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LES EVENEMENTS DE

Après les désastres de Saint-Charles et de Saint-Denis, pendant que Colborne et ses gens — soldats, volontaires et bureaucrates — parcom-aient le pays, incendiant les villages révoltés et aiiêtant toutes les personnes suspectes, les patriotes trop compi'omis se hâtaient de franchir la frontière. APlattsburg, Eouse's Point et Swanton, ils se trouvèrent bientôt en bon nombre. Ils arrivaient là, la plupart après avoir" com-u toute espèce de dangers et avoir* vu lem-s propriétés détruites, leurs familles dispersées. Euinés, inquiets et exaspérés, ils avaient l'esprit et le cœur ouverts à tous les projets de vengeance et d'émancipation.

Aussi, quand Papineau, Nelson, Davignon, Côte et Eodier leui* pai-lèrent d'organisation et de soulèvement dans le but de i-entrer dans la patrie, les armes à la main, et de conquéiir l'indépendance, ils trouvèrent des hommes prêts à tout faire.

M. Papineau avait, le premier, jeté dans les esprits l'idée d'une pareille oi-ganisation, et formulé le projet d'une i-épublique canadienne dont il serait naturellement le président.

On comptait pour réussir sui* les sympathies et l'aide des Américains.

Après quelques difficultés entre les chefs, Eohert Nelson se mit à la tête du mouvement, et commença les préparatifs avec ardeur. Les pati-iotes accoui-m-ent de tous côtés se metti*e sous ses ordres, chacun voulant contribuer à la grande œuvi-e de l'indépendance et rentrer dans ses foyers le plus tôt possible. On fondait des balles, on sacrifiait le peu d'argent qu'on avait à acheter des armes, et le soir, dans des endroits cachés, on faisait l'exercice.

On avait tant hâte d'exécuter ce grand projet, que, vers la tin de févi'ier, Nelson f^-anchissait la frontière, à la tête de quelques centaines de patriotes canadiens, et lançait, comme président du gouvernement provisoire de la futui-e république canadienne, une proclamation déclarant que tout lien politique enti'e le Bas- Canada et l'Angleten-e était brisé.

Mais des mesures avaient été prises par les autorités américaines et canadiennes pour faire avorter l'entreprise. Ils avaient à peine mis le pied sur le sol canadien, qu'ils étaient attaqués par les loyaux et guettés par les troupes américaines qui les désm-maient. Ainsi pris entre deux feux, ils comprirent qu'ils ne pouvaient réussir et retraitèrent aux Etats-Unis, bien décidés à revenir mieux organisés.

Sachant que lem- expédition avait avorté faute de discrétion et de prépai-atifs nécessaires, ils eurent l'idée d'unii' tous ceux qui voudraient contribuer à l'indépendance du pays par les liens d'tme vaste société secrète. Ils fondèrent l'association des Chasseui-s qui, aux Etats-Unis et au Canada, fit de nombreux adhérents.

En 1838 3omme en 1837, ce furent les comtés de Verchères, de Chambly, de Laprairie, 'te L'Acadie, de

Terrebonne et des Deux-Montagnes qui montrèrent le plus de zèle et d'enthousiasme poui' l'insurrection.

Le 3 novembre fut fixé poui* le soulèvement général ; les plans furent préparés, les rôles assignés. Pendant que Nelson, Côte et Julien Gagûon se dirigeraient sui* Napierville, à la tête des Canadiens réfugiés et des volontaii-es américains, des attaques simultanées de- -vaient avoir lieu contre Sorel, Chambly, Laprairie et ]»eauharnois. Les patriotes de Saint-Martin, de Saintellose et de Terrebonne devaient s'empai-er du pont ]jachapelle, à l'Abord-à-Ploufife ; ceux des Deux-Montagnes et de Vaudreuil étaient chargés d'interrompre les communications par l'Ottawa et d'arrêter les ba teaux qui descendaient la rivière.

Nelson et Côte se rendirent à Napierville, mais le J'este du plan manqua faute d'armes, d'expérience et de direction.

Eacontons les principaux incidents de cette triste journée du 3 novembre.

