Queillc, en Bulgarie
par le patriarchat grec de Constantinople; celui-ci était soutenu, la plupart du temps, par les autorités turques.
Cependant l'oppression musulmane avait été aussi dure pour les uns que pour les autres. « Il faut avoir vu le sombre désespoir des paysans bulgares et l'insolence des hordes albanaises pour se faire une idée de ce que les populations chrétiennes ont dû souffrir... L'Europe ne sait pas qu'il existe à ses portes, et l'on peut dire dans son sein, plus de sept millions d'hommes, chrétiens comme nous, qui sont traités de chiens en leur quahté de chrétiens, par un gouvernement auprès duquel toutes les Puissances ont des ambassadeurs accrédités... Elle ne sait pas que la plainte est plus dangereuse que la résistance, et que les plus simples garanties accordées aux derniers des hommes dans les pays les plus arriérés, seraient des faveurs pour les habitants de la Bulgarie. »
Les chrétiens, ou rayas, étaient maintenus dans une odieuse servitude parles Begs musulmans, Turcs, Albanais ou Bulgares.
Le sort des rayas, disaient les rapports des voyageurs européens, était affreux. Il n'y avait nulle part ni ordre, ni sécurité. Les femmes étaient impunément outragées. En dehors des portes des villes, la vie était toujours en danger; on courait le risque d'être assassiné à deux cents pas des gares; les marchands étaient pillés ou égorgés, et, souvent, avec la complicité de leur escorte, l'autorité turque restant impuissante ou indifférente en présence de ces violences.
On ne peut se faire une idée, disent ces rapports, des discordes qui déchirent ce malheureux pays.
On avait espéré y rétablir un peu d'ordre, grâce à
la formation de corps de gendarmerie, fortement constitués sous le commandement d'officiers européens. Les résultats obtenus ont été médiocres. Dételles organisations ne peuvent être que des palliatifs momentanés, inefficaces pour apporter un remède durable à une maladie constitutionnelle qui se manifeste par les violences de toutes sortes, les meurtres, les assassinats, les pillages des bandes de comitadgisy troupes de brigands toujours faciles à recruter dans un pays où aucune règle morale n'est respectée, où l'individu n'obéit qu'à la force et ne suit que ses sauvages instincts. En temps de guerre, ces comitadgis sont les avant-gardes lancées en enfants perdus et que l'on désavoue si les coups de main ne réussissent pas.
Description g^éog^raphîqiie.
Le Danube qui forme la frontière nord de la Bulgarie, est une ligne de défense puissante, si sa surveillance est mieux assurée que ne l'ont fait les armées turques dans plusieurs des guerres contre la Russie. Cette ligne était renforcée par une région fortifiée qu'on appelait le quadrilatère bulgare, formé parles quatre places fortes de Roustchouk; et Silistrie sur le Danube, Varna sur la mer, Ghoumla étant le réduit. Dans l'intérieur de cette immense place d'armes, une armée occuperait une position inexpugnable, soit que l'attaque se prononçât par la Dobroudja, soit qu'elle ait réussi à forcer le Danube plus en amont.
Au traité de Bucarest de 1913, la Roumanie ayant exigé la cession de Silistrie, le quadrilatère a perdu une grande partie de sa valeur stratégique ; il n'en garde pas moins une importance capitale; une armée d'invasion, à moins d'une supériorité numérique considérable, ne saurait le négliger, ni le masquer, pour s'engager sur la route de Sofia, comme le fit l'armée russe en 1878.
En arrière du Danube, les Balkans formaient le principal rempart de protection de la Turquie; la résistance des armées ottomanes sur la ligne des crêtes en 1877, en montre la valeur. Les enseignements de cette campagne sont à retenir pour les Bulgares dans le cas où ils auraient à défendre leur sol pied à pied et à résister à une oiïensive venant du nord.
Au sud des Balkans, s'étendent les terres de la Thrace ou de la Macédoine, comprises en majeure partie dans la Bulgarie, mais les limites politiques en étant encore incertaines, il convient, au point de vue géographique, d'étudier l'ensemble du pays qui s'étend du Danube à la mer; une petite partie, restée encore sous la domination directe du Sultan, est l'ol^jet des convoitises nullement dissimulées de la Bulgarie, qui, d'ailleurs, prétend également s'étendre le plus loin possible à l'ouest, aux dépens des Serbes et des Grecs.
Les Balkans qui forment l'ossature principale de ces pays, sont orientés de l'ouest à l'est; ils sont précédés d'avant-chaînes qui, au nord, s'abaissent en terrasses étagées au-dessus du Danube et qui, tombant plus brusquement au sud, ferment le bassin de la Maritza.
Les Turcs ont donné à la partie centrale le nom de Ghodja Balkan, et les Slaves, celui de Stara Planina.
Les différentes parties de la chaîne sont usuellement distinguées par le nom d'une des principales villes voisines.
L'extrémité orientale de la chaîne est désignée par les Turcs, sous le nom d'Eminé dagh (la montagne qui protège) ; elle se termine dans la mer Noire par le cap Eminé.
Les Balkans sont des montagnes d'une assez faible hauteur (800 à 1,000°^), mais elles sont souvent escarpées, toujours sauvages, et couvertes de forêts et de brousailles tellement impénétrables, qu'il est absolument impossible de passer ailleurs que par les routes, peu nombreuses du reste.
Sur son versant méridional, la crête principale est bordée d'une avant-chaîne, qui porte le nom de Sredna-Gora, et Tcherna ou Tzrna-Gora. La vallée longitudinale, au nord de cette avant-chaîne, est très fertile et d'un climat très doux. A Kazanlik, les roses sont cultivées en sillon.
On trouve du charbon sur le versant nord aux environs de Travna, jusqu'à Gabrovo et Eléna; sur le versant sud aux environs de Slivno et de Kazanlik. Il y a aussi d'excellents minerais de fer et des forges à Samakov, mais, jusqu'à présent, les prix élevés des transports n'en permettent pas une exploitation fructueuse.
Les eaux du versant nord s'écoulent vers le Danube. Les principales rivières dans lesquelles elles se réunissent sont :
Le Timok, qui forme la frontière serbe.
