Reclus, Géographie universelle
un lien précieux, c'est la mer qui baigne leurs îles et pénètre profondément leurs côtes. Aussi, c'est par la mer qu'ils sont unis ; ils sont devenus un peuple de marins et de navigateurs. Dès que les habitants d'une cité se trouvaient trop nombreux, ils essaimaient comme une tribu d'abeilles, et couraient les rives de la Méditerranée pour y fonder une nouvelle acçopole. C'est ainsi que leurs colonies ont couvert tous les rivages de l'ancien monde connu, portant avec elles les idées et la civilisation de leur patrie. »
Aujourd'hui, les colonies grecques sont toujours nombreuses et florissantes dans les mers du Levant, et la petite péninsule hellénique, pauvre, sans agriculture, sans industrie, qui ne serait rien par ellemême, à côté des grands peuples maritimes qui l'environnent, a un grand rôle à jouer comme centre national, et comme patrimoine commun de toute la race grecque.
Ce sont les colonies qui ont, de nos jours, le plus puissamment contribué à restaurer la nation grecque. On est frappé de l'esprit de solidarité qui a toujours uni ces membres épars de la grande famille hellénique ^ Les Grecs peuvent avoir bon espoir pour leur avenir. Les progrès accomplis depuis 50 ans en sont le présage.
« La péninsule hellénique, par ses trois promontoires bizarrement découpés comme les pointes d'un
1. A Athènes, une grande partie des fondations d'institutions de bienfaisances, ou d'institutions scientifiques, d'hôpitaux, d'écoles, etc., sont dues aux libéralités privées de Grecs habitant les îles ou l'étranger. Ce sont des contributions volontaires de même nature qui ont soutenu la Grèce dans les moments de crise.
trident, s'avance dans les eaux du bassin oriental de la Méditerranée, comme pour affirmer sa prépondérance et ses droits de domination dans les mers du Levant. » De fait, malgré la destruction de l'ancien empire grec, en dépit du morcellement de ses provinces et de l'écrasement de la race grecque sous la domination ottomane, c'est toujours elle qui est maîtresse dans le Levant. C'est sa langue que l'on parle dans tous les ports; ce sont ses commerçants qui, par leur intelligente activité, en vivifient tous les rivages; ce sont ses navires qui en sillonnent les routes.
Athènes, par le prestige de son nom et de ses souvenirs, s'imposait comme capitale au nouveau royaume de Grèce. Elle n'est pas située au centre de figure de la Grèce; mais grâce au voisinage de son port du Pirée, elle est bien dans la situation la plus avantageuse pour établir des relations rapides, autant avec les côtes continentales qu'avec les îles et les colonies extérieures.
Depuis leur indépendance et surtout depuis quelques années, les Grecs ont fait de grands efforts. Ils ont énergiquement extirpé le brigandage; ils organisent leurs finances, favorisent le développement industriel, et donnent, en outre, l'exemple d'une régularité de mœurs assez rare dans la plupart des pays de l'Europe.
Si ce petit peuple n'a pas réalisé encore toutes les espérances qu'avaient fait d'abord concevoir ses généreux élans vers l'indépendance, on doit se reporter à l'état du pays pendant les longs siècles de servitude. La culture des terres avait été abandonnée, la misère et l'ignorance étaient générales, la population avait
été réduite par les guerres et par l'émigration. Les revenus étaient à peu près nuls. Le brigandage se perpétuait dans les montagnes, la piraterie désolait les côtes, et les hommes qui avaient la charge de constituer l'Etat, faisaient preuve d'une grande incompétence. Une génération ne peut suffire à relever un pays d'une telle décadence.
Mais, en dehors de la Grèce, les Grecs jouissant de plus d'indépendance individuelle, n'avaient cessé de montrer les qualités d'intelligence et d'activité qui font les peuples prospères. Malheureux sur leur propre territoire, les Grecs, par leur habileté commerciale, réussissaient au contraire à l'étranger, et surtout dans les villes maritimes où ils allaient s'établir. Souvent, ils se sont faits les intendants des Turcs ; ils géraient les affaires des grands seigneurs et celles de l'État, exploitaient leur incapacité et s'enrichissaient à leurs dépens.
La race grecque occupe toutes les îles de la mer Egée, les côtes de l'Asie Mineure et de la Turquie d'Europe ; elle forme des communautés puissantes par la fortune dans la plupart des grandes villes de la péninsule balkanique, et le clergé grec étendait autrefois son autorité sur tous les chrétiens orthodoxes de l'empire ottoman. Mais le réveil des nationalités serbes et bulgares a été marqué par la rupture des liens religieux qui les rattachaient au patriarche de Constantinople et parla formation d'églises nationales. Depuis cette époque, la lutte s'est établie, comme nous l'avons dit, entre Slaves et Grecs ; le clergé bulgare revendique la direction des chrétiens de langue bulgare de la Macédoine et combat l'influence du clergé grec.
L'hostilité est très vive. La question qui se pose est celle-ci : lors du démembrement définitif de l'Empire ottoman, la Macédoine deviendra-t-elle province du royaume grec ou province d'un royaume bulgare? Les deux races sont tellement mêlées qu'il sera fort difficile de trouver une solution à la fois satisfaisante pour l'une et pour l'autre. Les Bulgares qui forment le fond de la population des campagnes, sont peutêtre en majorité, mais les Grecs dominent dans les villes, quelquefois par leur nombre et presque toujours par leurs richesses et par la supériorité de leur culture intellectuelle.
Il en résulte que les Grecs qui, autrefois, faisaient cause commune avec les Slaves dans la lutte contre l'islamisme et prenaient leur point d'appui sur la Russie, ont aujourd'hui d'autres intérêts.
Esquisse g-éographique.
Si l'on se reporte aux descriptions des historiens et des poètes, la Grèce antique devait être un des plus charmants et des plus beaux pays de la terre. La Grèce moderne est toiît autre.
Le premier aspect de ses côtes et de ses îles est celui de rochers grisâtres sans trace de végétation, ni de vie humaine, couverts tout au plus de maigres broussailles dont la couleur sombre contraste avec la lumière resplendissante qui les baigne. En s'en approchant, cette impression ne se modifie pas, et, en effet, les murailles rocheuses tombent à pic dans les flots et l'intérieur n'offre, la plupart du temps, qu'un labyrinthe confus de collines ou de montagnes, dominées
par des croupes décharnées, coupées par de profondes crevasses qui servent de lit à quelque torrent sauvage, momentanément grossi par un orage, mais le plus souvent à sec. Les chemins ne sont que d'étroites pistes qui longent des précipices où le voyageur risque à chaque instant de rouler. De loin en loin, dans un élargissement de la vallée ou au fond de quelque petite baie, on rencontre une oasis cultivée; puis recommencent le désert pierreux et la montagne aride.
Les montagnes ne laissent de place qu'à de petites plaines, à des vallées étroites^ à des bassins fermés. Il n'existe pas de rivières navigables. Les cours d'eau sont des torrents redoutables en hiver et presque entièrement desséchés à la fin de l'été. Les eaux réunies dans les lacs s'écoulent fréquemment par des conduits souterrains, katas^othray tels qu'on en rencontre ordinairement dans les terrains calcaires ^
Tel est l'ensemble de la Grèce de nos jours, et l'on est d'autant plus attristé quand l'on pense que cette désolation est le fait de la dévastation des hommes.
Des siècles de barbarie ont dû passer sur cette terre ; ils en ont anéanti la richesse comme ils en ont ruiné les monuments, et, pourtant, c'est toujours la langue d'Homère, de Miltiade et de Périclès dont l'harmonie
1 . Au commencement du siècle, un cboulement ayant obstrué le katavolhron de la plaine de Phonia, en Arcadie, celle-ci est devenue un très beau lac, jusqu'au moment où une commotion souterraine a de nouveau dégagé le niservoir.
La plaine de Stymphale, n'ayant qu'un dégorgeoir trop étroit, on voit chaque année, pendant la saison des pluies, son lac prendre une très grande extension, et, plus tard, lorsque les eaux baissent, les bords en deviennent marécageux et pestilentiels.
sonore vient étonner l'étranger. Parmi les habitants de la Grèce moderne, combien peu cependant pourraient revendiquer une filiation régulière; à part quelques insulaires, on ne trouverait sans doute pas un Hellène dont le sang ne soit fortement mélangé de latin, d'albanais, de slave, ou de germain.
Le climat de la Grèce paraît avoir subi de grandes modifications depuis fépoque ancienne. Les calamités de toutes sortes qui ont désolé ce malheureux pays, la destruction complète des arbres, le défaut de culture, peuvent expliquer ce changement. Les montagnes, dépouillées de leur végétation, ont été ravagées par les eaux des pluies et ne dressent maintenant que leurs squelettes de rochers. Elles n'apportent plus d'obstacles aux vents du nord et de Test, qui soufflent en rafales terribles dans leurs gorges. Cet état de choses paraît malheureusement irrémédiable dans la plupart des provinces où la terre végétale a été entraînée dans les fonds des vallées. En dehors de quelques exceptions locales, une extrême sécheresse et des variations brusques de température sont les caractéristiques principales du climat actuel. En général, les côtes occidentales sont les mieux arrosées.