Les patriotes du comté de Beauharnois furent les premiers siu* pied pour remplir le rôle qui leui* avait été assigné. Ils étaient commandés par des hommes convaincus et intelligents, tels que le Dr Brien et Chevalier de Lorimier, de Montréal ; Toussaint Eochon, de Saint-Clément; Louis Dumouchel, de Sainte-Martine, et M. François-Xavier Prieur.

Ils étaient une couple de cents, et divisés en deux bandes.

Ils allèrent d'abord au manoir seigneui'ial de M. Ellice poui- s'emparer des armes et des munitions qu'ils croyaient y trouver. Mais M. Ellice et M. Brown, l'agent de la seigneui-ie, ayant été prévenus, l'alarme avait été donnée parmi les bureaucrates et les volontaires, qui accoururent au manoir pour le défendre. Il fallut faire le siège de la place j des coups de fusils fui-ent échangés; il y eutydes bras et des

jambes écorchés pai' les balles ; mais personne hem-eusement ne fut tué ni même sérieusement blessé. M. Ellice et ses amis, voyant que la résistance était inutile, mirent bas les armes et consentirent à se constituer prisonniers à la condition qu'aucun mal ne serait fait aux dames. Le Dr Brien dit que non seulement les dames n'avaient pas à craindi-e d'être maltraitées, mais que les pei-sonnes et les propriétés en général seraient respectées. Brown ayant alors demandé quel était le but de ce soulèvement, plusieui-s voix lui répondirent : " Il y a assez longtemps que nous souffrons. Nous voulons avoir nos di-oits." Les patriotes entrèrent dans le manoii*, prirent possession des armes qu'ils pui-ent trouver, allèrent chez plusieui's autres biu-eaucrates de Beaubarnois, les fii*ent prisonniers et les dirigèrent sur* Cbâteauguay.

Pendant ce temps-là, une autre bande de patriotes, commandée par M. Prieni-, allait prendre possession du vapeui- Henry Broughain, amarré au quai de Beaubarnois, et à la veille de sauter les rapides. Ils brisèrent la machine à vapeur de manière à l'empêcher de fonctionner, firent prisonniex'S le capitaine, le mécanicien et les passagers, qu'ils traitèrent bien, les dames surtout, et les placèrent au nombre de trente dans le presbytère de Beauharnois, obligeant le cui'é, M. Quintal, de les garder.

Tous ces prisonniers furent reMchés, quelques joui-s plus tard, après les malheui-euses batailles de Lacolle et d'Odelltown.

Pendant que les pati'iotes s'agitaient à Beauharnois, ceux de Cbâteauguay en faisaient autant chez eux.

Cbâteauguay fut, en 1838, l'un des foyers les plus ardents de la rébellion. Il y avait là, comme à Beauharnois, des hommes à l'âme ardente, à l'esprit hardi, qui communiquaient à la population leurs sentiments

et leurs idées en faveur de l'indépendance du pays. Ils 6'étaient jetés avec enthousiasme dans le mouvement, sans amère-pensée d'ambition ou d'intérêt personnel, sans autre but que de conquérii* leur liberté politique. C'étaient de nobles cœurs, de véritables patriotes, aimant leur- pays et leur- nationalité. Ils ont payé cher, pour la plupart, leui- imprudente mais glorieuse tentative, Nommons en particulier : Cardinal et Duquette, ces deux touchantes victimes du patriotisme, dont les noms éveillent les souvenirs les plus attendrissants. Ils avaient pour les seconder Jean-Louis Thibert, Joseph L'Ecuyer, Léon ou Léandre Ducharme, François-Maurice Lepailleur, encore vivant, et plusieurs autres, tous de Châteauguay, excepté Ducharme, qui était de Montréal. Les patriotes de Châteauguay avaient poui- tâche, après avoii- fait prisonniers les bureaucrates de cette paroisse et les avoir désarmés, d'aller s'emparer des armes des sauvages à Caughnawaga. Il n'eurent pas de peine à exécuter la première pai'tie de ce programme. Ils allèrent d'abord chez M. MacDonald, le principal marchand de l'endi-oit, qu'ils forcèrent de leui- livrer toutes les armes et la poudre qu'il avait, et l'emmenèrent prisonnier avec plusieurs autres qu'ils arrêtèrent, chemin faisant, à leui" camp, près du pont de la rivière Châteauguay. Plus tard, ils les renfermèrent avec M. Ellice, M. Brown et quelquesuns des bureaucrates arrêtés à Beauharnois, dans la maison de M. Mallette, au même endroit. Ils les traitèrent bien et les relâchèrent, le lendemain de la bataille d'Odelltown.

