‹ Les payens innocentsChapitre 2 sur 6 · NI · texte numérisé non relu

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nomie sociale, la physiologie, l'industrie, l'iiistoire naturelle, la jurisprudence, et même la géographie, en tournant rapidement les feuillets d'un roman. Je sais que notre siècle ayant réalisé à la Bourse le problème du bonheur, il a mis l'imagination, la folle du logis, à la porte, comme un locataire dangereux, irrégulier, bruyant, et toujours prêt à déménager par les toits ou parla fenêtre. Je sais tout cela, et j'en ris.

Mes goûts romanesques, mes goûts de l'ancien régime n'en persistent pas moins, mon ami, et lorsqu'il me tombe sous les yeux quelques romans ou contes à ma guise, cavaliers ou rêveurs, naturels ou subtils, élégants sans mollesse, sincères sans impudence, quelques livres d'imagination où l'imagination règne et gouverne par la grâce de Dieu ; lorsque ce plaisir-là m'arrive, j'oublie volontiers les gloires pipées, les succès de raccroc, les réputations de boue et d'écume, je condamne sans appel le public^ ou plutôt j'espère qu'il reste toujours au milieu de cette foule corrompue, non pas dix justes pour sauver la Cité littéraire, mais vingt, mais cent, mais mille

et dix mille, rhonneur du temps présent, la garantie et la richesse de l'avenir.

Ce n'est pas dans les journaux pour tous, dans les publicatiçns qui ont des correspondants et des abonnés jusque dans la lune, non, ce n'est pas là que nous avons la chance d'entrevoir des lueurs de féerie romanesque. Elles brilleront peut-être, ces lueurs si rares, dans les rares recueils où la pure imagination est encore reconnue à son sourire, à son vol, à sa main blanche. Ne les cherchez pas ailleurs, mon ami, la Société des gens de lettres tout entière battrait le briquet , il n'en .sortirait pas un éclair d'imagination .

Je tiens donc malgré tout pour le vrai romanesque : car, à mon avis, rien n'est plus saisissant, dans les œuvres d'imagination, que l'éternelle influence du monde imaginaire sur les phénomènes du monde réel. Les esprits forts, qui sont des esprits secs, ont beau se révolter, en littérature, contre l'emploi du merveilleux. Les âmes tendres et passionnées, les cœurs dévoués à qui le don de seconde vue ne manque jamais, les esprits imaginatifs et vibrants qui ont toujours admis le merveilleux

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