Une étude détaillée des nombreuses vallées qui découpent la Grèce, offrirait le plus grand intérêt historique, puisqu'elles ont été le berceau de la civilisation de l'Europe et que chacune conserve encore les souvenirs de ces grands hommes de l'antiquité, artistes, penseurs, philosophes et législateurs, qui ont porté l'esprit humain à une hauteur qne les siècles postérieurs ont désespéré d'atteindre.
Mais, depuis les temps modernes, ces pays n'ont
plus d'histoire. Dépeuplés par les guerres civiles, ravagés par la conquête étrangère, ruinés par un déboisement sauvage qui a décharné presque toutes les montagnes et tari les rivières, les hommes n'y ont plus trouvé les conditions nécessaires à la prospérité de leurs sociétés. Le brigandage avait remplacé toute exploitation normale du sol et aurait paralysé toute tentative de réparation, si le gouvernement actuel de la Grèce n'avait pu réussir à purger les montagnes des bandes qui s'y étaient installées, et qui, par sympathie ou par crainte, trouvaient trop facilement connivence dans les villages d'alentour.
Nous nous bornerons à une simple esquisse géographique, dans le but d'indiquer les traits principaux de la configuration du sol de la Grèce moderne.
La chaîne du Pinde (2,000°^ en moyenne) forme la dorsale de la Grèce continentale et la divise en deux versants, celui de la mer Ionienne et celui de la mer Egée. Elle est croisée par plusieurs arêtes transversales qui partagent la Péninsule en quatre régions naturelles :
1^ La Thessalie;
2^ L'Épire;
3" La Grèce proprement dite.
4° Le Péloponnèse ou Morée^ séparé de la Grèce continentale par les golfes de Corinthe et d'Égine.
Ces quatre régions constituaient la Grèce de l'époque romaine 2, dont les limites, au nord, étaient tracées depuis
1. On ignore l'origine et le sens précis de ce nom de Morëe. Il aurait été donné, dit-on, parce que la découpure des côtes du Péloponnèse le fait ressembler à une feuille de mûrier. Strabon l'avait comparé à une feuille de platane.
2. Les Romains ont donné le nom de Grecs, Grèce, aux peuples et au pays qui s'appelaient eux-mêmes Hellènes,
GRECE. /y
le mont Olympe, sur le golfe de Salonique, jusqu'aux monts Acrocérauniens, sur le canal d'Otrante, en suivant les monts Cambuniens et Lingons.
Thessalîe. — La Thessalie est un ancien }3assin lacustre, dont les eaux se sont écoulées, à une époque préhistorique, par une brèche ouverte entre le mont Olympe et le mont Ossa (la célèbre vallée de Tempe de l'antiquité), et par laquelle coulent les eaux de la Salamvrias (ancien Pénée)^ Le fond de ce bassin, formé par un épais limon, est d'une grande fertilité et produit de grandes quantités de céréales que l'on exporte par le port de Volo.
La Thessalie est partagée en deux parties à peu près égales par le cours de la Salamvrias. Elle est comprise entre la chaîne du Pinde à l'ouest, les monts Othrys au sud, les monts Cambuniens au nord, et les côtes de la mer Egée.
Les deux extrémités de la chaîne du Pinde sont marquées par le mont Zygo (Lacmon) au nord, et par le Velukhi (Tymphreste) (2,320"") au sud. Ses altitudes dépassent souvent 2,000 mètres. Elle n'est traversée que par une route médiocre, mais de grande importance, parce que c'est la seule communication entre l'Epire et la Thessalie, au col de Metzovo, près des sources de la Salamvrias de l'Aspropotamos, et de la Viôsa.
Hellas. Ce nom de Graeci paraît être celui d'une peuplade voisine de Dodone et qui fut, sans, doute une des premières à entrer en rapport avec l'Italie.
1. Il n'est pas, disent les voyageurs, de beautés pittoresques plus remarquables que celles de cette vallée où les anciens Grecs avaient imaginé la demeure d'Apollon et des Muses. C'est là qu'ils ont également placé l'origine de plusieurs de leurs mythes religieux. On peut reconnaître dans le combat des dieux et des géants, dans la légende de Neptune fendant le roc d'un coup de trident pour ouvrir passage à l'onde emprisonnée,
Malgré les instances des Puissances européennes elles réclamations des Grecs, les Turcs s'étaient toujours refusé à céder à la Grèce cette position, qui est, en effet, la clef stratégique du pays, puisque par les vallées qui en partent, on peut descendre soit dans la Thessalie sur Larissa, soit en Épire sur Arta ou Janina, soit en Albanie sur le port d'Avlona.
La chaîne du nord, monts Cambuniens (monts Amarbes), est moins difficile. Elle sépare les vallées de la Vistritza de celle de la Salamvrias ; à son extrémité orientale se dresse le massif de l'Olympe (2,970^^) qui est le point culminant de toute la région grecque; il forme la borne de croisement entre le soulèvement des monts Cambuniens et un autre soulèvement parallèle au Pinde qui borde la côte et retenait autrefois les eaux du lac de Thessalie.
Ce dernier alignement est très remarquable; il comprend rOssa (Kissavos, l^^^O"^), le Pelion (Plesidhi, 1,620"^). Il se prolonge par les chaînes de l'île d'Eubée (mont Delphi, l,745«i), et par les Gyclades : Andros, Tinos, r^Iyconi et Naxos.
La chaîne des monts Othrys forme au sud, le quatrième côté du quadrilatère de la Thessalie, Elle se rattache avec le Pinde au mont Tymphreste et forme le golfe de Volo. C'est encore un rempart d'une certaine valeur, traversé par un petit nombre de chemins.
La Salamvrias reçoit toutes les eaux de la Thessalie. Elle prend sa source dans la chaîne centrale. Sa vallée est remontée par la route de Metzovo.
Les Météores (monastères en l'air) sont un groupe de couvents construits sur les sommets des grands rochers qui se dressent à l'issue des gorges par lesquelles s'é-
unvaguesouvenirdcs phénomènes géologiques, contemporains, sans doute, du soulèvement du Ténare, et auxquels la vallée de Tempe doit sa formation.
chappe la Salamvrias, dans un site des plus étranges qui est une des merveilles de l'Orient. On les a comparés à « une forêt de rochers gigantesques, dressés en aiguilles, en lames tranchantes, en pilastres énormes, en prodigieux menhirs, quelques-uns menaçants comme des tours penchées ou comme des édifices ruinés parla base », ou encore à des statues colossales, à des obélisques prodigieux, dont l'ensemble forme une architecture titanesque. Leurs sommets s'élèvent en moyenne à 300 mètres audessus de la plaine. Ils sont couronnés çà et là par les monastères, dont les constructions débordent leurs cimes étroites, et où l'on ne peut pénétrer que par une corde que l'on hisse à l'aide d'une manivelle, ou par d'étroits sentiers que les moines rendent impraticables à la moindre alarme, en enlevant les planches et les échelles qui les garnissent. Ces couvents furent fondés au moyen âge, à l'époque des troubles qui marquèrent la dissolution de l'empire bysantin, lorsque les Albanais, les Turcs et les Serbes ravageaient le pays et y portaient la terreur. C'étaient donc des forteresses autant que des retraites religieuses. Les brigands (klephtes), qui infestaient les montagnes voisines, obligeaient les moines à ne pas se départir de leurs précautions.
Les principales villes de la Thessalie sont : Trikala, à quelque distance (r. g.) de la Salamvrias, dans une plaine fertile.
Larissa est la plus grande ville la Thessalie et l'ancienne capitale de la province.
Pharsale, sur un aflluent de droite de la Salamvrias, au milieu d'une plaine célèbre et sur la route qui de Larissa conduit à Lamia, sur le versant sud de l'Othris.
Volo, sur le golfe du môme nom, port de commerce important, grande exportation de céréales, défendu par de vieux ouvrages.
Les habitants de la Thessalie sont, en majorité, de race grecque, mais on y trouve aussi des Albanais, des Circassiens, des Valaques et des Turcs musulmans, surtout
dans les districts montagneux du nord, couverts par les ramifications de l'Olympe, pays aux vallées étroites, sans villes et sans culture, avec une population clairsemée.
Au sud de la Salamvrias, la population est, en général, chrétienne, agricole, et de race grecque.
Épire. — Outre la Thessalie, les Grecs revendiquaient FÉpire, comme partie intégrante de la région hellénique, et leurs prétentions étaient appuyées, il est vrai, sur les traditions historiques; mais, dans les temps modernes, les Albanais musulmans ont débordé sur cette région. L'élément grec et chrétien paraît s'y trouver en minorité, ou du moins ne manifeste d'aucune manière probante ses désirs d'annexion à la Grèce. Les volontaires partis de Corfou ou de la frontière continentale, qui cherchaient à soulever le pays, virent leurs efforts échouer devant l'apathie ou l'indiflerence de leurs frères de race, tandis qu'au contraire, les Albanais soutenaient les droits de la Porte ou revendiquaient leur propre indépendance.