Après avoir accomjili la première partie de leur tâche, une quarantaine de patriotes, armés, la plupai't, de bâtons et de piques, partii*ent pour Caughnawaga, autrement dit Saut Saint-Louis. Arrivés près du village, au lever du soleil, ils s'arrêtèrent dans un bois, et cinq d'enti-e eux, les chefs, Cardinal, Duquette, Lepail-

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leur et deux autres, allèrent en avant pour sonder le terrain et les dispositions des sauvages.

Pendant qu'ils essayaient de décider quelques uns des sauvages à leur prêter leurs armes, une femme étant allée près du bois, aperçut les patriotes et revint tout effarée, raconter aux chefs sauvages ce qu'elle avait vu. L'alarme fut donnée, les sauvages prirent leurs fusils, et les chefs décidèrent qu'après avoir employé la ruse poui* attirer les patriotes dans le village, on les arrêterait.

Les Canadiens-français furent traités en cette circonstance par les sauvages, comme ils le sont souvent par ceux qui se disent leurs alliés et leui-s obligés.

Cinq ou six sauvages envoyés en avant, sans armes, firent croire aux patriotes qu'ils poui'raient, peut-ôti"e, s'entendre avec les chefs et les décidèrent à s'avancer. Lorsque les chefs, qui les attendaient à la tête d'une quarantaine d'hommes bien armés, les vii'ent dans l'impossibilité de se défendre et de s'enfuir, ils donnèrent l'ordi'e de se jeter sur eux et de s'en emparer. Les patriotes n'ayant point d'annes, la chose fut facile ; ils se laissèrent arrêter et conduire à Lachine, et de là à la prison de Montréal, d'où ils ne sortirent, la plupart, que pour monter sui* l'échafaud.

Les patriotes du comté de LapraLrie ne furent pas plus heureux que ceux de Châteauguay et de Beauharnois. Ils avaient reçu ordre de se rendre des différentes paroisses du comté à Saint-Constant, poui* de là aller prendi-e possession de Laprairie, de ses casernes et du bateau à vapeui* qui faisait la traversée entre cet endi-oit et Montréal. On leui- avait dit qu'un corps de troupes considérable venu des Etats-Unis, les attendait à La Tortue, poui- leur prêter main forte. Ils étaient commandés par Joseph Eobert, de Saint-Edouard; Ambroise Sanguinet et Charles Sanguinet, de Saint- Philippe } Pascal Pinsonneau, de Saint-Edou&i'd ;

Joseph Longtin, de Saint-Constant, et quelques autres. Lem- expédition fut marquée par un événement regrettable. Après avoir fait prisonniers, chemin faisant, tous les bureaucrates qu'il rencontrèrent, ils arrivèrent à La Tortue, chez M. David Vitty, où la plupai-t des bm-eaucrates de Saint-Philippe et de Saint-Constant étaient venus se réfugier avec l'intention imprudente de se battre au besoin. Aussi, lorsque les patriotes sommèrent M. Yitty de leur ouvrir la porte, au lieu de se rendi-e à cette injonction, il refusa obstinément et poussa même l'imprudence jusqu'à faire feu, espérant sans doute les effrayer. Mais ce coup de fusil eut un résultat bien différent ; les patriotes in-ités entom-èrent la maison, et tous ceux qui avaient des fusils tirèrent. M. Walkor fut tué, M. Vitty blessé, la maison fut envahie et tous ceux qu'elle contenait fait prisonniers. Des témoins ont prétendu que les patriotes avaient tiré les premiers ; mais il paraît que le premier coup de fusil pai'tit de la maison de M. Vitty. North et Hood, qui étaient dans la maison, admirent ce fait devant la cour martiale.

Natui-ellement, cet incident déplorable fit sensation et souleva des flots de colère parmi la population anglaise, qui demanda vengeance à grands cris. Nous dirons ici, une fois pour toutes, que la mort du pauvre jeune TVeir, à Saint-Denis ; celle de Chai'trand, à Saint- Jean, et de Walker, à La Tortue, sont des actes regrettables ; mais ce sont des faits isolés. En général, les pati-iotes ont monti-é une modération et une douceur qu'on trouve rarement chez des insm-gés. Quand une population persécutée se lève poui- revendiquer sea droits, elle montre rai-ement autant d'égards poui- ceux qu'elle considère comme ses oppresseui-s.

