‹ Les pauvres d'esprit; comédie en trois actes, en proseChapitre 21 sur 80 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

PROSPER, calme, .mais ulcéré.

C'est que je souffre, en effet!

MON FORT

Hein ?

PROSPER

C'est que les plaisanteries m'ont atteint, s'il faut te le dire, dans mes vœux les plus chers !

MON FORT

Comment?

PROSPER

Pas plus tard qu'hier, une démarche à laquelle pouvait être attaché le bonheur de ma vie a été faite auprès d'une jeune fille... que j'aime... plus que je ne puis te dire!... et qui ma refusé !

MONFORT

... Pour ces causes frivoles?

PROSPER

Parfaitement !

MONFORT

Es-tu sur?

PROSPER

Oh! elle en est franchement convenue; et je dois ajouter, avec les réserves les plus honorables en ce qui me concerne!... Oui, oui, personnellement, même, je ne déplais pas; ;se leTant.) et, sous le rapport des qualités du cœur, je suis parfait! (Avec amertume.) (le Parfait notaire !...] — Mais elle voit en moi un avenir sans poésie, et ses doux rêves enfouis dans une étude, aux vertus et aux idées bourgeoises! — Aussi, sais-tu par quel mot elle a clos l'entretien avec l'aimable et excellente femme qui avait encouragé mes désirs? — Dans sa retraite, elle appelait à mon aide la grosse artillerie., ma fortune personnelle; et faisait briller aux yeux de mon ingrate la perspective prochaine de quelque joli coupé, la conduisant au bois: devine un peu, poëte, ce qu'elle a répondu?... — « J'aime mieux un parapluie! »

MONFORT

Est-ce possible !...

PROSPER

Hein?... quel mot!.,. fsouHant.) Charmant, du reste!... et comme je le lui entends dire!... si je te la nommais!...

MONFORT

Je la connais donc?

PBOSPER, vivement.

Non.

MONFORT

Si!

PROSPER

Chut! Elle pourrait...

MONFO RT.

Ah bah !... Henriette?

PROSPER

Comme c'est d'elle, hein ?

MONFORT

Comment! elle t'a refusé?

Et elle a bien fait; et quand ce mot si dur est tombé là... après m'avoir cruellement humilié, il a, en quelque sorte, doublé mon amour et mon désespoir!

MONFORT

Pauvre ami !

PROSPE R.

Il me semblait l'entendre dire : Jo ne suis pas, moi, la femme vaniteuse et frivole, qui a besoin de chevaux pour la traîner ; je suis la femme aimante et vaillante, fière de marcher au bras de son mari. J'ai contre la pluie et les vents mes gais sourires et mes belles couleurs; j'ai contre les soucis et les revers ma grâce et ma tendresse I Ce n'est donc pas le plus riche

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