L'Epire est donc, presque en entier, resté jusqu'à présent à l'Albanie.
Grèce coiitîiieiitalc. — La Grèce continentale comprend les anciennes provinces d'Arcananie, d'Étolie, de Phthiotique, de Locride, d'Attique et de Béotie.
La portion occidentale (Arcananie-Étolie), celle qui fait face à l'Epire, est couverte de montagnes confuses et sauvages, creusées par de profondes vallées. La plus notable est celle de rAspropotamos (Achelaus), qui tombe dans la mer à l'entrée môme du golfe de Fatras. C'est le plus grand cours d'eau delà Grèce.
La population y est très clairsemée et en grande partie formée de bergers zinzares.
La côte nord du golfe de Fatras et du golfe de Corinthe est très accidentée. Là, se trouve la forteresse de Missolonghi (Mesolongion), si célèbre par sa glorieuse résistance pendant la guerre de l'Indépendance (1825) ; Epacto (Naupacte), le Lépante des Italiens. C'est dans ses eaux que
fut détruite la ilotte ottomane, en 1571, par Don Juan d'Autriche.
En face de la côte de la mer Ionienne sont les îles Leucade (Sainte-Maure), Céphalonie, Thiaki (Ithaque).
La portion orientale de l'Epire, qui fait face à la Thessalie, a une importance beaucoup plus grande, puisque c'est par là que se fait la jonction entre le Péloponnèse et la Grèce contincjntale. Aussi est-elle particulièrement célèbre depuis l'antiquité, par ses anciennes cités comme par ses champs de bataille.
Du mont Tymphreste se détache, à l'est, comme il a été dit, la chaîne des monts Othrys, et dans la direction générale du sud-est une autre chaîne, dont le massif principal est celui de l'Œta (Oxia, 1,930"^) et du Parnasse (Liakura, 2,450"^).
Entre ces montagnes se développent, de l'ouest à l'est : la vallée du Sperchius (Alamana), qui se termine par des marécages dans le golfe de Lamia, et la vallée du Céphyse (Mavroneron), qui se déverse dans le lac Gopaïs (Topolias), récemment desséché.
La chaîne de l'Œta se continue ensuite par l'Hélicon (la patrie des Muses), le Cithseron, l'Hymette, le Laurium, et encore par les îles de Keos, Thermia, Sériphos et Siphnos.
Une autre petite chaîne parallèle projette, à l'extrémité de l'Attique, le cap Sunium, si célèbre dans l'antiquité (appelé aujourd'hui cap Colonne) ; il porte de remarquables ruines d'anciens temples.
Pour aller de la Thessalie dans l'Attique, il fallait contourner le golfe de Lamia et franchir un étroit défilé resserré entre la mer et les contreforts de l'Œta. C'étaient les Tfiermopyles, seule porte de la Grèce méridionale; elle a été défendue par Léonidas contre les Perses, et, plusieurs fois depuis, pendant les invasions romaines et barbares. Aujourd'hui, les alluvions du Sperchius ont gagné sur la côte et changé la configuration des lieux,
mais la route traverse les mêmes cités, Livadia sur les bords du Lac de Copaïs, récemment mis à sec, Thiva (Thèbes) dans les plaines de Béotie, Marathon.
Adossée aux versants méridionaux du Parnasse, s'élevait Delphes, où tous les peuples de la Grèce avaient construit des temples, et qui était un centre religieux commun pour toutes les petites républiques rivales.
Péloponnèse. — L'isthme qui rattache le Péloponnèse au continent, est resserré entre le golfe de Corinthe et le golfe d'Egine; il était défendu au sud par la forteresse d'Acrocorinthe, sur un des promontoires des monts Onéiens; son altitude varie de 40 mètres à 70 mètres; sa largeur est de 5,940 mètres. Les anciens avaient établi un chemin pour traîner les vaisseaux d'une mer à l'autre. On a ouvert récemment entre Corinthe et Kalamaki un canal maritime.
Sur la cote du Péloponnèse, à l'entrée du golfe de Corinthe, Patras devient l'emporium principal du commerce avec l'Occident. Un chemin de fer met en relations Patras et le Pirée.
Les côtes méridionales du Péloponnèse sont profondément découpées par le golfe de Messénie (Koroni), entre le cap Gallo et le cap Matapan, le golfe de Laconie (Marathonisi), entre le cap Matapan et le cap Malée, le golfe d'Argolide ou Nauplie et le golfe d'Egine; dans ce dernier sont les îles d'Ég'ine et de Salamine. L'île de Salamine ferme la baie d'Eleusis.
Le Taygète (2,410"^), qui est la chaîne centrale du sud, se termine par le cap Matapan (Ténare), point le plus méridional de l'Europe entre les golfes de Messénie et de Laconie.
La chaîne parallèle du Malevon (1,900"^) s'avance jusqu'au cap Malée, au delà duquel se trouve la grande île, jadis célèbre, de Cythère.
Le Péloponnèse n'a que de petits cours d'eau :
Le Pamisos (Pirnatza), qui se jette dans le golfe de Messénie, est navigable pour des barques pendant 10 kilomètres environ.
L'Alphée (Ruphia) se jette sur la côte occidentale*.
L'Eurotas (Iri), dont la source est voisine de celle de l'AIphée, se jette dans le golfe de Laconie, après avoir arrosé Sparte et traversé des campagnes fertiles. Sa vallée prolonge la direction de celle de l'AIphée et trace un long sillon longitudinal sur le versant sud-ouest de la crête maîtresse du Péloponnèse.
L'Inachos, qui traverse la plaine d'Argos, n'a d'eau qu'au printemps.
Au centre du Péloponnèse est le beau plateau d'Arcadie, creusé par de gracieuses vallées, dépouillé en partie de ses forêts, mais dont les pentes occidentales sont encore boisées et bien arrosées. Il se trouvait sur la route de Sparte à Corinthe; les environs de Mantinée furent le théâtre des luttes pour la domination du Péloponnèse. Aussi ne compte-t-on pas moins de cinq batailles livrées sur son territoire.
La ville principale de l'Arcadie est actuellement Tripolis, ainsi nommée, dit-on, parce qu'elle est l'héritière des trois cités de Tégée, Mantinée et Pallantium.
Les côtes du Péloponnèse, quoique riches en baies et en abris, n'ont pas de ports de commerce d'une grande activité.
Neokastro (Navarin), sur la côte de Messénie, a été le théâtre de la grande bataille navale où les flottes française, anglaise et russe ont détruit la flotte turque (1827).
Modoni et Koroni sont également déchues.
Kalamata, au fond du golfe de Koroni, n'a qu'une mauvaise rade.
1 . Les alluvions de l'AIphée avaient recouvert les ruines de la ville célèbre d'Olympie. Des fouilles récentes ont remis au jour des richesses d'art des plus précieuses.
Monemvasia, sur la côte orientale de Laconie (l'ancienne Malvoisie), n'est qu'une forteresse ruinée et n'a plus les vignobles qui ont fait son renom.
Enfin, Nauplie, qui a un bon port, est surtout une place de guerre et l'arsenal de la Grèce.
A peu de distance est la célèbre Argos.
Iles. — Aux côtes du Péloponnèse se rattachent quelques îles :
Hydra, entre les golfes de l'Argolide et de l'Attique, a fait autrefois un grand commerce, mais elle n'a cependant ni port, ni abri sûr. Avant la guerre de l'Indépendance, les Hydriotes avaient 400 navires. Ils armèrent plus de 100 vaisseaux de guerre portant 2,000 canons. Après l'indépendance, ils ne purent soutenir la concurrence commerciale avec les ports mieux situées du Pirée ou de Syra.
Cerigo, l'ancienne Cythère, a quelque agriculture, mais a perdu toute importance maritime.
La grande île d'Eubée (Egripo ou Négrepont) est séparée des côtes par l'étroit canal de l'Earipe. Elle a 48 lieues de long; sa chaîne centrale (mont Delphi 1,745°^) prolonge l'arête Ossa-Pélion. Elle a encore de belles forêts et une agriculture florissante. Elle a pour chef-lieu Chalkis, avec une forteresse et de vieilles murailles; située sur la partie la plus resserrée de l'Euripe, la ville est reliée à la côte de Béotie par un pont de 65 mètres.
Les îles de l'Archipel, qui ont été rattachées au royaume de Grèce, constituent deux groupes :
Les Sporades au nord, dont les principales sont Skopelos et Skyros.
Les Cyclades à l'est. Leur centre est l'île de Syra, avec la ville d'Hermopolis (21,000 hab.); c'est une posi-
tion maritime et commerciale de la plus haute importance, rivale du Pirée, au centre de l'Archipel, sur la route que les navires suivent pour aller de Constantinople à Palerme, d'Alexandrie à Smyrne et à Salonique.