Le Lom, qui finit dans le Danube à Lom-Palanka.
L'Isker, qui sort du plateau de Mœsie, entre le mont Vitoucha et le Rilo, traverse le bassin de Sofia' et perce les Balkans par une brèche qui a servi à l'établissement d'une bonne route de Sofia sur Vratza .
Le Vid descend du versant nord des Balkans, passe à peu de distance de Plevna (Pleven) (r. d.).
L'Osem passe à Lovtza. Ces deux rivières finissent à peu de distance l'une de l'autre, en amont de Nikopoli.
La Jantra passe à Tirnova, ancienne capitale des empereurs de Bulgarie, et désignée d'abord pour être le chef lieu de la nouvelle principauté ; elle a encore de vieilles fortifications. La Jantra finit en aval de Sistov. Elle ouvre à travers les Balkans des routes fort importantes; les principales sont la route de Ghipka, qui conduit de
1. On remarque aux environs de Sofia un grand nombre de tumuli, que l'on trouve par milliers dans tout le bassin supérieur de la Maritza et sur les deux versants des Balkans, semblables à ceux qui, semés des rives de la Volga à l'île de Riigen, sont connus sous le nom ^'Hûnnengrâher. Les Bulgares les appellent aussi Hunka (sépulture des Huns), mais on n'a pas encore d'opinion certaine sur leur date et leur origine.
Gabrova sur la Jantra, à Kazanlik sur la Toundja, et la route d'EIena à Tvarditza, qui remonte un afduent de droite, le Slatar.
Le pays, traversé par ces différents cours d'eau, constitue un plateau qui s'étend de l'est à l'ouest, sur une longueur de 75 kilomètres, et auquel on donne le nom caractéristique de Terrasse du Danube. Les rivières y creusent des lits profonds et sinueux. Les hautes et les moyennes vallées sont riches; mais, près du Danube, le pays est pauvre, couvert d'une rare végétation et d'arbustes rabougris. La température est sensiblement plus basse qu'en Roumanie; elle descend en hiver jusqu'à 18 degrés audessous de zéro. Les pluies du printemps et de l'automne, les neiges en hiver rendent souvent la circulation difficile.
A l'est de la Jantra, commence l'épanouissement du Balkan oriental; les cours d'eau en descendent dans trois directions : au nord, vers le Danube; à l'est, vers la mer; au sud, vers le bassin de la Maritza.
Le Lom, qui finit près de Roustchouk, est formé de deux bras, le Kara Lom et l'Ak Lom; ce dernier, qui passe à Rasgrad, est en partie suivi par le chemin de fer de Varna.
Le Devno et le Kamtschik se rendent directement à la mer et forment, en avant des montagnes, des lignes de défense qui ont été utilisées par les Turcs dans les campagnes de 1828 et de 1829.
Le Devno passe à Provadia et finit près de Varna; près des sources d'un des bras du Kamtschik est l'importante forteresse de Choumla.
Les routes principales qui traversent les Balkans sont : De Lom-Palanka à Sofia par le col de Ginci, c'est la
principale communication entre Sofia et le Danube. De Vratza, soit par la vallée de l'isker, soit par Orhanié
et le col de Boba-Konak (863"^), à Sofia; de là par
Ichtiman et par les Portes de Trajan, on atteint la vallée
de la Maritza;
120 LES PAYS lîALKANrgUES.
De Vratza à Philippopoli par Etropol et Zlatica;
De Trojani (Osem) à Philippopoli par les cols de Trajan et de Piosalita ;
De Tirnova à Kazanlik (belle chaussée) par le col de Ghipka;
De Tirnova par Elena à Tvarditza;
De Ghoumla à Andrinople par le col de Demir-Kapu (Portes de fer);
De Ghoumla à Andrinople par le col de Dobrol et Karnabad ;
De Varna à Andrinople par le col de Nadir-Derbend et Aidos;
Enfin, un chemin le long de la cote, entre Varna et Burgas, a été suivi par les liusses en 1829.
Outre ces routes ordinairement fréquentées, il existe plusieurs autres passages qui peuvent acquérir une grande importance aupoint de vue des opérations militaires; ainsi, les affluents supérieurs de la Jantra ouvrent un faisceau de chemins et de sentiers qui divergent de Tirnova et vont aboutir à différents points de la vallée de la Toundja. entre Kazanlik et Slivno. C'est par un de ces chemins qui débouche à Tvarditza et dont l'existence était à peine connue dans le pays, qu'en 1877, l'avant-garde russe, commandée par le général Gourko, franchit les Balkans et poussa dans la vallée de la Maritza une pointe avantureuse, devenue célèbre comme raid ofiensif.
Ges routes sont reliées des deux côtés de la chaîne par deux routes parallèles : au nord, la route de Varna, Ghoulma, Tirnova, Lovatz; au sud, la route de Burgas, Aïdos, Karnabad, Slivno, Kazanlik.
Deux routes principales conduisent d'Andrinople à Gonstantinople, l'une par Kirk-Kilissia, l'autre par Burgas et Silivri; celle-ci est la meilleure et la plus directe.
Le massif du Despoto dagh auquel on donne aussi le nom de monts Rhodope qui doit s'appliquer plus particulièrement à l'extrémité sud-orientale d'une des arêtes,
est formé de montagnes confuses, en partie boisées, sans routes, infestées de bandits. Elles enveloppent les vallées de la Mesta, de la Strouma et du Vardar. Leur point culminant est dans le Perim dagh (2,630"^). Elles se rattachent au système des Balkans par les groupes du mont Rilo (2,748"i) et du mont Vitoucha (2,300^°).
Entre les Balkans et le Despoto dagh s'ouvre le magnifique bassin de la Maritza, au climat doux et aux terres fertiles. C'est la plus belle partie de la Péninsule balkanique.
La vallée même de la Maritza a une grande importance économique et militaire; c'est elle qui ouvre la grande voie de communication entre Constantinople et Belgrade, c'est-à-dire entre lO'rient et le centre de l'Europe. Elle est remontée par un chemin de fer.