Même mouvement dans les comtés de Verchères, de Chambly, de Lacadie et de Eouville, et mêmes résultats. Se rendre à Saint-Ours et à la Pointe-Olivier pour y prendi-e des ai-me»" et aller s'emparer de Saint-Jean et

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de Chambly, était le programme des patriotes dans ces trois comtés,

Ils partirent, la nuit, par bandes de dix, vingt on trente, portant la plupart au bout d'un bâton im petit paquet contenant une chemise et un morceau de pain et de lard, raccolant des compagnons d'armes sur leur passage, et forçant les gens de se lever, de décrocher le vieux fusil de chasse suspendu au soliveau, et de les suivre. On dormit peu cette nuit-là ; bien des larmes coulèrent, et les femmes de l'époque qui sui-vivent se rappellent encore vivement les angoisses qu'elles éprouvèrent en voyant leurs maris pai'tir pour- se batti'e.

Mais, ne trouvant pas, dans les limites désignées, les armes promises, et ne recevant aucunes nouvelles, la plupai-t revinrent chez eux ; les plus déterminés seulement se rendirent jusqu'à Napier ville.

Les pai'oisses situées au nord du Saint-Laurent furent généralement paisibles en 1838. Terrebonne fut le seul endi-oit où il y eut im peu d'agitation ; on y administra le serment secret, on fabriqua des balles, et on se prépara à prendre possession du village et du pont.

Les chefs du mouvements en cet endroit étaient Charles-Guillaume Bouc, Léon Leclaire, Paul Gravelle, Antoine Eoussin, François Saint-Louis, Edouard-Pascal Eochon, Joseph-Léandi*e Prévost, notaire, et Eloi Marié. Ils avaient dans les personnes de ]\LM. Joseph Masson, John McKenzie, Alfred Turgeon et Jean- Baptiste Prévost, des adversaires influents et habiles qui déjouèrent leurs eÔbrts et paralysèrent leui's mouvements dès le commencement, en les faisant aiTêter.

Le 4 novembre, vers onze heures du soir, le fameux chef de police Comeau, accompagné de Loiselle, arrivait à Terrebonne. Les patriotes ayant été prévenus à temps, Comeau ne put mettre la main que sur Marié, qu'il emmena prisonnier à Montréal. Le 6, il retoui-ua

à Terrebonne pour arrêter les autres, et, comme il avait appris qu'il éprouverait de la résistanee, il se fit accompagner de deux magistrats et d'une douzaine d'hommes de police.

Bouc et ses amis avaient, en effet, résolu de ne pas se laisser arrêter sans mandat.

Lorsque Comeau et sa bande an'ivèrent à la maison de Bouc, ils y trouvèrent une dizaine d'hommes qui les reçurent à coups de fusil, Loiselle, qui était en avant, reçut deux blessures, et le reste de la troupe se hâta de s'éloigner et de se réfugier chez M. Masson.

Comeau et ses gens, furieux de leur échec, ne voulurent pas partir comme cela pom* Montréal; ils retournèrent chez Bouc, trouvèrent la maison vide, la criblèrent de balles et y mirent le feu. Heureusement que Pangman les força d'éteindi-e les flammes avant qu'elles eussent causé beaucoup de dommage. Ces événements em-ent naturellement pour effet d'exaspérer les pati'iotes de Terrebonne ; l'agitation fit de grands progrès, sm-tout parmi les habitants du haut de la Côte.

Le 7, pendant qu'un certain nombre de bureaucrates essayaient vainement de désarmer les habitants de la Côte, une cinquantaine de patriotes se rendaient au village, s'emparaient du pont, et plaçaient partout des sentinelles. M. Masson et ses amis, ]VOI. Turgeon, McKenzie, Pangman et Fraser, effrayés de la tournui*e que prenaient les choses, résolurent d'avoir recours à la douceiu". M. Masson, qui était bien vu parmi les insurgés, fut chargé de leur tendre la branche d'olivier. Une convention intervint par laquelle les patriotes consentirent à mettre bas les armes, si M. Masson et ses amis s'engageaient, de leur côté, à ne pas témoigner contre eux. Cette convention fut écrite dans les termes suivants:

" T novembre 1838^ 5^ heures p.m.

