ACTE
HENRIETTE
Ah! pardon!., mon Dieu !.. si... j’avais même vu Monsieur le premier... mais...
ROUSSEAU
L’élau !
HENRIETTE, un peu confuse.
Oui...
ROUSSEAU
Vous avez bien fait, ma belle demoiselle!., seulement, comme votre oncle trouve que vous avez eu tort, et que vous me devez une réparation, j’ai grande envie d’en profiter pour vous punir, en vous demandant votre joli front, afin de réjouir un peu mes vieilles lèvres.
HENRIETTE, s’avançant en souriant.
Ça ne me punit pas du tout, Monsieur.
DELAURE.
Tu viens de prendre ton bain?
HENRIETTE
Oh! il y a longtemps’, je descends de chez ma tante. Je me suis promenée une grande demi-heure sur la plage... pour faire ma réaction.
ROUSSEAU
Diable !
Et où est Hortense?
HENRIETTE
Elle vient : elle est avec son mari ; car M. Montfort était avec nous... il me donnait même le bras, ce qui fait que beaucoup de monde se retournait pour nous regarder... e’est-à-dire, lui!., comme lorsque je suis avec vous, mon oncle!.. Il y avait des groupes de messieurs qui se le montraient... ils avaient l’air de se dire : « Ah bah!.. — Oui! — Vraiment? » Et ils le regardaient, de gauche, de droite !.. et lui, il se promenait au milieu de tout ça, sans y songer.
DELAURE, à part, souriant,
Hum!..
LES PAUVRES D’ESPRIT
HENRIETTE
Il contemplait la mer de son œil inspiré... Ali! que c’est beau le talent! (s’exaitaut.) Dieu ! comment un homme peut-il se condamner ;V n’ôtre pas avant tout un homme de talent!., à ne pas acquérir de la gloire!., à... (Elle rencoatre le regard de Rousseau, et 's'arrête, un peu embarrassée de ce qu'elle vient de dire.)
DEL AC RE, bas à Rousseau.
Voilà !
HOl'SSEAÜ , arrêtant en souriant Delaure. — À Henriette.
Eh bien! demain, quand vous vous promènerez à mon bras... (parce que je veux, demain, vous faire faire votre réaction). (Mouvement d’Henriette.) Oh! je sais qu’il faut marcher vite; mais j’aurai ma canne... et quand j’ai ma canne!.. Ah! vous verrez aussi comme ils se retourneront fous pour nous regarder, en disant : « Quelle est cette jeune et jolie personne?... — C'est la nièce de Delaure... — Le célèbre savant?.. — Oui... oui!.. — Ah!.. — Et ce noble vieillard, à l'allure encore leste et hardie, qui lui donne le bras?.. — C’est Rousseau, le notaire honoraire... — Un autre gaillard d’un fier mérite !.. »
HENRIETTE, à part.
Il est modeste!
ROUSSEAU , prenant la inaiu d’Henriette.
Puisque, n’étant rien , ne sachant rien , ayant toujours vécu obscur, il a su amener l’homme le plus éminent de la science moderne à le choisir, pendant quarante ans, pour ami, pour confident, pour conseil... et pour frère d’adoption !!!... C’est assez fort, cela, hein? — Allez! allez! à chacun sa gloire, mon
enfant !.. (il l’embrasse au front.)
DELAURE, basé Henriette de l’autrê cûté.
Dis donc, il vient de te donner un peu sur les doigts, là, hein?
• ROUSSEAU, souriant.
Oh! non! (Lui embrassant les doigts.) Ils sont si gentils!