‹ Les pauvres d'esprit comedie en trois actes, en proseChapitre 18 sur 79 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

Oh ! des plaisanteries !

PROSPER

Qui ont de plus graves conséquences et de plus douloureux’ effets que vous ne le supposez... car, au fond, vous n’ètes pas méchant.

MONFORT

Non!

PROSPER

Oui, je le sais, j’ai été un peu des vôtres... et, pourtant, avec ces plaisanteries, mon cher, on fait dire journellement à maintes jeunes filles, charmantes du reste. , et qui ne sont en cela qu’otourdiment cruelles : « Monsieur un tel, mon mari !... un notaire!... Oh! non, il me faut, à moi, un homme d’intelligence...» Merci!... « Un homme distingué et qui me fasse honneur!... » Comme c’est flatteur, hein?... Tu souris!...

MONFORT

De ta naïveté... c’est que la personne qu’on leur propose ne leur plaît pas.

PROSPER

Que la personne leur plaise ou non, c’est tout un!

MONFORT

Alors, ce sont de petites sottes.

PROSPER

Hein?

MONFORT

Et vous devez remercier le ciel de leur refus.

C’est-à-dire, nous en prendre à un enfant d’un travers qui est votre œuvre et non la sienne. — Comment! vous nous signalez un dédain de la galerie (Et quand je dis nous, je devrais dire tout ce qui n’est pas vous). Le premier jouvenceau venu, un peu organisé pour la période, appartient sans conteste au monde de la pensée; mais nous qui sommes ou notaire, ou avoué, ou commerçant, ou magistrat; que sais-je?... du moment que nous ne tenons ni burin, ni pinceau, ni plume, vous nous réléguez dans le réalisme bourgeois, ce qui est le proh! pu-

dor! des anciens!.. Et, quand vous nous avez -bien dénigrés; déclassés, déshérités de toute grandeur et de toute poésie, vous vons étonnez qu'une petite nature de seize ans, élevée poétique, nous appréhende à l’égal d’une chenille, on d’un glaçon! Bourgeois! mais c’est pour en mourir? Bourgeois!... Et qu’ètes-vous donc, vous autres?... des mafquis de Moncade? Prenez-y garde! vous y tournez. (Lui prenant ta main.) Quand je dis vous, ai-je besoin d’ajouter que je ne parle ni des hommes de ta trempe, qui ont la force, c’est-à-dire la raison, la justice, la bienveillance, la dignité; ni de ces esprits modestes qui, à défaut de la louange, commandent à tous le respect qu’ils pratiquent!... Mais, là, vrai, mon ami, tu devrais le dire à quelquesuns de tes petits confrères, hargneux et dédaigneux : c'est une pitié de voir une meute de roquets littéraires venir japper aux jambes de tel homme, notaire ou industriel, gentilhomme, soldat ou marchand, qui, dans son etude, son coin de terre, sa caserne ou son comptoir, est souvent plus lettré qu'eux; lit son Horace, dont ils ne traduiraient plus un vers; sait Corneille et Boileau, dont ils outragent les lois; admire Schakespeare, adore Molière... et pour tout dire, enfin....

«... N’est pas si bête,

« Que vous autres, Messieurs, vous vous mettez eu tète!...»

MONFORT

Voyons, voyons, calme-toi !...

PROSPER

Oui, tu as raison; mais c’est que tu me prends, vois-tu, dans un mauvais moment.

MO NFORT.

Comment?

PROSPER

Rien.

MONFORT

Mon Dieu ! les choses se sont toujours passées ainsi !

PROSPER. s

Tant pis !

MONFORT

Et Molière, que tu cites, a plaisanté les médecins !

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