" H est convenu entre 30I. Joseph Masson, John McKenzie et Jean-Baptiste Prévost d'une part, et MM. le capitaine Bastien, Joseph Eoussin, Charles Bouc et Jean-Baptiste Dagenais, d'autre part, que les premiers s'abstiendront de toute attestation contre ces derniers et leur parti, pour tout ce qui a été fait ou commis par eux contre le gouvernement jusqu'à cette heure ; et que les derniers mettront bas les armes et se retireront dans leurs maisons, en par les dites pai-ties se rendant réciproquement les prisonniers par elles faits et ont signé à l'instant à Terrebonne.

" J.-L. Prévost, " Ch.-G. Bouc, " Michel Balent, " Toussaint Bastien,

?a " Joseph x Eoussin,

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" Léon x Leclairb,

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" Pierre x Urbain,

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" Pierre x Labelle.

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" Ant. Dumas, fils ) +^^^- ^ .• " G.-M. Prévost. } ^"'^^^^^

Cette convention eut pour effet de rétablir la paix et l'ordre dans le comté de Terrebonne, mais n'empêcha pas que deux mois après, Bouc, Rochon, Leclaiie,

Gravelle, Eoussin et Saint-Louis étaient arrêtés, subissaient lem* procès et étaient condamnés à être pendus.

Après Terrebonne, Sainte-Anne fut la paroisse du Nord où il y eut le plus d'agUation en 1838, Parmi les patriotes de cet endroit, signalons entr'autres M. Guillaume Prévost, père d'ime famille bien connue et remarquable comme lui par la vigueur de l'esprit et du caractère. En 1838 comme en 1837, sa maison fut un centre de réunion poui* les patriotes, un magasin d'approvisionnement et même une véritable manufacture de balles. Deux de ses fils n'étaient encore que des enfants — l'aîné n'ayant que dix-sept ans— mais c'étaient déjà des hommes par l'énergie et la détermination. Ceux qui connaissent M. Ménésippe Prévost, de Terrebonne, et son frère Melchior, de Saint-Jérôme, savent qu'ils n'ont pas dû être enfants bien longtemps ; et on peut en dire autant de leurs frères. Eien ne pouvait modérer leur ardeur, tempérer leur enthousiasme; porter des messages à Terrebonne et à Saint-Vincentde-Paul, fondre des balles du matin au soii*, marcher le jour et la nuit, rien ne leur coûtait.

Lorsque Comeau et ses satellites passèrent à Sainte- Anne pour aiTêter Granger, Latour et plusieurs autres, M. Prévost et ses deux garçons échappèrent, grâce à la discrétion des gens de l'endroit, qui refusèrent de parler.

M. G. Prévost était l'oncle de Joseph-Léandre Prévost, notaire, de Terrebonne, et l'un des chefs pati-iotes les plus ardents de toutes les paroisses du Nord.

A Sainte-Eose, il y eut aussi des réunions secrètes chez un aubergiste du nom d'Augustin Tassé. On se prépara à marcher le 3 novembre, et quelques uns se rendirent au camp de TeiTebonne. L'agitation dans cette paroisse était encom-agée par le curé, M. Turcotte, qui, se croyant en danger, s'était enfui, l'année précédente, aux Etats-Unis où il avait vu Nelson, Côte

et les autres chefs patriotes, et était revenu à Sainte- Eose, très excité, prédisant à qui voulait l'entendre qu'un massacre effrayant aurait lieu le 3 novembre.

En 1838 comme en 1837, ce cui-é joua un rôle double ; pendant qu'il parlait de manière à exciter les patriotes^ il racontait aux bui-eaucrates tout ce qui se passait. La veille du 3 novembre, il partit de nouveau pour les Etats-Unis.

Voilà, à peu près, tout ce qui eut lieu en 1838 dans les paroisses situées au nord du fleuve.

Que faisait-on à Montréal, pendant ce temps-là ?