A peu de distance est Delos, l'île sainte, le sanctuaire vénéré de la Grèce antique, célèbre par son temple consacré à Apollon et à Diane. Les villes de la Grèce y envoyaient des ambassades et de riches présents. C'était le centre social de toutes ces petites républiques si souvent en lutte les unes (^.ontre les autres; c'est, en effet, le centre géométrique, on pourrait dire le centre de gravité du monde grec; c'est là que viennent se serrer et se grouper les fils de la trame dessinée par les routes des navires qui cabotent d'île en île entre l'Asie et la Grèce, et par celles des superbes steamers qui vont des ports du Levant à ceux de l'Occident.
Autour de Delos, « rangées en cercle comme les suivantes autour d'une reine », d'où leur vient leur nom, se groupent les Cyclades; pour la plupart stériles et peu habitées, ce ne sont que des cimes de montagnes dont les versants sont recouverts par les eaux.
Les autres îles principales sont : Andros, Tinos, Mykonos, Naxos, Paros, Antiparos, Siphnos, Sériphos, Thermia, Keos.
Plus au sud, Milos et le remarquable groupe volcanique de Thira ou Santorin.
La plupart des Cyclades, que l'on a appelées des montagnes de la Grèce perdues dans la mer, n'off'rent que des rochers stériles et sans habitants.
Les îles Ioniennes forment un autre groupe distinct.
La principale est Corfou (Kerkyra), sur la côte d'Albanie. Grâce à la protection de Venise, Corfou a pu résister à toutes les attaques des musulmans. Elle fut occupée par les Français de 1807 à 1814. Depuis cette époque, les Anglais avaient organisé une sorte de république, dite des sept îles, qui se gouvernait sous leur
protectorat. En 1864, ils rendirent à ces îles leur liberté complète. Elles se rattachèrent alors à la Grèce.
Gorfou a une puissante forteresse.
L'île de Leucade (Sainte-Maure) est rattachée à la côte d'Épire par un isthme sous-marin, à peine couvert parles eaux. Elle a pour ville Amaxiki, près de l'îlot qui porte la forteresse de Sainte-Maure.
Géphalonie est la plus grande des îles Ioniennes. Ghef-lieu, Arg-ostoli.
Thiaki (l'ancienne Ithaque) est une petite île voisine de Géphalonie.
Zante (Zakynthos) est la plus riche des îles Ioniennes.
Les îlots de Paxos et d'Antipaxos, au sud de Gorfou, appartiennent aussi au groupe des îles Ioniennes.
Dans une guerre maritime, le concours de la Grèce serait un appoint très sérieux. Aux navires de combat, elle offrirait les ancrages de ses rades et les ressources de ses ports; aux torpilleurs, les abris de ses îles ou des rochers de ses côtes; aux uns et aux autres, le personnel inépuisable de ses habiles pilotes.
La France a toujours soutenu la Grèce de son in-* fluence et de ses sympathies.
De même que la Grèce, la Serbie a été un des foyers les plus ardents de Tirréductible résistance des populations chrétiennes à l'oppression musulmane, mais les conditions du pays et des peuples étaient tout autres.
La Serbie n'avait pas le passé glorieux de l'antiquité grecque. Elle était restée ignorée de l'Europe; elle n'avait aucun accès sur les mers, aucune expansion extérieure. Son climat était rude. Le peuple, sans culture intellectuelle, mais fermement attaché à ses traditions et à son sol, vivait replié sur lui-même dans ses forêts. La seule institution florissante était le brigandage des révoltés. Il fallut de longs siècles de persévérance pour que le peuple serbe arrivât à reprendre conscience de lui-même et à s'imposer à l'attention, presque toujours malveillante ou hostile, de ses voisins ou des Grandes Puissances qui prétendaient exercer leur influence dans la Péninsule balkanique et en régler les destinées. Cependant, l'Autriche s'intéressait à l'avenir de ce petit peuple, voisin de ses frontières, qui pouvait lui ouvrir ou
lui barrer les routes vers l'orient par Salonique et la mer Egée, mais aussi devenir le noyau autour duquel pourraient se grouper les peuples slaves du sud pour revendiquer la part d'influence à laquelle ils prétendaient, non sans raison, dans l'agglomération des nationalités qui constituait la monarchie austro-hongroise. Or, les Allemands voulaient imposer leur hégémonie à ces peuples. Ils avaient été forcés de consentir à reconnaître aux Magyars l'égalité de droits et à reconnaître un royaume hongrois à côté de l'Empire d'Autriche.
Magyars et Allemands s'étaient ensuite mis d'accord pour ne pas permettre aux Slaves de se grouper, de manière à transformer la monarchie dualiste en une monarchie triplice, dans laquelle les Slaves eussent eu les mêmes privilèges qu'eux, jusqu'au moment où les Slaves eux-mêmes, par la force des choses, se seraient partagés en Slaves du nord, reconstituant autour des Tchèques de la Bohême, l'ancien royaume de Saint- Wenceslas, et en Slaves du sud, qui formeraient, sous la direction d'un ban de Croatie ou d'un roi serbe, un nouvel Etat depuis les Alpes jusqu'à la Mœsie et à l'Adriatique, avec Agram pour centre.
La Serbie, restée indopendante, devait fatalement devenir le pôle d'attraction de ces aspirations et, plus tard, pouvait-on craindre le foyer d'une opposition ou même d'une révolte contre l'Empereur d'Autriche, roi de Hongrie.
Il lui fallait donc surveiller avec attention les mouvements du peuple serbe et s'opposer à tout accroissement dangereux de sa puissance.
Esquisse historique.
Après être resiée courbée, pendant plus de trois cents ans, sous le joug le plus brutal et le plus humiliant, la Serbie se réveilla au commencement du siècle (1804) par une insurrection formidable. Le sentiment national et la haine du Turc s'étaient conservés au fond des forêts de la Serbie, dans les monastères et dans les bandes à'Haïdouks^ que les cruautés des janissaires grossissaient sans cesse.
Karageorge fut le premier chef des révoltés. Vainqueur des Turcs après une lutte acharnée qui dura dix ans, il les contraignit à abandonner la Serbie; maiS; à la paix de Bucarest (1812) entre la Russie et la Turquie, la Serbie se trouva de nouveau à la merci des Turcs qui réoccupèrent le pays en 1813. Karageorge dut s'enfuir. Quelques années après, étant rentré dans sa patrie, dont il avait été le premier libérateur, il périt assassiné.
La Serbie fut alors livrée aux plus violents excès ; elle se souleva de nouveau en 1815, à la voix de Miloch Obrénovitch. Sous l'énergique impulsion de ce chef et grâce à la protection de la Russie, elle parvint, après quinze ans de luttes et de négociations, à faire reconnaître son autonomie, qui fut garantie par la paix d'Andrinople (1829). Miloch obtint de la Porte (3 août 1830), un firman lui accordant le titre de prince héréditaire, que l'assemblée nationale (Skouptchina) lui avait conféré.
Les années suivantes furent signalées par des compétitions, des discordes intestines, et des essais
informes de constitution. Miloch Obrénovitch, homme d'une haute capacité, mais inculte et violent, qu'on a appelé le prince paysan, et qui, dit-on, ne savait pas lire, dut abdiquer en 1839 et s'exiler.
Son fils Michel lui succéda; il fut renversé à son tour, et remplacé par le fils de Karageorge.
En 1856, le traité de Paris déclara « que les immunités privilèges concédés à la Serbie étaient placés sous la garantie collective des Grandes Puissances ».
En 1858, la Skouptchina proclama la déchéance de Karageorgevitch et rappela le vieux Miloch, alors âgé de 78 ans.
A sa mort (18G0), il eut encore pour successeur son fils Michel qui prit le pouvoir pour la seconde fois et périt assassiné en 1868.
A défaut d'héritiers directs, le prince Milan son cousin, encore mineur, fut proclamé prince de Serbie, sous le nom de Milan Obrénovitch IV.
Ce fut lui qui dirigea les efforts des Serbes pendant les années de 1875 à 1878. Il obtint pour son pays, au traité de Berlin, la reconnaissance de son indépendance et un accroissement de territoire.
En 1882, il prit le titre de roi de Serbie ^
En 1889, il abdiqua en faveur de son fils.
1. Le prince Milan s'efTorça d'écarter la Serbie du mouvement insurrectionnel qui troubla la Bosnie et l'Herzégovine au commencement de 1882 et qui inquiétait vivement le cabinet austro-hongrois. C'est, dit-on, pour le remercier de ces bonnes dispositions que la cour de Vienne favorisa l'érection de la Serbie en royaume et qu'elle fut la première à reconnaître le nouveau roi. Le prince Milan faisait de nombreux séjours à Vienne, où il était très bien accueilli à la cour.
L'Autriche vint encore en aide à la Serbie, en 1885, lors de la guerre contre la Bulgarie, en imposant au prince Alexandre de Bulgarie de ne pas poursuivre ses victoires.
En juin 1903, le jeune roi Milan et sa femme la reine Draga, furent assassinés dans leur palais par quelques officiers qui étaient à la tête d'une conspiration militaire. La révolution qui en fut la suite, n'eût pas les conséquences graves que Ton pouvait redouter. La Skouptchina appela au trône le prince Pierre Karageorgevitchi. Une sorte d'amnistie tacite couvrit les officiers assassins.