La Maritza, qui se jette dans la mer Egée près d'Enos, descend du mont Vitoucha, arrose Tatar-Bazardjik, traverse un étroit défilé, portant le nom ordinaire de Portes de fer; elle passe ensuite à Philippopoli, ancien chef-lieu de la province de Roumélie orientale, centre d'un grand commerce, qui est aux mains de Grecs, d'Israélites, d'Arméniens, et d'un petit nombre de Bulgares. Elle coule ensuite dans une belle vallée pittoresque et généralement bien cultivée jusqu'à Andrinople, la seconde ville de l'empire ottoman située au point de rencontre des principales routes, près du conduent de la Toundja (r. g.) et de l'Arda (r. d.) ; Andrinople est une place forte et un centre important d'échange. Pendant la dernière guerre balkanique, les Turcs y firent une remarquable résistance contre les attaques des armées bulgares et serbes.
Plus en amont, la Maritza reçoit (r. g.) le Saslu, dont la vallée est suivie par le chemin de fer d'Andrinople à Jamboli. Dans son bassin, se trouve la petite ville d'Eski- Zara, au centre d'un des pays les plus productifs de la péninsule, qui fournit, en abondance, des céréales, du vin, des fruits, de la soie, de la laine.
La Toundja coule d'abord dans la belle vallée longi-
tudinale, où se trouvent les petites villes de Kazanlik et de Slivno ; elle tourne ensuite brusquement au sud, passe à Jamboli et finit à Andrinople.
L'Arda, qui vient des monts Rhodope, coule de l'ouest à l'est.
La Maritza coule ensuite directement vers la mer Egée, en passant par Demotika, Feridjik, où elle est navigable. Elle reçoit (r. g.) l'Ergene, dont la vallée supérieure est suivie par le chemin de fer d' Andrinople à Constantinople.
En arrivant à la mer, la Maritza forme un petit delta ; à l'embouchure d'un de ses bras est le port d'Énos. La tête du chemin de fer de sa vallée est plus à l'ouest, au port de Dedeagatch.
Côtes.
Au sud du delta du Danube, se dessine, du nord au sud, la côte de la Dobroudja. Les points principaux sont Constantza petite ville de plaisance, tête du chemin de fer de Bucarest pour Tchernavoda.
Varna, qui était le port principal de la Turquie sur la mer Noire, fut, dans toutes les guerres, un des premiers objectifs de l'offensive russe et la base de ses opérations dans la Péninsule. En 1854, l'armée francoanglaise y fut concentrée avant d'être transportée en Grimée.
En suivant les côtes vers le sud :
Misivri, petit port au sud du cap Eminé ;
Burgas, ville fortifiée, et port sur le golfe du même nom^ point de départ de la route de Varna par lé col de Nadir Derbend, et d'une autre route sur Andrinople par Karabounar et Omar Faki;
Midia, point de départ d'une assez bonne route sur Andrinople par Kirk Kilissia;
Le fort de Kilia, destiné à protéger les ouvrages du Bosphore contre un débarquement qui les prendrait à revers.
A peu de distance plus à l'est, on double la pointe de Roumili Fener ou Fanaraki (le fanal d'Europe) et l'on arrive à l'entrée du Bosphore.
Bosphore. — Le Bosphore est un canal long de 30 kilomètres environ par lequel se déversent les eaux du bassin de la mer Noire, qui sont à un niveau sensiblement plus élevé que celles de la Méditerranée et à une température différente. Aussi est-il parcouru par un courant fort rapide du nord au sud, qui suit la côte d'Europe, tandis qu'un contre-courant beaucoup plus faible remonte la côte d'Asie.
La largeur varie depuis 600 jusqu'à 3,200 mètres; partout, la profondeur est considérable.
Le canal forme une suite de bassins, sépares par des étranglements, sur lesquels sont établis une série de forts et de batteries, armés d'une formidable artillerie.
A l'entrée, du côté de la mer Noire, les forts de Kilia, sur la rive d'Europe, et de Riva, sur la rive d'Asie, protègent les ouvrages du Bosphore contre un débarquement qui les prendrait à revers.
Puis, on passe successivement devant : les batteries de Karibtché (rive d'Europe), qui croisent leurs feux avec celles de Poiraz (rive d'Asie) ;
Roumili Kavak et Teli Tabia (rive d'Europe), qui croisent leurs feux avec Anadouli Kavak et Joucha (rive d'Asie), C'est là que se trouve la barrière principale du Bosphore. Les Génois, au xiv^ siècle, y avaient construit deux forts, entre lesquels ils tendaient une chaîne. La possession leur en fut vivement disputée par les Vénitiens et par les Byzantins.
En suivant la rive d'Europe, on trouve le charmant village de Bouyouk-Déré et Thérapia, où sont les résidences d'été des ambassadeurs étrangers. Les hauteurs
qui les dominent, sont couvertes par la belle forêt de Belgrade, où se trouvent les bassins qui alimentent d'eau douce les quartiers de Péra et de Galata. En occupant ces hauteurs, l'ennemi priverait d'eau la moitié de Constantinople.
Il y a encore des batteries près de Thérapia et plus loin, à Yeni-Keui (rive d'Europe); enfin, une vieille citadelle très forte à Roumili Hissar (rive d'Europe) en face des anciennes fortifications de Anadouli Hissar (rive d'Asie), qui sont en ruines.
Quelle que soit la force réelle de ces défenses successives, bien entretenues et puissamment armées, on a émis l'opinion qu'elles seraient impuissantes pour interdire le passage à une flotte cuirassée, si des torpilles n'entravaient pas la navigation et si une flotte n'était pas prête à en disputer la possession.
La beauté pittoresque des rives du Bosphore, bordées de palais et de villages de plaisance, le charme merveilleux de la lumière qui en baigne les contours, ont été maintes fois vantés par les voyageurs; toutes les descriptions restent pourtant au-dessous de l'impression que Ton ressent devant ce panorama, sans doute unique au monde.
Sur ses rives, deux mondes dilïérents, deux civilisations, deux religions sont entrés en contact et, tantôt violente, tantôt sourde, la lutte continue toujours entre ces deux sociétés, l'une européenne, l'autre asiatique, si diflérentes l'une de l'autre que, juxtaposées depuis l'origine de l'histoire, elles ne sont jamais parvenues à se fondre ensemble.