C'est là que se trouvait le comité central de l'organisation secrète des Chasseurs. Le comité avait ses réunions dans le bureau de John McDonell, avocat, rue Saint-Yincent, et avait pour but de fourair de l'argent aux chefs de l'insurrection. Malhiot, le principal organisateur des paroisses du sud du Saint-Laui-ent, et qui occupait le grade de Grand-Aigle, dans la société des Chasseurs, venait souvent visiter le comité et s'en retournait avec l'argent souscrit. Les principaux membres de ce comité étaient: McDonell, Fi-ançois Mercui-e, Lemaître, Célestin Beausoleil, Féréol Thérien, Guillaume Levesque et David Rochon, deux jeunes gens employés au bui-eau du shérif.

MM. Georges de Boucherville, Richard Hubert, Féréol Peltier, et plusieurs autres citoyens importants de Montréal, favorisaient le mouvement, et aidaient le comité sans avoir prêté le serment nécessaire pour faire partie de l'association.

Le secret des délibérations du comité fut si bien gardé, et toutes les précautions si bien prises, que les autorités, malgré tous leurs efforts et leur vigilance, ne .purent mettre la main, à Montréal, sm* ceux qxii s'étaient le plus compromis. Elles se vengèrent en arrêtant au hasard et sur simple soupçon un grand

nombre de personnes distinguées, dont la plupart ne connaissaient rien de l'affaire.

Dès le 4 novembre, le dimanche, aussitôt qu'on eût appris ce qui s'était passé à Beauhamois et à Laprairie, on arrêta M. Lafontaine à son bureau où il était tranquillement occupé à travailler avec son associé, M. Berthelot, et on le conduisait au corps de garde. M. Girouard, de Saint-Benoît, et PieiTC Badeaux, de Monti'éal, étant allés, dans l'après-midi, à la maison de M. Lafontaine, pour s'enquérir des circonstances de son aiTCstation, furent eux-mêmes arrêtés et conduits au poste. Yers cinq heures, ils se trouvèrent une trentaine au corps de garde, entr'autres MM. D.-B. Viger, Fabre, J. Donegani, H. Desrivières, le Dr Lusignan, D. Chopin et PieiTO de Boucherville. De là on les conduisit à la prison actuelle, au Pied-du-Courant. Le 6 et les jours suivants, on procéda à d'autres ai-restations, et M. Berthelot (aujom-d'hui juge), qui se croyait sauvé et n'avait rien à se reprocher, fut obligé d'aller rejoindre son associé, M. Lafontaine. Comme on ne pouvait rien prouver contre ces citoyens, on les relâcha au bout de quelques jours, à l'exception de M. Viger, qui ne voulut pas sortir avant d'avoir été confronté avec ses accusateurs. On ne lui accorda pas, bien entendu, ce qu'il demandait, et il lui fallut bien quitter la prison.

KELSON À NAPIEEVILLB

Eobert Nelson arriva à Napierville, le 3 novembre, vers neuf heures du matin. Il était accompagné de Touvaey et de Hindelang, deux officiers français qu'on avait décidés à prendi-e part au mouvement. Leui" ai', rivée fut saluée avec enthousiasme par les patriotes réunis à Napierville. Le docteur Côte étant allé à leur renconti-e, les présenta à la foule dans des termes éloquents. Il dit, s'adressant aux patriotes : " Messieurs, je vous présente l'homme que nous attendions avec tant d'impatience et de confiance, Eobert Nelson, le chef des patriotes et le président de la futui-e république canadienne. Yoilà notre chef, messieui-s ; il est venu au milieu de nous, comme il l'avait promis ; il vient se mettre à noti-e tête pour arracher le pays à la tyrannie et conquérir l'indépendance du Canada. Je vous présente aussi ses deux compagnons, deux nobles et vaillants officiers français qui seront vos généraux et vous conduiront à la victoire."

Le Dr Nelson répondit :

— Mes amis, je n'ai qu'un mot à vous dire : merci pour voti-e accueil. J'espère que je saui-ai mériter voti'e confiance ; la tâche que nous entreprenons est difficile, mais elle n'en sera que plus glorieuse. L'année dernière, vous avez été écrasés parce que vous n'aviez pas d'ai-mes, mais cette année nous triompherons parce que nous aui-ons ce qu'il nous faut : de l'argent, des hommes et des fusils. Coui-age, mes amis, et soyez

convaincus qu'avant longtemps nous aurons délivré notre pays de la tyi-annie et conquis la liberté. "

Ces paroles furent accueillies par des hourras enthousia'stes.