La Serbie, antérieurement au traité de Berlin, avait pour frontières : au nord, la Save et le Danube; à Fouest, la Drina ; à l'est, le Timok ; au sud, une chaîne de montagnes, orientée de l'ouest à l'est, qui enveloppe les sources de la Morava occidentale; l'Ibar coupe cette chaîne au pied du Kopaonik ; la Morava orientale la coupe au confluent de la Nissava.
Par le traité de Berlin, la Serbie a reçu une augmentation de territoire dans la haute vallée de la Morava avec les villes de Nich, Leskovats, Vranja. C'est une partie du pays appelé la Vieille Serbie; mais l'ambition des Serbes était d'acquérir toute la Vieille Serbie, c'est-à-dire le bassin entier de la Morava, de s'étendre jusqu'au Kara-Dagh et jusqu'au Kossovo-Polge, et d'avoir accès sur l'Adriatique.
Par l'occupation de la Bosnie, F Autriche-Hongrie
1. Le prince Pierre Karageorgevitch avait fait ses études en France. Il était entré à St-Cyr. En 1870, il avait combattu dans les rangs de l'armée française et avait été blessé. Partout, il avait laissé les souvenirs les plus sympathiques. Il dirigea toujours son peuple dans des sentiments particuliers dévoués à la France. Ce fut lui qui guida la politique de la Serbie jusqu'aux événements de 1914, mais l'état de sa santé l'amena à abdiquer en faveur de son fils.
a enveloppé la Serbie à l'ouest et au sud-ouest. Du côté de l'est et du sud-est, la constitution de la province de Bulgarie ne lui permettait pas d'extension possible. Au sud, elle confine à l'Albanie, et les Albanais défendent leurs terres avec énergie.
La Serbie ne pouvait donc se trouver satisfaite. Il était facile de prévoir qu'elle rechercherait toutes les occasions de modifier cette situation.
Le territoire de la Vieille-Serbie y maintenu sous la domination ottomane, formait le vilayet de Kossovo dont le chef-lieu est à Prichtina, et était précédemment à Prizrend, ville plus importante avec 40,000 habitants. Il comprenait Skoplje (Uchkub), l'ancienne capitale de l'empire serbe du xiv^ siècle, où Douchan se fit couronner tsar de toute la Remanie ; Ipek, la résidence des anciens patriarches serbes ; la plaine de Kossovo, lieu du désastre dans lequel, avec l'empire serbe, s'effondra l'indépendance de la Serbie. Cette région où se trouvent les souvenirs les plus précieux du peuple serbe, est habitée, en majeure partie, par des Albanais ou Arnautes musulmans que l'on dit de race serbe, mais qui maltraitent odieusement les Serbes chrétiens. Les assassinats fréquents et presque toujours impunis, terrorisent le pays.
C'était un véritable repaire de brigands, dont le centre principal était Djakova. Bien que les célèbres monastères chrétiens d'Ipek et de Detchani (près de Djakova), autrefois lieux de pèlerinage vénérés, fussent sous la protection du Sultan, les moines étaient violentés et les églises ne pouvaient être fréquentées.
Au traité de Berlin, on n'a pas voulu céder ce territoire à la Serbie parce qu'il conduit au couloir bosniaque et que l'Autriche voulait se réserver la
possibilité d'une jonction directe avec le chemin de fer de Salonique.
La diplomatie européenne peut donc être considérée comme responsable du régime de barbarie qui s'y est établi grâce à la connivence ou à l'impuissance des autorités ottomanes. Cette situation, véritable outrage à l'humanité, ne pouvait être prolongée. A la conférence de Londres de 1912, les revendications des Serbes ont déjà obtenu, en partie, satisfaction. L'avenir devra les compléter.
Description g-éograpliique.
La Serbie est couverte de montagnes qui s'abaissent successivement jusqu'à la Save et jusqu'au Danube. De belles vallées en séparent les massifs et servent aux communications. A part le voisinage immédiat des villages et des villes, la plaine du Timok, et un certain espace autour de Belgrade, la terre est partout couverte de bois.
La Kopaonik (2,100 mètres) s'élève au-dessus de la brèche par laquelle s'écoulent les eaux de l'Ibar. Le Javor domine les sources même de la Morava occidentale. Ce senties points culminants des pays.
La Save et le Danube reçoivent toutes les eaux de la Serbie.
La Save est une belle rivière navigable, bordée de prairies et dominée sur sa rive droite par les derniers échelons des montagnes de la Serbie. Elle passe à Mitrovitz (r. g.), Ghabats (r. d.) (9,000 hab.), que l'on appelle le « Paris serbe )>. Elle se réunit au Danube entre Semlin (r. g.) et Belgrade (r. d.).
Belgrade (Beograd) (l'ancienne Alba Julia), capitale delà Serbie, au confluent de deux grands fleuves, au point où viennent aboutir toutes les routes de la Serbie et notamment la grande voie militaire de la Morava, si souvent
suivie par les armées ottomanes, avait, à l'époque des guerres musulmanes, une grande importance militaire. Sa vieille forteresse était réputée une des plus fortes de l'Europe. Les Turcs l'avaient surnommée la porte de la guerre sainte.
En se réunissant entre Semlin et Belgrade, la Save et le Danube forment une grande île plate qui fut souvent occupée par les armées turques et chrétiennes. On l'a nommée Vile de guerre. C'est là que se rassemblaient les armées de Soliman le Magnifique qui, par trois fois, remontèrent le Danube, avec des flottilles de plus de 3,000 barques.
Belgrade a été prise et reprise fréquemment par les Autrichiens, par les Turcs, et par les Serbes. Les Turcs n'évacuèrent définitivement la forteresse et les faubourgs qu'en 1867.
Belgrade se transforme, peu à peu, en une ville européenne. Étant reliée au réseau des chemins de fer européens, elle prendra sans doute un grand développement.
Semendria (Smédérévo ou Saint-André), ancienne forteresse et ancienne capitale de la Serbie, est sur le Danube, au débouché de la belle vallée de la Morava, au confluent d'une de ses dérivations de gauche. Elle en commandait l'entrée.
Le Danube se partage en un grand nombre de bras.
En amont de Bazias (r. g.), près de la vieille forteresse serbe de Rama, qui défendait lentrée du défilé, commence la longue gorge des Portes de Fer que le Danube traverse pour descendre dans le bassin roumain ;
Sur la rive serbe : Gradisça, Goloubatz, ancienne forteresse bâtie par Marie-Thérèse; Milanovatz, petite ville moderne.
Au sortir des grandes Portes de Fer, sur la rive serbe : Kladova, en face de Turnû-Severinii, Brza-Palanka, Radoujevatz. Un peu plus bas est l'embouchure du Timok et la frontière serbe-bulgare.
Les trois cours d'eau principaux de la Serbie sont la Drina, la Morava et le Timok.
La Drina, forme la frontière occidentale. Elle porte de petites barques depuis Visegrad; à Zvornik, elle porte des bateaux de 50 tonneaux. Prèsde Lesnitza, elle se partage en plusieurs bras et forme des marais. Elle finit près de Racsa (r. d.).
La petite rivière de la Koloubara, qui coule entre la Drina et la Morava, dans un bassin fertile, passe à Valjevo. Ses inondations, produites par les crues de la Save, qui refoulent ses eaux, couvrent la plaine. Sa vallée ouvre une communicalion entre Belgrade et Lesnitza.
La Morava est la rivière centrale de la Serbie. Elle est formée de deux bras : la Morava orientale et la Morava occidentale.
La grande Morava prolonge la direction de la Morava orientale. Sa vallée est la partie la plus riche et la mieux peuplée de la Serbie; elle ouvre la principale communication entre la Hongrie et les mers de l'orient. C'était une route naturelle pour les migrations des peuples et pour les armées. Maintes fois les armées ottomanes l'ont descendue pour envahir les pays chrétiens de la rive gauche du Danube. Elle est appelée à acquérir une grande importance commerciale par l'achèvement des chemins de fer qui mettent Belgrade en relations avec Constantinople et avec Salonique.
Cette belle vallée, dans laquelle se concentre l'activité agricole et industrielle de la Serbie, a une direction générale du sud au nord, en inclinant un peu à l'ouest. Elle rappelle l'orientation do l'arête du Pinde et des chaînes maîtresses de l'Albanie ; elle semble être due à une faille contemporaine de ces montagnes.
Elle est croisée, au confluent des deux Moravas, par une autre faille orientée du sud-est au nord-ouest, c'est-à-dire dans la direction générale des Alpes dinariques. Cette coupure est non moins intéressante. A l'est, elle sert au
passage de la route et du chemin de fer de Gonstantinople par la vallée de la Nichava et Sofia, A l'ouest, elle ouvre une communication transversale à travers toute la Serbie. Ces deux grandes coupures, qui se croisent suivant un angle de 60° environ, partagent ainsi la Serbie en quatre régions bien distinctes :
Au nord-ouest, la Sumadia [suma foret), région de forêts et de collines de 500 à 600 mètres que domine le Rudnik (1.100"^); elle servaitde refuge et de citadelle aux bandes armées pendant les guerres de l'Indépendance. Les Serbes y avaient leur pauvre capitale à Kragoujevatz, qui était à peu près le centre de la province ; ils y avaient aussi leur principale forteresse à Ouchitze.