Constantinople se trouve à l'extrémité méridionale du Bosphore, sur les deux bords d'une baie allongée, bien célèbre sous son nom de Corne d'or.
La ville se partage en plusieurs quartiers distincts, quoique contigus :
Sur la rive gauche de la Corne d'or, Galata est le quar-
lier marchand, habité par les Francs, et où se trouvent les comptoirs des grandes maisons de commerce.
Pera, sur la hauteur, est le quartier européen, presqu'une ville française, où se trouvent les ambassades et qui diffère des autres quartiers par une propreté relative.
Sur la rive droite : Stamboul, la vieille ville de Constantin, est aujourd'hui le quartier musulman proprement dit, avec les grandes mosquées et le palais du Sérail.
Phanar, le quartier grec, résidence du patriarche, et Balata, le quartier juif, le plus pauvre et le plus sale d'une ville dont la malpropreté et les détails misérables forment un surprenant contraste avec le panorama superbe qu'elle présente et les richesses qu'elle renferme.
Trois ponts font communiquer les rives de la Corne d'or; à son extrémité se trouvent l'arsenal et les grands établissements de la marine de guerre.
Le sultan habite ordinairement le palais d'Yldiz-Kiosk en dehors de la ville.
En face, sur la rive opposée du Bosphore, Scutari est, pour ainsi dire, le faubourg asiatique de Constantinople.
Stamboul a la forme d'un triangle, dont le coté sud-est formé par la mer, le côté nord-ouest par l'enceinte, et le côté nord-est par la Corne d'or.
Le côté qui fait face au Bosphore, est défendu par le Sérail près de la Corne d'or, et, à l'autre extrémité, parle château des Sept-Tours.
Le front de terre est défendu par une vieille muraille, avec des tours et des fossés en ruines ; mais la meilleure ligne de défense est à 30 kilomètres en avant, formée par une suite de hauteurs entre Bouyouk-Tchekmédje sur la mer de Marmara et Derkas sur la mer Noire; les empereurs grecs y avaient élevé des retranchements, et la force naturelle de cette position leur permit de résister longtemps aux attaques des Turcs. En 1453, l'empereur Constantin y soutint un siège de 54 jours, avec 10,000 hommes, contre l'armée du sultan Mahomet II, forte de 250,000 hommes.
L'importance de Gonstantinople est une conséquence de sa situation géographique sur les lignes de jonction entre l'Europe et l'Asie. Là viennent se croiser les grandes routes du commerce européen et du commerce asiatique :
de Vienne par Belgrade et Sofia;
de Kiev ou de Moscou par Bucarest;
de la Caspienne et du Caucase, par Titlis et Erzeroum;
du golfe Persique et de l'Euphrate;
et les routes maritimes des ports de la Russie méridionale vers l'Europe et vers Suez.
Sur la côte européenne de la mer de Marmara sont les ports de Silivri et de Rodosto. Ce dernier fait un grand commerce d'exportation de laines. A l'entrée du Bosphore est le mouillage des îles des Princes.
Dardanelles et mer de Marmara. — Le détroit des Dardanelles, par lequel la mer de Marmara communique avec la mer Egée, a 67 kilomètres de long sur une largeur qui varie de 1,260 à 7,590 mètres.
L'entrée des Dardanelles, du côté de la mer Egée, est marquée par la grande île d'Imbros à gauche, et par Tenedos à droite. En face de Tenedos se trouvent les célèbres rivages de la Troade.
Au nord de l'île, sur la côte d'Asie, est la baie de Besika, où se réunirent, en 1853, les Hottes combinées de la France et de l'Angleterre avant de franchir les Dardanelles. Pendant la guerre de 1877-1878, la flotte anglaise y stationna jusqu'au moment où la marche des Russes sur Constantinople l'amena à franchir le détroit et à prendre, dans la mer de Marmara, le mouillage des îles des Princes.
L'entrée même du détroit est marquée par le château de Koum-Kalessi (rive asiat.) et celui de Setil ou Suddul-Bahar-Kalessi (digue de la mer) (rive europ.),à l'extrémité de la Chersonèse. La distance est de 4,300 mètres, les batteries croisent donc facilement leurs feux.
La rivière des Dardanelles et les châteaux qui ont
donné leur nom au détroit, sont sur la rivière asiatique, à un étranglement où le courant constant est très rapide, de la mer de Marmara vers la Méditerranée. Ce passage est battu et enfilé pendant une lieue par des batteries armées de grosses pièces. Il fut mal défendu et forcé, en 1807, par une flotte anglaise; quelques jours après, au retour, le général Sebastiani, ambassadeur de France, ayant pu envoyer quelques officiers français qui ranimèrent le courage des Turcs, les Anglais perdirent plus de 200 hommes; tous leurs vaisseaux, percés par les gros projectiles de pierre que lançaient les batteries, subirent de graves avaries. Une flotte, même cuirassée, aurait, de nos jours, la plus grande difficulté à renouveler cette audacieuse entreprise.
La pointe de Nagara (rive asiat.) marque l'extrémité de ce dangereux passage, qui n'a, en cet endroit, que 1960 mètres environ de large. C'est le promontoire d'Abydos des anciens, à peu près en face la baie de Sestos, ot Xerxès fit jeter un pont; c'est là que les Ottomans passèrent pour la première fois sur la rive européenne.
Gallîpoli (riv. europ.) est à la sortie du détroit. C'est une importante ville de commerce. Les Ottomans s'en emparèrent en 1357, un siècle avant la prise de Constantinople.
La presqu'île de Chersonnèse est rattachée au continent par ris;hme de Boulaïr, dont les ouvrages seraient inexpugnables s'ils n'étaient sous le feu des navires embossés soit dans le détroit des Dardanelles, soit dans le golfe de Saros.
La côte de la mer Egée est découpée par un grand nombre de golfes et de baies, qui favorisent une navigation côtière très active et un commerce de cabotage, presque entièrement entre les mains des Grecs. Les ports principaux sont : Enos, à l'embouchure de la Maritza, Dedeagatch tête du chemin de fer d'Andrinople.
A l'ouest de la baie de Bourou, l'île de Thasos a quelque importance. Elle avait été donnée comme apanage à la famille khécïviale d'Egypte.
