‹ Les payens innocentsChapitre 3 sur 6 · XI · texte numérisé non relu

XI

dans Tépopée, dans les contes de chevalerie, dans les poèmes tragiques et lyriques, le souhaitent et le réclament encore dans le roman, comme un moyen d'échapper un instant au cachot de la vie réelle. Puisque la vérité dans l'art ne peut être en fm de compte qu'une aspiration, pourquoi craindrions- nous de livrer au lecteur, avec la clef des champs, la clef d'or du monde invisible et inexplicable? Les passions poétiques, imagination et sentiment, ne sont, après tout, que flamme et lumière. Or toute lumière vient du ciel et toute flamme y remonte.

Ces idées-là ou plutôt ces opinions, vous les retrouverez entre les lignes, mon ami, à chaque feuillet des Païens innocents. Il me reste maintenant à vous dire quelques mots sur le sens et le titre de ce livre. Mes Païens innocents sont des païens sans le savoir, et de plus ce sont des païens qui ont reçu d'avance l'absolution. Il y a en effet des raisons d'origine et des raisons de climat pour que les chrétiens de la Vallée de Diane et du Pays de Minerve soient restés païens. La philosophie de l'histoire elle-même les justifie Quelque chose

du passé survit toujours dans le présent, et c'est ce qui fait que l'avenir semble quelque fois reculer, au lieu de courir au-devant de nos impatiences. Rien ne meurt entièrement, je le crois : mais à l'aide de l'esprit, tout se renouvelle et tout se transforme. Qui sait si avant la fin de ce siècle, des Philosophes sans le savoir n'auront pas recueilli Fliéritage des Païens innocents?

HippoLYTE BABOU.

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