Du sommet du Rudnik, dont le pic central domine le pays ainsi qu'une vigie, la Serbie apparaît comme une forêt sans fin, coupée, çà et là, par des éclaircies qui marquent l'emplacement des villes et des villages.
Au sud-ouest, est la région des hautes montagnes, difficile et peu peuplée.
Au nord-est, entre la Morava et le Timok, le pays est très montueux. La Golubinje Planina étend ses ramifications dans la partie la plus rapprochée du Danube, elle se pyramide au mont Stole (1.300 a 1.400'") et formait autrefois la digue des Portes de Fer, Cette région s'appelle Kraina, c'est-à-dire marche ou frontière ; plus au sud est la Tzrna Rjeka [rivière noire), vallée du Malo Timok; la ville principale de cette région est Zaitchar.
Au sud-est, se trouve la région élevée, aride et pierreuse, qui prolonge le plateau de Mœsie et que ne traverse aucun chemin praticable.
La Morava orientale prend sa source au Kara-Dagh (montagne noire) non loin du Kossovo-Polje, près des têtes des vallées du Vardar et de l'Ibar.
Les villes principales de sa vallée sont Vranja, la capitale de la Vieille-Serbie, Leskovatz, Alexinatz, qui dé-
fend un rétrécissement de la vallée, et l'une des portes de la Serbie sur son ancienne frontière.
En amont, tombe (r. d.) la Nichava, qui passe par Pirot, Palanka et Nich, la deuxième ville de la Serbie et actuellement la résidence du gouvernement.
Dans la vallée de la grande Morava, on rencontre nombre de villages, et quelques villes : Tjuprija^ (r. d.), Jagodina (r. g.), etc.
La Morava laisse à droite Pocharewats (Passarovitz), où fut conclu, entre les Turcs et les Autrichiens, le traite de 1718; elle finit près de Semendria,
La Morava occidentale descend d'abord du nord au sud et se replie ensuite à Test dans la grande coupure transversale; près du débouché de sa vallée, est (r. d.), la petite ville palanquée de Kruchevatz.
Par la vallée de l'Ibar, son affluent de droite, s'établissent les communications avec Novi-Bazar et la Bosnie d'une part, avec Prichtina et l'Albanie de l'autre. L'Ibar passe à Mitrovitza, chemin de fer de Salonique; il reçoit (r. d.) la Sitnitza, dont la vallée, prolongeant la direction du haut Vardar, est longée par la voie ferrée. Cette rivière traverse la fameuse plaine de Kossovo.
A quelque distance, dans la vallée d'un affluent de droite, est Prichtina, chef-lieu de l'ancien vilayet de Kossovo.
L'Ibar reçoit (r. g.) la Raschka, qui vient de Novi- Bazar, l'ancienne capitale de la Rascie.
Le Timok coule par Knjazevatz, Zaitchar. Sa vallée est bordée de montagnes à pic, qui s'écartent, en certains endroits, pour envelopper des plaines fertiles. Il se dégage des montagnes à Bregovo et traverse la plaine de Negotin.
De Knjazevatz partent des routes sur Nich et sur Alexinatz, celle-ci par la ville thermale de Banja; de Zaitchar part la route de Para dj in, par la vallée du Malo Timok.
1. A l'ouest de Tjuprija, dans la montagne, sont les célèbres monastères fortifiés de Ravanitza et de Manania. Celui-ci est un des plus remarquables monuments de l'Europe.
L'oppression sous laquelle vivaient les Serbes, et les efforts tentés par eux pour recouvrer leur indépendance, ont attiré, depuis le commencement du siècle, l'attention de l'Europe, tandis que la Russie, protectrice née des nationalité slaves, les appuyait de sa diplomatie et de ses armes.
La construction des chemins de fer a apporté à la Serbie un puissant élément de développement.
La ligne de la Morava est raccordée aux chemins hongrois par un beau pont sur la Save. Elle se raccorde avec la ligne de Salonique par Vranja, et avec celle de Constantinople par Sofia.
L'achèvement de ces chemins de fer, qui ouvrent des communications entre l'Europe centrale et l'Orient, fut pour la Serbie le signal d'une révolution économique et d'une complète transformation sociale.
Par la ligne de Salonique, la Serbie est en relation avec TEurope occidentale, sans emprunter les voies ferrées del'Europe centrale. C'est par Salonique qu'elle a pu recevoir le matériel de guerre que la France lui a fourni en grande quantité^ depuis 1912, notamment l'artillerie qui a donné à l'armée serbe une supériorité éclatante pendant les guerres balkaniques récentes. Mais Salonique ne lui appartient pas; c'est pourquoi la Serbie ne cessera de réclamer un port et un accès direct sur la mer Adriatique. Jusqu'à présent, l'Autriche et l'Italie n'ont pas voulu le lui permettre ; mais il arrivera fatalement que cette résistance tombera, et le développement de ce petit peuple, qui a donné maintes preuves d'incontestable bravoure et auquel la France porte un intérêt des plus sympathiques, prendra un nouvel essor.
Les Serbes ont toujours considéré le Monténégro ^ que, dans leur langue, ils appellent Tzrnagora (la montagne noire), comme la citadelle imprenable de leur race, où se sont conservés intacts les germes de leur reconstitution nationale et les souvenirs de leur indépendance.
Les Slaves du Monténégro, guerriers renommés de tout temps, avaient battu les Ottomans en 1387 ; mais ils n'arrivèrent pas à temps pour se joindre aux Serbes à la bataille de Kossovo (1389). Après la destruction de Farmée serbe, ils en recueillirent les débris et se réfugièrent dans l'inextricable chaos de leurs montagnes, où, pendant cinq siècles, ils surent défendre leur liberté, sans jamais subir le joug, sans jamais reconnaître l'autorité, même nominale, de la Porte.
Notice historique.
Le pays fut gouverné d'abord par des princes séculiers; l'un d'eux, Ivan Cernojevic, après une lutte terrible, réduisit en un monceau de ruines l'antique forteresse de Zabliack, berceau de la famille princière,
1. Le nom de Monténégro a été donné au pays par les Vénitiens qui avaient avec lui des relations très suivies.
située près du lac de Scutari et se retira dans les gorges des montagnes, où il fonda Cetinge en 1484. Avant de mourir, il fît jurer à son peuple haine et guerre éternelle au Turc, et ce serment, qui a été tenu jusqu'à nos jours avec une constance surprenante et une indomptable énergie, justifie la fière devise : Frangar non flectar.
Le pays est encore rempli des légendes de ce temps. En 1499, son fils se maria à une noble Vénitienne, et abandonna le pouvoir, qui passa dès lors à des princes évêques, vladicas^ d'abord électifs, puis héréditaires^, qui réunirent dans leurs mains la triple autorité religieuse, civile et militaire. Cette organisation se perpétua jusqu'en 1852, époque à laquelle le prince Danilo se démit de l'autorité religieuse et se maria.
L'histoire du Monténégro ne présente qu'une série de guerres impitoyables avec les Turcs. En 1623, Soliman, pacha de Scutari, prit et détruisit Cetinge.
En 1702, dans la nuit de Noël, le vladica Danilo fit massacrer tous les mahométans vivant dans le pays, et raffermit ainsi les idées d'indépendance et de haine irréconciliable contre les Ottomans.
Allié de Pierre le Grand, il livra aux Turcs la sanglante bataille de Prijnik (29 juillet 1711), dans laquelle vingt mille musulmans, dit-on, restèrent sur le champ de bataille. De cette époque datent les liens d'amitié entre les princes monténégrins et la famille impériale de Russie.
Pendant'Jes guerres de l'Empire, les Monténégrins disputèrent aux Français l'occupation du littoral entre
1. Le mariage n'étant pas permis aux évoques de l'Église grecque, Ua succession avait lieu dans les branches collatérales.
les Bouches de Cattaro et la Bojana. Ils espéraient reprendre ce territoire, qui s'était autrefois donné aux Vénitiens; mais les traités de Vienne rejetèrent durement les Monténégrins dans leurs montagnes et donnèrent à l'Autriche le littoral vénitien de la Dalmatie et celui de la République de Raguse.
C'est après la bataille de Grahovo, 1858, qu'eut lieu une première délimitation précise de la principauté et une sorte de reconnaissance tacite de son indépendance.