La péninsule chalcidique, resserrée entre les golfes de Rendina ou d'Orphani, à Test, et de Salonique, à l'ouest S se termine par trois longues presqu'îles : Kassandra, Longos, Hagion Oro. Celle-ci est la plus connue sous la désignation de presqu'île du mont Athos,du nom d'un immense cône calcaire de 1,930 mètres qui la termine. Reliée au continent par une très étroite langue de terre, elle formait une sorte de république théocratique, ayant, sous l'autorité de la Sublime Porte, des privilèges spéciaux. Elle renferme une vingtaine de couvents de moines grecs et de nombreux ermitages, où vivent environ 6,000 religieux. Chaque couvent s'administre séparément; un synode traite les affaires communes. Des milliers de pèlerins y afîluent de tous les points de l'Orient. Aucune femme, et même aucun animal femelle, ne peut pénétrer sur leur territoire.
Quelques couvents sont habités par des moines russes.
Cours d'eau.
Les trois principales rivières de la Macédoine sont la Mesta, la Strouma et le Vardar.
La vallée de la Mesta, l'ancien Nestos, est peu importante ; elle n'aboutit à aucun port, et de hautes montagnes rétrécissent. L'épaisse chaîne du Perim la sépare de celle de la Strouma.
Par la vallée de la Strouma (ancien Stiymon), on remonte jusqu'au plateau de Mœsie, dont elle reçoit les torrents. Elle ouvre ainsi les communications entre Dupnica, Kostendil d'une part, Sofia et Samakov de l'autre.
1. A répoquG ancienne, l'isthme était percé psi' un canal qui avait été ouvert par Xcrxès et qui donnait passade aux galères.
La rivière se jette dans le golfe d'Orfani près du port du même nom. Elle est ensablée.
Près de son embouchure, elle est serrée (r. g.) par le Bunardagh (1,870 mètres) (ancien Pangée), dont les mines étaient autrefois célèbres, et (r. d.) par l'extrémité de la longue chaîne qui sépare les bassins de la Strouma et du Vardar.
Cet étranglement, qui arrête les eaux de la Strouma, les étale dans un lac d'environ 2^ kilomètres de long, le lac Tachyno (ancien Gereine).
La vallée du Vardar (ancien Axius) est la plus importante de la Macédoine. Très fertile et bien cultivée, elle produit une grande quantité de céréales qui alimentent le commerce d'exportation de Saloniquc. Elle est suivie par un chemin de fer qui est appelé à devenir une des principales voies d'échange entre l'Europe et l'Orient.
Les premières eaux du Vardar descendent à gauche du Kara dagh, à droite du Tchar dagh, dont les contreforts, en se réunissant, forment le défilé de Katchanik, que la route traverse en tunnel, Plus au nord, entre ces deux massifs, s'étale le superbe plateau de Kossovo (altitude de 600 mètres), qui sépare les eaux de l'Ibar de celles du Vardar, et où se livra la grande bataille qui anéantit l'indépendance des Serbes. C'est Là que se trouve aussi la limite ethnique entre les Slaves et les Albanais. La transition du climat n'est pas moins tranchée que celle des races : d'un côté, les collines boisées et sauvages de la Serbie, de l'autre une terre plus fertile, mieux chauffée, les beaux champs de céréales, et les vignes.
La première ville notable de la vallée du Vardar est Uchkub (l'ancienne Scopia), c'était la capitale de l'ancienne Dardanie et de l'empire serbe de Douchan. Elle est au nœud des communications les plus importantes de l'Albanie.
Ipek, situé près des sources de la Drin blanche. C'était autrefois la résidence du patriarche serbe; dans les environs se trouve un ancien monastère, qui est le
sanctuaire le plus vénéré de toute la Srbska (pays serbe) . C'est aujourd'hui un repaire de bandits.
Il en est de même de Diakova.
Prizrend, ancien chef-lieu du vilayet turc, situé sur la Maritza, petit affluent de la Drin, ancienne capitale des Serbes, au pied du Tchar dagh, a environ 40.000 habitants, dont les deux tiers sont musulmans. C'est le centre principal de la Ligue albanaise; ses environs sont peuplés d'anciens monastères.
En descendant le Vardar, Kyoprùlu a 8,000 habitants, presque tous Bulgares, centre de routes importantes;
Bitolia (Monastir), grande ville moderne de 45,000 habitants, était la résidence d'un muchir ;
Vodéna (l'ancienne Edesse) ;
Les bouches du Vardar forment un delta changeant. C'est au fond du golfe et plus à l'est que se trouve Salonique, l'ancienne Thessalonique, regardée autrefois comme la capitale orientale du christianisme. C'est encore une ville de 70,000 habitants, l'entrepôt principal du commerce de la Macédoine, et l'une des échelles les plus importantes du Levante Nombreux israélites.
1. La Via Egnatia, qui, à l'époque romaine, conduisait de Rome à Constanlinople, passait à Salonique. La route postale actuelle en suit à peu près l'ancien tracé.
En partant de Gonstantinople, elle passe par Bouyouk- Tchekmedje, Sîlivri, Rodosto. Elle s'éloigne alors de la cote, traverse un pays montagneux et sauvage par les villages de Malgara et Keschan, conduit à Enos et passe la Maritza à Feridjik. Elle continue par Yenidjé. Ce dernier village est à l'entrée de la grande plaine marécageuse de la Mesta. Après avoir franchi cette rivière, on atteint le port de Kavala, une des échelles les plus fréquentées de la côte.
Plus loin, se trouvent le port et le village d'Orfani; on traverse la Strouma à son embouchure.
Stravos est à l'entrée de la presqu'île de Ghalcédoine.
La route s'engage ensuite dans la belle vallée d'Aréthuse, et longe les rives pittoresques du lac Bechik, qui ferme, en quelque sorte, la presqu'île jusqu'aux collines au pied des-
L'ancienne Thrace, comprise entre les Balkans, les monts Rhodope, les côtes de la mer Egée, de la mer de Marmara et de la mer Noire , correspond à Fancienne principauté de Roumélie orientale et au vilayet d'Andrinople.
