ACTE TROISIÈME
devant un regard, trop tendre pour elle! j'a\ais grand besoin, en vérité, de vous exprimer librement les plaintes secrètes de mon cœur, et les dangers que je redoute; car ils n'intéressent pas moins votre fille que moi.
DEL A L'RK, calmr-.
Je le crois aussi.
MONFORT
Certes, plus que personne, je rends justice aux grandes qualités d'Hortense, et nul ne l'apprécie et ne l'aime davantage ; mais il serait bien déplorable que sa raison fît défaut aux lois essentielles de ma vie, et, s'il faut le dire, aux besoins imitérieux de ma nature !...
DELAURE.
Culmez-vous.
MOX FORT
Non! je mentirais en me montrant calme... je ne le suis pas! je suis inquiet, troublé; et, avec le bonheur dans la main, j'entrevois des nuages sans nombre, et des luttes sans issue, qu'il importe de prévenir ! je mentirais encore en disant que je peux m'arranger de la vie qui m'apparaît dans l'avenir; car la vie contemplative n'est pas mon fait! (Très-animé.) Ma nature est telle que le ciel l'a faite ; et je ne l'ai dissimulée à personne : elle est ardente, laborieuse: elle a des facultés que je dois subir, et, j'ose dire, respecter! n'est -il pas des plantes qu'on ne peut condamner à vivre à l'ombre, parce qu'il leur faut le grand air et le soleil?... Eh bien!... je suis de celles-ci, monsieur le baron ; et la plante a germé; et la nature ne s'arrête pas! allez dire au bouton que la fleur précède la mort., en fleurira-t-il moins? je suis un homme de travail et de lutte; ma force et ma vie sont là; (Il se frappe le front.) il faut quo je sois sur la brèche... ou que je tombe; et déjà, depuis quelque temps... j'étouffe l!!...
DELAURE, qui l'a regardé et écouté avec calme.
Asseyons-nous; nous causerons mieux.
MON FORT, lui présentant un fauteuil.
Faites, je voiis prie!... je suis mieux debout.
DEL AU RE, après s'être assis, le regardant.
Vous étouffez ?
MON FOUT
Ouill...
DEL AURE
Et c'est un homme de votre ^ aleur que je vois se perdre en un pareil délire!...
M ON FORT
Monsieur!...
DELAURE.
Vous étouffez!... parce que la force dont le ciel vous a doué ne renverse pas tout autour d'elle; qu'elle rencontre, en obstacle, sur sa route... la joie, la famille, la tendresse... et s'y arrête une journée?... Il faut que vous soyez sur la brèche... ou vous tombez? c'est-à-dire que votre activité dévorante ne connaît pas de relâche; que, pour vous, dans la vie, le travail n'est pas le moyen, mais le but; et que, si vous n'avez incessamment des ridicules, des vices et des passions à noter, pour on parer quelque œuvre glorieuse, l'univers est vide pour vous?... Ingrat, à qui Dieu a donné le cœur que je lui connais; et (lui, parce que le bonheur s'attarde un peu chez lui, ose dire qu'il étouffe!... Ah çà! mais alors, si, en arrivant, demain, à l'Hôtel-Dieu , je trouvais tous mes malades guéris, j'étoufferais donc aussi?... {Gravement.) Ne Hcz pas ! on va, dans cette voie, plus vite et plus loin que vous ne le supposez... et le vertige qui vous gagne, je vous en avertis, a des allures sourdes et rapides, qui demandent à être traitées sérieusement, héroïquement, au risque dos plus grands désastres!
MON FORT, avec une certaine raillerie.
J'avoue, monsieur, que c'est au père soûl que je m'a(lros^ais, dans ctîtte circonstance, espérant que sa haute inlolligcnco daignerait me venir en aide; et je ne m'attendais pas, pour huit jouis de loisir que j'allais donner aux affaires, à provocpior du docteur une consultation.
DELAURE.
Oui, oui... c'est bien celai... Tâchez do vous convaincre