Danilo mourut assassine à Cattaro en 1860 ; son neveu, le prince Nicolas, alors âgé de 17 ans, lui succéda comme kniaz et gospodar de Zrnagora et de Brda, Il avait été élevé d'abord à Venise, puis au lycée Louis-le-Grand, à Paris. Le prince gouverna avec le concours d'un sénat et d'une assemblée élective (Skouptchina). Résistant à l'entraînement populaire, il ne prit pas part à l'insurrection de l'Herzégovine, en 1861, ce qui n'empêcha pas, l'année suivante, les Turcs, d'envahir la principauté et de la ravager. Réduits à toute extrémité, n'ayant aucun moyen de se procurer des munitions, parce que les Autrichiens tenaient le littoral, arrivés à leurs dernières cartouches, les Monténégrins durent subir la paix de Rjeka (31 août 1862). Le prince s'appliqua, dès lors, à organiser son armée, à réunir des armes et des munitions ; il visita les cours étrangères, se créa des relations avec les principaux hommes d'État, et prépara son pays à jouer un rôle dans les événements qui se prévoyaient en Orient.
Description g-éogfraphîque.
On a comparé le Monténégro à une mer houleuse soudainement pétrifiée, ou encore, à « un énorme gâteau de cire aux mille alvéoles » ; ces alvéoles, de différentes grandeurs, sont des vallées ayant un diamètre qui varie « de dix pas à une lieue ^ )>, fermées par des murs de rochers verticaux.
Quel que soit le désordre apparent de ces rochers 2, il est possible d'y reconnaître la direction du grand soulèvement dalmate, notamment dans la chaîne qui dessine la frontière nord et dans la vallée parallèle de la Zêta, qui divise le pays en deux régions : au nord, la Brda; au sud, la Tzrnagora proprement dite.
La Brda est la partie la moins pauvre. On y trouve des forêts et des pâturages. Cette région ressemble à toutes les régions alpestres; c'est une succession de défilés et de petits bassins, avec des vallons latéraux et des cirques ravinés.
La Tzrnagora, au contraire, présente un aspect tout différent. C'est un dédale de cavités, de ravins, de simples trous, séparés les uns des autres par des remparts calcaires, hérissés de pointes, coupés de précipices, dans lesquels les eaux de pluie disparaissent pour se rassembler dans des canaux souterrains.
Prises dans leur ensemble, les montagnes s'élèvent en amphithéâtre depuis les côtes de la mer jusqu'à la chaîne maîtresse du nord, qui se pyramide aux sommets du Dormitor (2,600"^) (au nord-ouest), du Kom (2,850'") et du Visiter (2,183^) (à l'est).
1. Le bassin de Cetingc a 4,800 mètres de long sur 250 à 300 de large; l'enceinte des rochers le domine de 300 à 400 mètres.
2. Les contes populaires disent que lorsque Dieu créa le monde, il portait les montagnes dans un sac. Le sac creva ; les montagnes tombèrent pêle-mêle au dessus de la Tzrnagora.
Ces montagnes, généralement sans forêts ni verdure, dépouillées de terre végétale par les pluies torrentielles qui ont mis à nu le squelette des rochers, ne produisent rien, et l'élevage des troupeaux y est même impossible. Les fonds des vallées où s'accumulent les détritus, pourraient être fertiles, mais on y souffre tantôt des inondations, tantôt d'une sécheresse extrême. Puis, l'agriculture, comme d'ailleurs tout autre occupation que la guerre, est antipathique au iMonténégrin. Il en abandonne le travail aux femmes, qui vieillissent vite sous le poids des fatigues.
Les hommes sont, au contraire, remarquables par leur force corporelle, leur agilité, leur hardiesse dans les montagnes, où ils bondissent comme le chamois, la sûreté de leur coup d'œil, et leur habileté au maniement des armes.
La vallée de la Zêta, qui partage le Monténégro, ouvre une communication transversale que les Turcs avaient utilisée pour établir des relations stratégiques entre l'Albanie et l'Herzégovine. Avant le traité de Berlin, le tracé de la frontière formait sur cette A^allée un étranglement large de 35 kilomètres au plus, à vol d'oiseau, gardé : en Herzégovine, par la forteresse de Niksic, qui commande la passe de Duga; en Albanie, par Spuz et Podgoritza.
Le traité de Berlin a agrandi la principauté, en a reconnu Findépendance, mais ne lui a pas donné toute l'extension à laquelle elle prétendait.
Au nord, la limite était formée par la Tara, depuis son confluent avec la Piva ; elle coupe le Lim et atteint la Mokra Planina, qui est la borne de séparation entre le sandjak de Novi-Bazar et l'Albanie.
Cette frontière est excessivement forte; la vallée de la Tara, profondément encaissée par d'énormes rochers, est tout à fait impraticable.
lOG LES PAYS BALKANIQUES.
En arrière, s'élève la formidable chaîne duDormitor — Kom ; on n'y trouve qu'un seul passage fort difficile et défendu par le fort de Kolaçin.
Vers le sud-ouest, la nouvelle frontière descend jusqu'au mont Orjen (1,900"^), qui marque la séparation entre l'Herzégovine et le territoire des Bouches de Gattaro. Le Monténégro a ainsi acquis l'important défilé de Duga et la place de Niksic, dont il s'était emparé après un siège et un bombardement.
Le défilé de Duga est un couloir de rochers, long de 40 kilomètres environ, que l'on traverse en 9 heures de marche. Défendu à l'ouest par le fort Krstacz, à l'est par Niksic, il met en communication cette dernière place avec Metochia.
L'annexion de ce territoire habité par des Slaves s'est faite sans difficulté. La frontière est protégée par une ligne de hauteurs difficiles, rocheuses, escarpées, que traversent seulement de très mauvais sentiers. Les Autrichiens ont, sur cette frontière, une communication carrossable depuis Raguse par Trcbinje, Biletj, Korita, Metochia (Gatsko) . Cette route traverse un pays ouvert et relativement riche, communique avec Mostar, et facilite les mouvements militaires défensifs.
A l'est, la rectification de la frontière a présenté de nombreuses difficultés. En effet, tandis que, vers l'ouest, le Monténégro pouvait s'étendre en acquérant des territoires habités par des populations sympathiques et de même race, du côté de l'est, il confine aux populations albanaises, de race différente et hostiles. Les plénipotentiaires du Congrès de Berlin, fort mal éclairés sur la question, avaient indiqué un tracé que la résistance armée des Albanais ne permit pas de suivre.
Au nord du lac de Scutari, s'étend un territoire fertile, au centre duquel est située la place de Podgoritza, au confluent de la Moraca et de la Zêta, près de l'emplacement de l'antique Dioclea; à deux heures de marche, en remontant la Zêta, est le fort de Spus, qui commande la vallée de cette rivière.
Au sud, près du débouché de la Moraca dans le lac Scutari, se trouve (r. d.) l'ancienne forteresse de Zabliac, la première capitale des princes de la Tzrnagora; au nord, le fort de Medun. Ces places formaient autrefois la base ordinaire des Turcs, lorsqu'ils envahissaient le Monténégro. Les hauteurs voisines sont couvertes de blockhaus. Les Monténésrrins ont
acquis ce territoire, qui est considéré comme le grenier de la Montagne-Noire ; mais les hauteurs de la rive gauche de la Moraca, qui commandent Podgoritza, sont restées aux mains de la tribu guerrière des Maljsori.
Dans la partie dont les Monténégrins ont pris possession, se trouvent un certain nombre de familles d'Albanais musulmans, qui ne subissent qu'en frémissant la domination slave.
Sur la rive gauche de la Moraca, s'élèvent les hauts plateaux de pâturages du Kucki-Kom, sur lesquels la limite a été contestée.
Enfin, la résistance des Albanais n'ayant pas permis l'annexion des fertiles bassins de Gusinge et de Plava (haute vallée du Lim), que le traité de Berlin avait donnés au Monténégro, une convention postérieure a fixé comme limite, la crête montagneuse Mokra-Planina — Visiter, et, en échange, le Monténégro devait recevoir le port de Dulcigno.
La partie occidentale du lac de Scutari a été cédée
sans difficulté, ainsi que le pays entre le lac et la mer où se trouvent le port d'Antivari, mais le traité a réuni au territoire autrichien la partie occidentale de la rade et le fort de Spizza. Le mont Suturman est la borne frontière.
En ce qui concerne la remise de Dulcigno aux Monténégrins, des résistances sérieuses se sont manifestées autant de la part du gouvernement ottoman que des populations albanaises, secrètement encouragées par lui. Les Grandes Puissances ont dû intervenir par une démonstration maritime collective. La loyauté du général Dervisch-Pacha et son énergique attitude ont enfin permis de réaliser cette cession.
Les INIontcnégrins ont acquis le droit de libre navigation sur le lac de Scutari et sur son déversoir, la Bojana. Toutefois, il ne leur est pas permis d'avoir de flotte militaire. Les côtes sont interdites aux bâtiments de guerre de toutes les puissances ; TAutriche est chargée de la police sanitaire et douanière. Elle s'engage à accorder sa protection consulaire au pavillon marchand monténégrin. Ces mesures ont été évidemment prises dans le but d'empêcher la Russie de créer sur ces côtes une station militaire et un point d'appui pour ses flottes.