La Macédoine, comprise entre les monts Rhodope, le plateau de Mœsie, la chaîne des monts Grammes, correspond à peu près aux anciens vilayets de Salonique, de Monastir, et à une partie de celui de Kossovo.
L'ensemble de ce pays a été désigné par les Turcs sous le nom général et assez vague de Roumélie, qui n'a aucune signification géographique précise et veut dire seulement le pays des Romains, c'est-à-dire des chrétiens. Il devait être compris dans les limites de la Grande Bulgarie, telles que la Russie les avait déterminées au traité de San Stefano. La principauté de Roumélie orientale en est une partie.
La population est en grande majorité chrétienne, de race bulgare ou grecque, sans qu'il soit encore possible de déterminer avec une approximation suffisante la proportion des uns et des autres. D'une manière générale cependant, on peut dire que les Grecs occupent en grand nombre ]a partie occidentale du vilayet de Salonique, et qu'ils forment sur les côtes et dans les villes de l'intérieur des groupes importants. Ils représentent la partie la plus éclairée et la plus riche
quelles s'ouvre le port de Salonique; elle se prolonge ensuite par Monastir, Okhrida, Elbassan sur Durazzo.
Toute celle roule est intéressante par les souvenirs de l'anliquité qu'elle rappelle. A 13 kilomètres de Kavala se trouvent les ruines de la ville de Philippes et le célèbre champ de bataille où, en l'an 42 avant J.-C, les armées républicaines de Brutus et de Cassius furent défaites par Octave et Antoine.
de la population, et c'est le principal argument qu'ils font valoir pour appuyer leurs revendications.
Les Bulgares chrétiens et les musulmans, appelés pomaks^ forment le fond de la population agricole.
Arrosée par trois belles rivières, le Vardar, la Strouma et la Mesta, la Macédoine a des plaines fertiles, de riches pâturages de montagnes, un climat doux qui permet les cultures de la zone tempérée et de la zone méditerranéenne, un rivage doté de ports excellents, une population sobre et laborieuse. Sous une administration régulière, elle développerait rapidement ses sources de richesse.
La Thrace qui comprend les belles vallées de la Maritza inférieure et de son affluent TErgene, est une des plus belles parties de l'ancienne Turquie d'Europe et celle où la population de race turque est le plus dense. Appuyée sur trois mers, bien protégée contre les vents du nord et du nord-est, largement ouverte aux influences du beau climat méditerranéen, elle deviendrait en d'autres mains que celles des Turcs^ dont l'action a été stérilisante, une des plus belles régions de l'Europe entière ^
Andrinople, bien qu'en pays bulgare, a une population presque entièrement grecque et ottomane ; elle est dans une plaine d'une admirable fertilité.
1. « Les Turcs d'Europe ne produisent pas. Ce n'est qu'une population parasite, qui vit exclusivement du pillage des chrétiens. Rendez le pillage impossible ou au moins difficile, les Turcs émigreront et iront mourir ailleurs. » Saint-Marc Girardin {Revue des Deux-Mondes).
GUERRES TURCO-RUSSES DU Xir SIÈCLE
Guerre de 1828-1820.
Les conflits résultant des mouvements de l'insurrection grecque, les violences qui en résultèrent, fournirent à la Russie en 1828, une occasion d'intervenir par les armes dans la Péninsule balkanique.
Les Turcs venaient de perdre leur Hotte à Navarin et de soutenir de longues luttes ; cependant ils purent encore opposer 180.000 hommes à l'attaque des Russes. Ceux-ci passèrent le Danube près du delta; leur intention était de se rendre maîtres, tout d'abord, du quadrilatère bulgare Silistrie, Roustchouk, Choumla et Varna qui est le principal boulevard de la défense sur la rive droite. Ils réussirent à occuper Varna, mais ils avaient été tellement affaiblis par les maladies qu'ils ne poursuivirent pas la campagne ; ils se retirèrent sur la rive gauche pour prendre leurs quartiers d'hiver. Les hostilités recommencèrent au printemps, Silistrie capitula après un siège de 44 jours. Ils ne purent prendre Choumla, mais, par une audacieuse offensive, le général Diebitsch réussit à passer les Balkans et à marcher sur Andrinople qui se ren-
dit. Les détachements russes d'avant-garde atteignirent la côte de la mer Egée et menacèrent Constantinople.
Les Turcs demandèrent la paix. Parle Traité d'Andrinople 1829, ils renoncèrent à toute occupation militaire de la rive gauche du Danube ; ils reconnurent rindépendance de la Grèce et Tautonomie de la Serbie. Ce résultat avait demandé aux Russes deux années de laborieuses campagnes et une perte de 60.000 hommes.
La guerre contre la Russie était à peine terminée, que la Turquie se trouva aux prises avec une révolte du pacha d'Egypte, Mehemet-Ali, qui, après avoir prêté à sa puissante suzeraine, le concours de ses troupes dans la guerre contre la Grèce, rêvait de se rendre indépendant.
Son fils, Ibrahim-Pacha, battit les armées turques en Asie, à Homs, puis à Konia, et il marchait sur Constantinople (1832), lorsque l'intervention des Puissances européennes arrêta ses succès et imposa le traité de Koutahié (1833) qui accordait au pacha d'Egypte l'investiture de la Syrie.
La guerre recommença entre le vassal et le suzerain en 1838. Les Égyptiens, vainqueurs à Nezib, près de l'Euphrate (1839), furent encore arrêtés par l'intervention armée des Puissances européennes.
Mehemet-Ali dut renoncer à ses conquêtes, mais la Convention, dite des Détroits (1841), lui reconnut la viceroyauté héréditaire de l'Egypte.
• La Russie avait soutenu la Porte dans sa lutte contre les Égyptiens, mais elle n'avait pas renoncé au protectorat religieux qu'elle prétendait exercer sur les principautés vassales de la Turquie, Roumanie, Serbie, et même de la province de Bulgarie, qui refusaient de reconnaître l'autorité spirituelle du patriarche grec de Gonstantinople. C'était une cause permanente de difficultés qui ramenèrent la guerre.
Guerre de 1855-1855.
