‹ Les pauvres d'esprit; comédie en trois actes, en proseChapitre 70 sur 80 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

Les Mèmks, moins HENRIETTE, MONFORT.

M ON FORT

Ah! mesdames!... pardon; je ne vous voyais pas...

MADAME DELAURE.

Qu'avez-vous ?

M ON FOR T

C'est un arlicle de cette revue... que Rosier m'a envoyée, en parlant... pour m'aiguillonner, sans doute, de plus belle au travail, et qui m'a à ce point agacé, que j'ai failli déchirer ma pièce, à laquelle je m'étaiïf mis à travailler, dans le pavillon.

MADAME DELAURE.

On vous y attaque ?

M ONFORT.

Non! — mais M. Mérande... qui est de la petite église, s'y fait patronner comme vous allez voir : « Nous avons le bonheur « d'annoncer aux lecteurs de la Revue, que notre illustre colla- 't borateur, M. Mérande, termine, en ce moment, une œuvre « importante pour la Comédie- Française : c'est le premier ouu vrage qui y sera représenté, cet hiver. « — Ça n'est pas vrai ; mais cela ne nuit pas. — « Les précédents de l'auteur nous « font présager une de ces œuvres sérieuses... dont les effets, « puisés aux grandes sources de l'art, laissent bien loin der- « rière elles... » — Ceci est pour moi. — « ces productions, « créées en vue d'un succès éphémère... qui ont, celte année, « défrayé notre première scène... » (Parié.) Vous voyez vers qui va le trait? A-t-il dû souffrir, néanmoins, d'être forcé, pour me dénigrer, de dire du bien de quelqu'un! (ii jette la brochure sur u»

guéridon.)

MADAME DELAURE.

Calmez-vous, mon ami; cela vaut-il une minute de votre indignation? et mettez ce baume sur votre blessure. (EUe lui donne

la lettre.)

M O N F 0 R T , ngité , prenant la lettre sans la regnrdpr.

Oh! le baume, madame... il est dans le succès, lequel est dans la lutte, le travail; et, tout prophètes qu'ils se croient làbas... leur illustre collaborateur ne passera pas avant moi!

MADAME DELAXJRE.

Lisez !

WO?sFORT, ouvr.int et regardant la lettre sans la voir.

Oui... qu'est-ce?

HORTEXS E.

Il ne reconnaît pas même, dans son trouble, l'écriture do sa mère...

M ON FOR T

Tout cela est une petite réclame pour l'Académie.

MADAME DELAURE.

Mais lisez donc!...

M ON FORT, lisant les premières lignes.

Oui. — De ma mère... Ah! elle va mieux!... (parcourant quelques lignes.) Hein! demain! ici?... (Réoéchissant.) Mais je ne pourrai, alors?... — Cependant... remettre, c'est m'exposer à perdre...

(l.e baron est entré par le fond; Hoitense se décide à aborder Monfort.) IIORTENSE.

Albert... Elle est charmante cette lettre, hein?

M ON KO UT, la lui rendant.

Sans doute. (Madame Delaure, qui a suivi sa fille et a repris la lettre, va rejoindre Delaure. — Pendant les répliques suivantes, elle la lui a remise; Delaure, resté seul avec sa femme, sur le second plan, lit, tout en prêtant l'oreille à ce qui se dit.)

IIORTENSE, h Mnnfort.

Mais elle semble te contrarier? , Mouvement ,\o Monfort.) Pardon! non; on n'est pas contrarié du retour de sa mère... surtout quand on ne l'a pas vue depuis six mois... qu'elle est encore souiïrante... et qu'elle a tant hàle... — Je me trompais. (L'observant.] Mais... c'est que...

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