa nature militante et sa popularité devaient bientôt le rejeter encore dans les luttes politiques. Il fut de ceux qui, sous la sage conduite de M. Lafontaine, acceptèrent le nouvel ordre de choses et crurent y voir les moyens de conquérir les droits politiques pour lesquels il avait si vaillamment combattu. En ]845, les électeurs du comté de Richelieu, qui ne l'avaient pas oublié, lui demandèrent de poser sa candidature contre Denis-Benjamin Viger, qui avait accepté la tâche difficile de gouverner le pays contre les vœux de la majorité bas-canadienne.

La lutte fut vive, mais la .parole et la présence de Nelson réveillèrent dans les caonpagnes où il avait autrefois vécu, des sympathies dont il fut impossible de triompher. Les habitants du comté de Eichelieu se seraient crus déshonorés de rejeter l'homme qui pour la cause nationale avait tant souffert, celui de leurs chefs qui était resté avec eux jusqu'à la fin, celui qui avait battu les Anglais à Saint-Denis.

Nelson fut touché des preuves de reconnaissance et d'amitié qu'on ilui donna dans cette élection, il apprit à estimer davantage oe qu'il y a, ce qu'il y avait surtout à cette époque de bon, de noble et de généreux dans le cœur de la population canadiennefrançaise.

La peine qu'il se donna pour le succès du bill d'indemnité, la chaleur avec laquelle il plaida la cause des Canadiens, soulevèrent contre lui les colères et les vengeances des fanatiques. Aussi, lors-

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qu'en 1849, notre ville fut pendant plusieurs jours è la merci des émeutiers, Nelson et sa famille furent obligés de se tenir cachés chez un ami, et le soir même qu'ils se sauvèrent, leur maison fut attaquée aTec fureur et fort maltraitée, il n'y resta ni portes ni fenêtres.

Lorsque M. Papineau rentra, lui aussi, dans la politique à son retour de l'exil, les deux anciens amis qui avaient si longtemps combattu les mêmes combats côte à côte, se trouTèrent dans des camps opposés et se portèrent des coups terrible et regrettables.

En 1851, Xelson sortit de la pdlitique pour se consacrer exclusivement à sa profession.

En 1854, cependant, il fut le candidat du parti conservateur .pour la mairie contre M. Eabre, père de ]\Ionseigneur Fabre, et remporta la victoire après une lutte acharnée.

L'élection terminée, Nelson fut promené en triomphe à travers les rues de la ville. En passant sur la Place d'Armes, le docteur aperçut, dans la foule qui l'acclamait, quelqu'un dont la vue le frappa. Il reconnut le ministre protestant qui, en 1838, alors qu'il était prisonnier, lui avait rendu de grands services et l'avait accompagné de l'endroit où il avait été arrêté jusqu'à la prison de Montréal pour le protéger et l'encourager dans sa détresse. Il ordonna au cocher d'arrêter les chevaux, descendit de voiture, serra cordialement la main du ministre et le força de monter dans son carrosse.

Le ministre protestant aimait à raconter cette scène et il disait : "J'ai été deux fois en voiture avec " le docteur Nelson, mais dans des circonstances bien " différentes. La première fois, nous étions en char- " rette, le docteur était prisonnier et nous traver- " sions les rues de Montréal au milieu des injures, " et des manifestations les moins agréables. La se- " conde fois, nous étions dans un carrosse tiré par "quatre chevaux. Nelson venait d'être élu maire

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"*<ïe Montréail et le peuple se pressait sur notre pas- *•' sage en poussant des cris de triomphe."

Il aurait pu ajouter, pour rendre le contraste encore plus frappant, que parmi ceux qui l'avaient acclamé, la seconde fois, iil y en avait plusieurs qui l'avaient hué la première fois.

Wolfred Ne/lson avait été nommé inspecteur des prisons en 1851 ; il fut plus tard nommé (président du bureau .des Inspecteurs et du Collège des Médecins et Chirurgiens tdu Bas-'Canada. Il déploya dans toutes les charges qui lui furent confiées, le zèle, l'énergie et l'activité dont il avait fait preuve dans les luttes politiques.

Son zèle et son dévouement pendant le choléra de 3854, lui méritèrent l'admiration et la reconnaissance publiques; il se multiplia, brava cent fois la mort pour secourir les malheureux pestiférés. Dans les hôpitaux, au sein des épidémies comme sur le champ de bataille, il ne reculait jamais devant le danger et payait héroïquement de sa personne.