En 1853, les Russes avaient réuni 150.000 hommes sur le Pruth; les Turcs leur opposaient 135.000 hommes dont 60.000 hommes seulement étaient en état d'entrer en campagne. La flotte russe était maîtresse de la mer Noire.
Les Russes passèrent le Pruth au mois de juillet et occupèrent les principautés danubiennes.
Les Turcs garnirent la rive droite du Danube, et rassemblèrent leurs réserves à Choumla et Varna. Les Russes attaquèrent ces places sans succès et la mauvaise saison les força de se replier derrière TAluta. Ainsi, en 8 mois, avec 150.000 hommes, ils ne réussirent qu à occuper les Principautés qui n'étaient pas défendues.
1854. — Les hostilités recommencèrent au mois de mars 1854. Les Russes passèrent le Danube à Ismaïlia, Galatz et Braïla; ils occupèrent la Dobroudja, et poussèrent les Turcs jusqu'au val Trajan.
Les maladies affectaient déjà les troupes russes. Une attaque sur Calafat, tête de pont de Vidin ayant échoué, les Russes se retirèrent derrière FAluta, tandis que les Turcs passaient le Danube à Nikopoli, occupaient Craïova et la petite Valachie.
Cependant, les Russes assiègent Silistrie (avril) la résistance, dirigée par deux officiers anglais, est digne des sièges précédemment soutenus par cette place. Après deux mois d'efforts, une perte de 15 à 20.000 hommes, les Russes se déterminent à lever le siège et à repasser le Danube (25 juin). Les Turcs entrèrent à Bucarest, mais, par suite d'un arrangement
intervenu entre la Russie et l'Autriche, cette dernière puissance envoya un corps d'occupation dans les Principautés.
Pendant cette campagne, les Turcs avaient concentré une centaine de mille hommes dans le camp retranché de Choumla, et une armée de 15.000 Anglais et 40.000 Français se réunissait à Varna. La présence de ces forces influença sans doute les opérations des Russes, mais elles n'eurent pas à intervenir directement dans la lutte.
Guerre de Crimée. — La guerre allait se transporter en Crimée et les efforts se concentrer sur la défense et sur l'attaque de Sévastopol.
Ce siège mémorable par le nombre des forces engagées comme par le développement des travaux de l'attaque et de la défense, dura jusqu'au mois de juillet 1855.
La prise de Sévastopol mit fin à la guerre.
Par le Traité de Paris (1856), la Russie renonça à ses prétentions de protectorat exclusif sur les Principautés danubiennes dont l'autonomie fut placée sous la garantie collective des Puissances signataires (France, Angleterre, Autriche, Italie, Russie).
La frontière russe fut reportée à l'est du Pruth ; la Bessarabie fut rétrocédée à la Moldavie.
La mer Noire fut neutralisée ; ses eaux ouvertes aux flottes de commerce de toutes les nations, à l'exclusion des navires de guerre; il ne devait y être créé, ni conservé d'arsenaux.
Le sultan confirmait les privilèges antérieurement
accordés à ses sujets non musulmans, et les Puissances s'interdisaient mutuellement toute immixtion dans les rapports religieux et politiques de la Porte avec ses sujets.
La Russie avait ainsi perdu sa situation prépondérante dans la Péninsule des Balkans.
En 1870, profitant des événements qui paralysaient Faction extérieure des Puissances occidentales, la Russie dénonça les clauses du Traité de Paris relatives à la mer Noire. Elle se préparait ainsi à rentrer en scène. L'occasion allait bientôt s'offrir.
Guerre de 187S-1878.
Au mois de juillet 1875, une insurrection toute locale avait éclaté en Herzégovine.
Au début purement fiscale ou agraire, c'est-à-dire causée par un refus d'impôt, elle prit bientôt un caractère politique. Il n'y avait que 2,000 hommes de garnison dans la province, et les Turcs ne pouvaient recevoir de renforts que par la route de Novi-bazar ou, avec l'autorisation de l'Autriche, par la route du littoral de la Dalmatie, par Kleck.
Le chiffre des bandes insurgées s'accrut rapidement, mais leurs efforts se bornaient à bloquer les places de garnison des Turcs, notamment Trebinje.
Pendant l'hiver, l'intervention des Grandes Puissances ne réussit pas à faire accepter les propositions de paix faites par la Sublime Porte ; les hostilités reprirent au printemps. Pendant ce temps, la suspension des payements de la dette extérieure de la Turquie, l'agitation toujours croissante des populations chré-
tiennes de tout l'empire, faisaient prévoir que le redoutable problème de la Question d'Orient allait de nouveau se poser avec les arguments ordinaires des insurrections, des massacres, et de Tintervention armée de la Russie.
En effet, la Bosnie adhère de plus en plus à la révolte de THerzégovine, et la Bulgarie se soulève. Ce dernier mouvement fut presque aussitôt comprimé par des exécutions barbares qui excitèrent l'indignation de l'Europe entière. Les villages des Balkans furent décimés, pillés, brûlés. Les habitants furent déportés en masse en Asie mineure.
Mais la Serbie, poussée par les haines séculaires qui animent les Slaves contre leurs dominateurs turcs et par la surexcitation que causait dans le peuple la concentration des troupes turques sur ses frontières, violant d'ailleurs les traités qui garantissaient son existence, et n'ayant aucun motif sérieux de guerre, se jeta, à son tour, dans une lutte inégale contre l'Empire ottoman. Elle fut suivie par le Monténégro (1" juillet 1876).
Cette guerre de race débuta par une suite d'efforts mal combinés, et, malgré sa désorganisation intérieure, la Turquie aurait réussi à écraser successivement les révoltés, sans l'intervention armée de la Russie.
La petite armée serbe, grossie par de nombreux volontaires russes et commandée par le général russe Tcliernaïef, combattit valeureusement; mais le prince Milan, convaincu de l'impuissance de la Serbie et cnoyant le moment favorable pour obtenir une paix honorable, sollicita les bons offices des Puissances
garantes du traité de 1856. Un armistice fut accordé par les Turcs, du 10 au 25 septembre 1876, mais ceux-ci avaient mis comme conditions à la conclusion de la paix, la réoccupation par des garnisons turques des points fortifiés de la Serbie, y compris Belgrade, la construction du chemin de fer de la Morava, la remise entre leurs mains des sujets de la Sublime Porte qui avaient pris les armes, enfin l'obligation pour le prince de Serbie de venir recevoir l'investiture à Constantinople. L'armée serbe répondit à ces propositions par la proclamation du prince Milan comme roi de Serbie. Les hostilités furent reprises.
