‹ Les pauvres d'esprit; comédie en trois actes, en proseChapitre 31 sur 80 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

mœurs austères, pour sa délicatesse incomparable et pour la dignité inaltérée de sa vie! (Arec émotion.) Je l'aime... pour les trésors intimes que renferme son cœur... et que, pendant quelques chères semaines... quelques mois peut-être, son amour a révélés au mien ! Mais tous ces trésors qui sont ma joie, mon bonheur... ma gloire, à moi!... (Plus bas et lui serrant la main.) eh bicil,

j'ai peur de me les voir ravir!... (Troublée.) Oui, j'ai peur que mon amour ne suffise plus bientôt à sa félicité!... J'ai peur que cette soif ardente de gloire ne le détache insensiblement de tout!

MADAME DELAURE.

Tu es folle!...

HORTENSE

•Et ce n'est pas d'hier: deux mois à peine après mon mariage, j'ai tremblé à le voir reprendre ses travaux.

MADAME DELAURE.

Voulais-tu donc...

HORTENSE, l'arrêtant.

Oh ! je fus la première, je vous le jure, a comprendre, à encourager le retour d'un esprit comme le sien vers ces nobles préoccupations de sa carrière! Mais là oii je n'attendais que le complément d'une vie digne du nom que je portais avec orgueil, je dus voir bientôt un élément envahissant, absorbant tout à son profit!... Je crus d'abord que ces œuvres d'imagination avaient des périodes de crise, de laborieux enfantement, qu'il fallait respecter; et je me dis : La fièvre passera, et le bonheur reparaîtra plus éclatant. Mais la fièvre durait, et s'offrait comme un état régulier de sa nature; alors, je le suppliai de se ménager: il céda par tendresse... mais devint bientôt distrait, soucieux, triste... comme si son intelligence se sentît exilée de sa sphère, et atteinte d'une sorte de nostalgie du travail!... (ji'"" Deiaure est devenue plus sérieuse.) De ce moment, je mesurai le danger! je cornpris que j'étais en présence d'une puissance capable, si je voulais lutter corps à corps, de briser, non-seuleinent mon bonheur... mais le sien!!... Cette pensée me fit frémir, et je cédai à mon tour, ne me permettant plus, çà et là, que quelques vagues prières, sans importance apparente, et recueillies par lui, en

souriant, comme ce matin!... mais, je vous le dis: J'ai l'âme profondément inquiète de cette ardeur fébrile qui avait déjà atteint ses forces, quand le ciel nous le fit rencontrer! Que m'importe à moi qu'elle féconde son génie, si elle doit dévorer nos joies et menacer sa santé... et son cœur!... [Avec éian.) Oh! non, n'est-ce pas? Je suis folie! répétez-le-moi, c'est une crise, un temps à passer?

MADAME D E L A U R E , rêveuse.

Oui!

HORTE NSE.

Ne lui parlez pas de tout cela : j'ai tort ; et il céderait, s'il pouvait seulement supposer que je souffre! il se priverait... il est si bon, si dévoué, si esclave de mes moindres désirs!... — Ah!... (se jetant dans les bras de sa mère) tenez!... Yous avez raisou : le mal est là! je l'aime trop!!...

MADAME DELAURE, la calmant.

Prends garde! on peut entrer.

HORTENSE, lr^s-troublée.

C'est vrai!...

Ne pleure pas.

Non!...

MADAME DELAURE.

HORTENSE

MADAME DELAURE.

Que personne ne voie sur tes traits ce nuage... moins sombre, crois-moi, que tu ne le penses! Le noble cœur de ton mari dominera tout, j'en suis sûre! et je te promets de te venir en aide.

HORTENSE

Ohl merci!...

MADAME DELAURE.

Mais, puisque ces impressions sont en toi, plus sérieuses que je ne devais le craindre, si tu veux tout sauver...

HORTENSE

Oh! oui...

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