SCENE III
Les Mêmes, HENRIETTE.
HENRIETTE, entrant par le fond, à gauche. Bonjour, mon oncle! (eUo courte lui et l'embrasse.)
DELAURE.
Eh bien, mon enfant, tu ne vois donc pas monsieur?
HENRIETTE
Ah! pardon!... (a oeiaure.) Mon Dieu! si; j'avais môme vu monsieur le premier... mais...
L'élan ?
HENRIETTE, un peu confuse.
Oui...
ROUSSEAU
Vous avez bien fait d'y céder, ma belle demoiselle!... seulement, comme votre oncle trouve que vous avez eu tort, et que vous me devez une réparation, pour vous punir, je vous demande votre joli front, afin de réjouir un peu mes vieilles lèvres.
HENRIETTE, s'avançant en souriant.
Ça ne punit pas du tout, monsieur.
DELAURE.
Tu viens de prendre ton bain?
HENRIETTE
Oh! il y a longtemps! Je me suis promenée, depuis, une grande demi-heure sur la plage... pour faire ma réaction.
DELAURE.
Et où est Ilorlense?
iO LKS PAUVRES D'ESPRIT.
HENRIETTE
Elle vient : elle est avec son mari, car M. Monfort était avec nous... il me donnait même le bras, ce qui fait que beaucoup de monde se retournait pour nous regarder... c'est-à-dire lui!... comme lorsque je suis avec vous, mon oncle!... Il y avait des groupes de messieurs qui se le montraient... ils avaient l'air de se dire : « Ah bah?... — Oui! — Vraiment? » — Et ils le regardaient, de gauche, de droite; et lui, il se promenait comme un simple mortel!... Contemplant la mer de son œil inspiré. — Ah! que c'est beau le talent! (s'exaitant.) la gloire!...
(Elle rencontre le regard de Rousseau, et s'arrête, un peu embarrassée de ce qu'eUe vient de dire.)
DELAURE, bas à Rousseau.
Voilà!
ROUSSEAU, arrêtant en souriant Delaure. — A Henriette.
Eh bien! demain, quand vous vous promènerez à mon bras., (parce que je veux, demain, vous faire faire, à mgn tour, votre réaction), vous verrez aussi comme ils se retourneront tous pour nous regarder, en se disant : « Quelle est celte jeune et jolie personne?... — C'est la nièce de Delaure... — Le célèbre savant?... — Oui... — Ah!... — Et ce noble vieillard, à l'allure encore leste et hardie, qui lui donne le bras, qui est-ce? — C'est Rousseau, un ancien notaire, un autre gaillard, d'un fier mérite!... »
HENRILTTE, ù part, souriant.
Il est modeste!
ROUSSEAU, prenant la main de Heniielle.
Puisque, n'étant rien, ne sachant rien, ayant toujours vécu obscur, il a su amener l'homme le plus éminent de la science modoiiie à le choisir, pendant quarante ans, pour ami, pour confident, pour conseil... et pour frère d'adojjtion !!!... C'est assez fort cela, hein? et voilà une gloire (jui en vaut bien une
autre, n'est-ce pas? (Il rembrasso surle front.)