C'est ainsi qu'il termina sa carrière, faisant le bien, dévoué à toutes les bonnes causes, à toutes le* œuvres de la charité ou de la science, s'occupant plus de rendre service à ses semblables que de s'enrichir, entouré de l'estime .publique, cher au peuple dont il fut toujours le protecteur et l'ami déivoué. Tant de travail et d'actiWté, chez un homme qui se fait vieux, abrège nécessairement la vie.

Dès 1861, il s'aperçut que ses forces s'en allaient, il lan.guit pendant près de deux ans et s'éteignit, le 17 juin 1863, à l'âge de soixante-onze ans, laissant un nom honoré et .des souvenirs qui vivront aussi longtemps que le peupllc canadien.

Ceux qui ont connu Wolfred Nelson se souviennent de sa grande et imposante taille — il avait six pieds et deux pouces — de sa figure vive et énergique, de son regard ardent coanme celui de l'aigle, de son extérieur militaire.

Tout dans sa personne et sa physionomie, dans ses manières et ses paroles commandait ; on y voyait

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un singulier mélange de vivacité et de distinction, de brusquerie et de bienTeiMance ; c'était une nature bouillante, im^pétueuse et philanthropique, susceptible de terribles colères et de grands dévouements, obéissant à l'impulsion du moment, faisant ce que le devoir et l'honneur lui dictaient, sans s'occuper des conséquenc-es de ses actions, ainsi qu'il «l'a prouvé en 1837. Il avait l'âme d'un héros et le cœur d'une sœur de charité. Personne plus que lui n'admirait les œuvres de la religion catholique et ne rendait plus volontiers hommage aux grandeurs de notre foi, au dévouement 'de nos prêtres et de nos religieuses ; il avait le respect de tout ce que nous respectons, admirait ce que nous vénérons,

"Pourquoi cet homme-là n'est-il pas catholique?" disaient les gens qui l'avaient entendu parler.

Ses discours dénotaient un esprit droit, une intelligenc-e cultivée, la connaissance de l'histoire et des luttes soutenues dans tous des temps par la liberté «outre la tyrannie. Comme son frère Eobert, c'était plutôt un homme d'action que de discussion, un soldat qu'un orateur, un agitateur qu'un diplomate. Sa nature belliqueuse et son esprit pix>mpt comme l'éclair répugnaient aux atermoiements et aux compromis, en face d'un principe clair, d'un sentiment Juste. Il y avait plus de Brutus que de Fabius chez lui, il n'aurait pas vaincu Annibal par la temporisation.

Le peuple aimait cette nature mâile et vigoureuse, il admirait cette parole franche, énergique, cette repartie terrible, il croyait à la bonne foi et à la sincérité du docteur Nelson. " C'est un honnête homme," disaient les braves gens de la campagne. " Nous ne voulons pas d'autre médecin que lui, ajoutaient les femmes.

C'était en effet l'un des médecins les plus distingués du temips, aussi doux et dévoué (pour ses malades que terrible pour ses adversaires politiques ; il y avait une chose qu'il n'oubliait jamais surtout,

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c'était d'avertir à temps ceux qu'il ne pouvait sauver, afin qu'ils eussient le temps de se préparer. H était lie premier à envoyer chercher le prêtre, et cependant il était protestant.

Nelson a eu ses défauts; il a commis sans doute des fautes, son temipérament nerveux et sa nature ardente l'ont sans doute pntraîné trop loin en certaines circonstances, mais il n'en restera pas moins comme l'un des t}^s les plus ^populaires d'une époque de luttes, d'une génération de grands caractères. Le peuple canadien n'oubliera jamais celui dont la vie tout entière fut consacrée à la conquête de ses droits et de sa liberté politique. Nous devoas d'autant plus apprécier ce qu'il a fait pour nous qu'il était d'une origine différente de la nôtrCj qu'il a combattu et souffert pour un ipeuple dont il ne partageait pas les croyances religieuses et nationales.

P. S. — Wolfred Nelson avait épousé, en 1819, mademoiselle Charlotte de Fleurimont, d'une vieille famille française alliée à plusieurs des plus nobles familles- canadiennes et dont le nom est mentionné avec honneur dans les annales imilitaires du Canada. De ce mariage il eut plusieurs enfants dont voici les noms : Horace et Ailfred, qui furent tous deux d'excelilents médecins, morts, le premier, en 1863, et l'autre, en 1872, à un âge peu an^ancé; Charles- Arthur, qui passa presque toute sa vie aux Etats-Unis où il fonda et rédigea un journal, mort en 1866 ; Dlle Sophie, madame veuve Brosnam ; Dl'le Juilia, qui épousa l'honorable juge Wurtele, morte en 18G9 ; et MM. Walter et Charles Nelson, autrefois marchands à Montréal. Deux autres moururent l'année même de leur naissance. Tous furent élevés dans Ja religion catholique.

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