Le traité de Berlin avait amélioré d'une manière notable les conditions économiques du Monténégro en lui accordant accès sur la mer et quelques terres cultivables. Tout cela est changé depuis la guerre balkanique et changera encore après la guerre actuelle.
Le sillon de la Zêta, de Niksic à Podgoritza, partage la principauté en deux parties : au nord, la Brda; au sud, la Tzrnagora (ou Monténégro) proprement dite.
Le cours d'eau principal est la Moraca, dont la vallée supérieure prolonge celle de la Piva, atlluent de la Drina.
A Podgoritza, elle reçoit (r. d.) la Zêta. Cette dernière rivière prolonge le cours souterrain des ruisseaux qui se sont engouffrés près de Niksic et qui ouvrent : l'un, le défilé de Duga; l'autre, le sentier qui conduit à Trebinje. Sur un rocher presque inaccessible, qui domine la Zêta, est un monastère fortifié (Ostrog), où les Monténégrins ont des dépôts de poudre et des approvisionnements de guerre.
La Zêta est traversée à Danilograd par un beau pont de 200 mèti*es. La vallée inférieure est défendue par Spuz et Podgoritza.
Sur la rive gauche, la Moraca reçoit le Sem, qui traverse le territoire de la tribu albanaise des Maljsori. Entre la Moraca et le Sem sont les hauteurs et les plateaux des Kuci.
Sur la rive droite de la Moraca, près de son embouchure dans le lac de Scutari, est située la forteresse de Zabliac, ancienne résidence des princes du Monténégro.
Le lac de Scutari a environ 45 kilomètres de long sur une largeur moyenne de 10 à 12. Il est navigable à l'époque des hautes eaux. Les canonnières turques remontaient même son tributaire supérieur, la Rjeka, jusqu'à Rjeka, à trois heures de marche de Getinge.
La Bojana, qui est l'émissaire du lac, est navigable pour les petits bâtiments de haute mer. A Scutari même, aboutit un canal naturel de jonction avec la Drin albanaise. Une digue, récemment construite, empêche les eaux de la Drin de refluer dans le lac de Scutari et permettra, en évitant les crues du lac, de mettre en culture les terres avoisinantes.
Cetinge, la capitale du pays, n'est qu'un bourg de 1,200 habitants, situé dans une conque dominée à l'ouest par les sommets du Lovcen. Pendant l'été, on ne peut
s'y approvisionner d'eau que par un seul puits; aussi la ville ne pourrait-elle s'accroître et aucune concentration de troupes n'est-elle possible dans son enceinte.
Une route carrossable de récente construction, qui s'élève en lacets sur les montagnes de l'ouest, réunit la ville au port de Gattaro. La distance est de 41 kilomètres. C'est encore aujourd'hui la seule direction par laquelle les voitures peuvent pénétrer dans le pays.
La guerre dans la Tzrnagora ne peut être qu'une suite d'embuscades, d'audacieux coups de main, de terribles surprises ; si la retraite devient nécessaire, les montagnards disparaissent dans les rochers, et le vainqueur reste devant une solitude silencieuse aussi inquiétante pour lui que les clameurs du combat. L'expérience de cinq siècles a prouvé qne la Tzrnagora ne pouvait être domptée.
Telle qu'elle avait été constituée en principauté autonome par le traité de Berlin de 1878, la Bulgarie ne comprenait que le pays compris entre le Danube et les Balkans, mais on lui avait donné pour capitale Sofia sur le revers sud des montagnes : Sofia a été fondée par l'empereur Constantin qui projetait d'en faire le siège de l'empire, à moitié chemin à peu près de Belgrade à Constantinople, au nœud des routes de Salonique, d'Uchkub, de Nicli, de la vallée de l'Jsker qui conduit à Bucarest, c'est la position maîtresse de la péninsule balkanique, au point de vue stratégique et économique.
La Roumélie orientale, constituée en province autonome par ce même traité, était comprise entre les Balkans, les monts Rhodope, et une ligne conventionnelle passant au nord d'Andrinople.
Habitées par des populations de même race, ayant les mêmes intérêts, ne pouvant se suffire à ellesmêmes dans leurs limites trop étroites, il était à prévoir que la Bulgarie et la Roumélie orientale s'efforceraient de se réunir en une seule principauté, et, en effet, au mois d'octobre 1885, la Roumélie
déposa, du reste sans violence, son Gouverneur nommé par le Sultan et proclama son union avec la Bulgarie. La diplomatie européenne s'inquiéta, se demandant comment faire respecter les clauses du traité qu'elle avait imaginé; elle finit par proposer d'admettre l'union, à la condition que la Bulgarie continuerait à reconnaître la suzeraineté de la Turquie. La Sublime Porte, après avoir hésité quelque temps, crut prudent d'éviter un conflit.
En Russie, l'opinion publique accueillit avec sympathie la révolution rouméliote qui lui semblait une victoire du panslavisme et une réforme du traité de Berlin, dans le sens du traité de San Stefano. Aussi vit-on, avec étonncment, l'Empereur de Russie se montrer mécontent des velléités d'émancipation des Bulgares, qui semblaient ne pas tenir grand compte de sa tutelle. Il rappela les officiers russes qui servaient d'instructeurs à la nouvelle armée bulgare et en occupaient les grades supérieurs et, cela, au moment où la Serbie et la Grèce, jalouses de l'extension prise par la Bulgarie, réclamaient, comme compensation, des cessions de territoire.
Sous prétexte de violations de frontière, la Serbie déclara la guerre le 13 novembre 1885, et le lendemain une division serbe passait la frontière dans la direction de la grand'route de Nich à Sofia. Les Bulgares étaient pris à l'improviste, cependant le prince Alexandre de Bulgarie concentra ses forces disponibles dans la plaine de Slivnitza à 20 kilomètres de Sofia, tandis qu'une avant-garde s'efforçait de retarder la marche de l'ennemi en défendant le pont de Tsaribrod et le défilé de Dragoman long de 14 kilomètres qui précède la plaine. On gagna ainsi
deux jours. Le 16 novembre, les Serbes débouchèrent. Les forces bulgares (18.000 hommes environ) équilibraient à peu près les leurs. Bien que dépourvus d'officiers par suite du départ des officiers russes, les bataillons bulgares commandés par de simples capitaines, voire même par des sergents, manœuvrèrent avec ordre. Ils attaquèrent et emportèrent d'un magnifique élan les positions ennemies; puis, ils poussèrent l'adversaire. Le 26, ils étaient devant Pirot qu'ils prirent le lendemain. Ils marchaient sur Nicli lorsque se présenta au quartier général du Prince Alexandre, le baron de KhevenhuUer envoyé de l'Empereur d'Autriche, qui lui imposa d'arrêter la marche de ses troupes victorieuses et d'accepter un armistice. La Serbie fut sauvée.
Cette brillante campagne de la jeune armée bulgare avait duré 14 jours. L'énergie de la nation ne pouvait mieux s'affirmer que par une guerre ainsi vigoureusement menée, mais ces succès inespérés exaltèrent démesurément son ambition et lui firent concevoir des espérances trop hâtives. Dès ce moment s'accentuèrent les prétentions de la Bulgarie à établir son hégémonie sur la Péninsule des Balkans, en secouant même la protection de la Russie si cette protection prenait le caractère d'une tutelle gênante.
Le sol de la Bulgarie est riche, sa principale production est le maïs. Son climat est doux. Elle possède de grandes plaines cultivables, des montagnes boisées, des ressources en fer et en charbon, peu de bonnes routes malheureusement. Sa population est laborieuse, d'un caractère froid, patient; cette race
est douée « d'un imperturbable bon sens ^ ». Ces qualités semblent de nature à favoriser le développement d'une société libre et prospère, lorsque, l'oppression turque ayant disparu, les conflits de rivalité avec les états voisins se seront apaisés. Comparant le Bulgare au Serbe, on accorde à celui-ci un esprit plus littéraire, plus aHiné, plus chevaleresque, à celui-là une nature plus concentrée, plus persévérante.
La race bulgare s'est répandue dans toute la Thrace et dans la Macédoine; elle y est mélangée avec les Serbes, avec les Grecs surtout, de telle façon qu'il est presque impossible de tracer entre eux une limite ethnique, qui puisse servir de base à un partage politique.
Pour répartir aussi équitablement que possible les domaines à revenir à l'une et à l'autre race, il faudrait se contenter d'avoir égard à la majorité relative des habitants de telle ou telle race dans chaque canton, et les minorités se trouveront toujours sacrifiées.
C'est là évidemment une difficulté grave qui subsistera jusqu'à ce qu'un tassement s'établisse peu à peu, en éliminant la population la plus faible, mais les Grecs, qui ne sont toujours pas les plus nombreux, ont l'avantage que donne l'habileté en affaires et la souplesse du commerçant; de plus, ils occupent déjà la plus grande partie du littoral.
La lutte des nationalités s'établit sur le terrain religieux, c'est-à-dire au sujet des églises et des écoles, entre le clergé bulgare et le clergé grec, le premier représenté par l'exarchat bulgare, le second