Il y avait alors à Napierville cinq ou six cents patriotes ; mais il en vint toute la journée et les jours suivants, et il y en eut jusqu'à deux ou trois mille.

Il fallait loger, nourrir*, armer et discipliner ces hommes.

On les distribua comme on put dans les maisons du village, au presbytère, dans les magasins, les auberges et surtout chez les bureaucrates anglais, qui furent obligés de déguerpir. Poui* les nourrir, on faisait des réquisitions de pain et de viande dans le village et la paroisse et on payait les gens avec des bons signés par C. Huot, au nom du gouvernement provisoire. Il existe encore de ces bons, mais ceux qui les possèdent aiment mieux, malgré tout, les billets de la banque de Montréal.

Côte était le général en chef, mais c'est ïïlndelang qui, en qualité de brigadier-général, fut chargé de l'organisation militaire. Il forma des compagnies de cinquante hommes, et cinq divisions composées chacune de neuf compagnies. Parmi ceux qui le secondaient avec le plus de zèle et d'efficacité, on remarquait les capitaines Frs Trépanier, Narbonne, Nicolas, Antoine Coupai dit Lareine, Joseph Marceau dit Petit- Jacques, Théodore Béchai-d, Pierre-Théophile Decoigne, Achille Morin, Joseph-Jacques Hébert et j^lusieurs autres.

Cette organisation faite à la hâte, ces généraux, ces officiers et ces soldats improvisés du matin au soir, offraient, il faut l'avouer, peu de garanties. Si encore on avait eu des armes ! Hélas ! comme en 1837, on avait compté sui- les Américains pour en avoir. Lorsque, lundi, le 5 novembre, Nelson fit la revue de ses soldats.

BUi* deux mille, il y en avrit deux à trois cents qui avaient des fusils, et encore, quels fusils ! Les autres étaient armés de piques, de fourches et de bâtons pointus.

C'était 1837 qui recommençait.

Un certain nombre de citoyens américains avaient promis de l'argent et des armes, mais une proclamation du président des Etats-Unis et l'intervention énergique des autorités militaires refroidirent leui* zèle et les empêchèrent de tenir leurs promesses.

L'affaire de Lacolle acheva de les décourager.

Ils avaient réussi à mettre deux cent cinquante fusils, un canon et des munitions à bord d'un schooner qui, descendant le lac Champlain, avait jeté l'ancre vis-à-vis de Eouse's-Point, le 5 novembre au soir. Mais les volontaires d'Odelltown, s'organisant à la hâte, étaient allés prendi-e possession du moulin de Lacolle, de manière à empêcher toutes communications entre Eouse's-Point et Napierville, et à intercepter les convois d'armes et de munitions destinés aux patriotes. Côte, Lucien Gagnon et les capitaines Grégoire et Morin, étaient partis aussitôt de Napierville, à la tête d'une centaine d'hommes, pom* déloger les volontaires. Le sept, vers neuf heures du matin, ils tombaient sur ceux-ci qui occupaient une forte position. Les loyaux n'auraient pas résisté longtemps, si, pendant le combat, un corps considérable de miliciens de Hemmingford n'était venu à leur secours. Les patriotes, attaqués de tous les côtés, virent avec désespoir que la lutte était inutile et retraitèrent vers la frontière américaine. Us eui-ent une dizaine d'hommes tués, entre autres, le brave capitaine Grégoire.

Cet échec, qui coupait les communications de Nelson avec les Etats-Unis et lui enlevait la dernière espéi*ance qu'il avait de recevoir des secoui-s — des armes sui'tout — était désastreux.

Nelson apprenait en même temps que Colbome marchait sur Napierville à la tête d'un corps de troupes considérable. Il n'y avait pas à hésiter, il fallait re-

prendre la position perdue, risquer le sort de l'insur- m

rection dans un combat décisif. Il ne restait plus à W

Napierville que sept à huit cents hommes dont la moitié avaient de mauvais fusils, et le reste, des piques et des bâtons en forme de lances. Le 9 au matin, Nelson pai'tit à la tête de ces pauvres et braves gens, et les dirigea du côté d'Odellto\vn.

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