MADAME DEI.AURE
Ma fille! niais <ÿest de l'enfantillage, et je te conjure de te calmer, car lu es dans une voie fausse... (Mouvement d’iiortcnsc. Avec tendresse.) Oui, fitusse. . Tu as épousé le cœur de ton mari ; il te le garde; tu no peux proférer contre lui aucune plainte légitime': sa pensée appartient à sa gloire, au public qui l’attend, à son talent dont elle est l’élément et la force? Eh bien, tu savais, tu devais savoir tout cela eu unissant ta vie à la sienne; et j’ajouterai que cela est on ne peut plus régulier.... précieux, même! Les hommes ont une vie indépendante de la nôtre...
38 LES PAUVRES D’ESPRIT
HORTENSE, avec calme.
Je le sais...
MA DAME DELADRE.
Et cette activité morale... est, au contraire, un don du ciel!...
HORTENSE
....Quand elle ne se retourne pas contre nos sentiments!
MADAME DELAURE.
Les sentiments n’ont rien à y voir !
HORTENSE
Vous croyez? (Elle va s'asseoir sur le canapé de droite.)
MADAME DELAL'RE, s’approchant d'elle.
Ah! ma pauvre enfant, qu'aurais-tu dit, mon Dieu!... si tu avais, comme ta mère, épousé un grand savant, un grand médecin... que bien souvent lu n’aurais pas pu voir une heure sur vingt-quatre ?
HORTENSE
Oui ! ( Lui prenant la main. ) mais dans cette seule heure, que de choses! Allez , je le remarquais bien , autrefois à dîner , quand il ne faisait que poser à table, et que j’observais tout , de cet œil curieux de l’enfance, qui perçait si juste... et ne laisse rien passer!.. Quel bon sourire pour vous!., comme son âme s’y épanouissait largement, dans ces étroites limites laissées à son bonheur!... et comme on sentait gardée sacrée dans la fièvre du travail , la part de l’homme... et de l’époux! ! !
MADAME DELADRE, tendrement, à part.
Oui! !
HORTENSE
Tout est là! Moi, ma mère, je suis aimée aussi... (Avec feu.) Oh ! je le crois!... Mais l’amour d’Albert semble descendre sur moi, et scs déférences sont celles d'une âme plus délicate que convaincue : quelquefois on dirait, quand il me regarde, qu’il méjugé... et mesure avec regret la distance qui nous sépare ! (s'exaltant.) La distatfce!.. est-ce qu’il y en a entre deux êtres unis par l’amour et par Dieu?., la distance!... mais s’il a la tète dans les cieux , j’y ai le cœur , moi... et j’ai là pour sa poésie... toute la poésie de là-haut !
Ma fille!