ACTE PREMIER
M OXFORT.
Je revins bien vite, et souvent!... je fus amoureux... plus vite encore ; car je crois que je l'avais été dès le premier jour ! . . . Et, comme les médecins m'avaient absolument prescrit le repos... je me laissai aller à faire un petit roman en action... quitte à l'écrire plus tard.
PROSPER, souriant.
Était-ce là le repos prescrit par la Faculté?
MOXFORT,
Je m'aperçus bientôt que non ; et, sentant le trouble me gagner très-avant, je compris qu'homme de lettres, sans patrimoine sérieux, je me trouvais placé devant cette jeune fille, fort belle et assez riche, dans une voie délicate!... Aussi, je m'apprêtais à refouler bien loin tous mes soupirs, lorsque, dans une causerie, à mes yeux, la dernière, on me laissa entrevoir que j'étais trop méfiant!... Tu devines le reste : j'aimais... j'étais aimé!... et, quand le baron revint de son voyage, sa femme, excellente pour moi, lui montra les choses sous un si bon jour, qu'il se prêta au dénoùment de la meilleure grâce du monde!
PROSPER
Et il fit bien!...
MON FORT
Mais toi, voyons... tu n"imites pas mon exemple? cela devrait être déjà fait!... un notaire! car tu as pris, depuis six mois, l'étude de ton père? Étrange chose que la destinée!... je t'avais quitté sur les degrés du Parnasse, et je te retrouve...
PROSPE R.
... Sur les marches de l'hôtel du Châtelet!... Que veux-tu?,., nous disons : « Notre vie. » Non-sens stupide! c'est nous qui somnties à elle, et c'est elle qui nous mène... en attendant qu'elle nous quitte !
MON FOR T
Plains-toi donc!
PROSPER
Oh ! mon Dieu, non... la plainte est une sottise, comme toute chose inutile ! En résumé, je crois avoir fait tout boimement mon devoir. Au sortir du collège, encore étourdi de mes lauriers universitaires, et de ce fameux prix d'honneur qui me criait bien haut : Macle animo, lu Marcellus eris! je me lançai avec ardeur dans la noble carrière des lettres, par un sentier émaillé de feuilletons et de vaudevilles.
MONFORT
Tes débuts promettaient.
PROSPER, souriant.
C'était alors mon avis; mais mon père ayant eu vent de mes prouesses anonymes, et voulant sans doute me laisser mes illusions, ne me donna pas le temps de les perdre, et crut devoir borner là mon élan. Il m'aborda un beau matin, armé d'un bon sens foudroyant, et d'un calme... chargé d'orages! « Mon cher fils, me dit-il, j'ai travaillé pendant trente ans pour te faire ton lit, et tu me permettras d'opposer quelque résistance, en t'en . voyant jeter les plumes au vent : tu me parais avoir pris le change sur le but de mes dispositions ; et il est temps, je le vois, de te le bien préciser ; tu seras notaire, et tu te marieras. Voilà la vie que j'ai projetée pour toi; elle a été la mienne, et je m'en suis bien trouvé. — Maintenant, si j'ai voulu, d'abord, faire de toi un homme lettré, c'est que je tiens qu'il n'y a pas d'homme du monde véritablement à sa place sans une éducation libérale et complète; mais si, de ce que tu as eu des succès dans tes classes, tu en as conclu que tu n'étais plus bon à être notaire, lu as nourri lit, mon ami, une erreur qui, pour être banale, n'en est pas moins profonde : c'est précisomont pnrce (|ue ta carrière (levait te garder dans un milieu d'occupations arides, que j'ai dû d'autant plus tenir à orner ton esprit do ressources qui te fissent échapper, loi et les liens, à la monotonie et à» l'ennui, véritables plaies do certains intérieurs. — Los lettres t'y aideront ; le goût ne s'en perd pas, quand on les a sincèrement aimées; cl ce sont de belles fleurs qu'on peut cultiver, sans en vendre.