Bien que les progrès des Turcs fussent peu rapides, la situation de la Serbie était des plus critiques. Ses frontières étaient ravagées par les Bachi-Bouzouks ; la misère était générale; les pertes d'autant plus considérables que les Turcs, ayant refusé de reconnaître les Serbes comme belligérants, ne faisaient aucun quartier; les approvisionnements et les munitions manquaient malgré les envois de la Russie; les troupes serbes, épuisées, avaient donné leur maximum d'efforts, et les volontaires russes soutenaient seuls la lutte. Les Turcs, s'étant emparés de Kruchevatz, allaient pénétrer dans l'intérieur du pays, lorsque la Russie prit le parti de se dégager de Faction collective et inefficace des Grandes Puissances européennes et, agissant pour son propre compte, adressa à la Turquie un ultimatum qui lui imposait la suspension immédiate des hostilités et l'ouverture de négociations sur des bases qu'elle détermina. Le sultan dut y consentir; on entrait, d'ailleurs, dans la mauvaise saison. Un armistice défi-
nitif fut conclu le 2 novembre 1876 et prolongé jusqu'à la conclusion de la paix, qui fut signée par la Serbie, le 2 février 1877, sur les bases du statu quo ante hélium.
L'Autriche-Hongrie se porta garante de la neutralité ultérieure de la Serbie.
Le Monténégro avait pris les armes en même temps que la Serbie; entre les Turcs et les Monténégrins, les hostilités n'avaient été qu'une succession de succès et de revers également partagés ; dans la défense opiniâtre de leurs montagnes, ceux-ci faisaient subir à leurs adversaires des pertes énormes, qu'on évalua à près de 12,000 hommes tués ou blessés; quant aux prisonniers, on n'en faisait ni d'un côté ni de l'autre. Seul, le général Osman-Pacha avait été amené à Cetinge, comme un vivant témoignage des succès remportés par les Monténégrins.
L'armistice conclu avec la Serbie s'étendit au Monténégro, mais il n'aboutit pas à la paix, les Monténégrins ayant réclamé une augmentation de territoire, que les Turcs refusèrent d'accorder.
Une conférence européenne réunie à Constantinople fut impuissante à obtenir delà Porte les concessions nécessaires pour le rétablissement définitif de la paix. Au commencement de 1877, la Russie se décida à déclarer la guerre pour obtenir de l'empire ottoman les garanties qu'il refusait malgré les instances des Puissances européennes (22 janv.).
Campag'ne de 1877-1878. — La flotte russe n'était plus^maîtresse de la mer Noire. Détruite pen-
dant la guerre de Crimée, elle ne s'était reformée que depuis peu d'années, la flotte turque lui était de beaucoup supérieure.
L'amiral et la plupart des ofliciers de vaisseau étaient anglais.
La mobilisation et la concentration de l'armée russe, contrariées par l'insuffisance des communications, se firent avec une grande lenteur qui révéla bien des défauts graves dans l'organisation militaire de la Russie.
Le premier soin des Russes fut d'occuper le pont du chemin de fer de Barbosii, sur le Serelh, près de son confluent avec le Danube, afin d'assurer leurs lignes d'opérations. Les Turcs, par une négligence inouïe, ne tentèrent pas de détruire ce pont qui était indispensable aux Russes pour utiliser les chemins de fer roumains. Les Russes y élevèrent aussitôt des fortiflcations et protégèrent les abords de Braïla et de Galatz par l'immersion de torpilles (24 avril 1877).
Des pluies torrentielles et le mauvais état des chemins retardèrent la marche des armées russes, qui occupèrent cependant la rive gauche du Danube sans que les Turcs cherchassent à s'y opposer; l'armée roumaine formait leur extrême droite à Calafat.
Passage du Danube. — Dans la nuit du 21 au 22 juin 1877, quelques détachements, portés dans des barques, franchirent le Danube près de Braïla, et, en quelques jours, Matsin, Tulcia et Hirsova tombaient aux mains des Russes; la Dobroudja tout entière était occupée.
Mais l'état-major russe avait décidé de faire passer
le Danube au gros de l'armée, en amont des forteresses du quadrilatère bulgare.
Les points où le Danube est franchissable sont assez rares, comme on Ta vu précédemment. Il n'eût pas été difficile aux Turcs de les garder et d'exercer sur le fleuve une surveillance suffisante pour savoir où l'ennemi réunissait son matériel de pont. Pour amener ce matériel, les Russes devaient nécessairement utiliser, d'une part, les chemins de fer, et, de l'autre, les rivières navigables de la rive gauche, dans le lit desquelles ils pouvaient mettre leurs pontons à l'eau.
Il était donc facile de se rendre compte que l'Aluta, qui est souvent navigable depuis Craïova, où passe le chemin de fer, devait leur offrir des avantages particuliers, et que. par conséquent, ils essayeraient de forcer le passage à peu de distance de son confluent. En face de l'Aluta, la petite forteresse turque de Nikopoli garde la rive droite; mais, un peu plus en aval, près de Zimnitza, le fleuve est partagé par une grande île; son lit principal n'a que 800 mètres. L'île permettait la réunion des bateaux à l'abri des vues de la rive opposée. C'est ce point que les Russes choisirent avec raison.
Ils avaient, en outre, l'avantage de trouver en face, sur la rive droite, des routes par lesquelles ils pourraient soit menacer directement le centre des Balkans par Tirnova, soit tourner les montagnes par la vallée de l'Isker et Sofia.
Ils terminèrent leurs préparatifs sans que les Turcs aient paru se douter de leurs projets, et, le 27 juin, par une nuit noire, les premières barques, portant les détachements d'avant-garde, traversèrent résolument
le fleuve. La rapidité du courant et l'obscurité ne leur permirent que difficilement de se diriger, quelques-unes abordèrent devant des falaises à pic que les hommes eurent peine à franchir.
Les postes turcs ne s'aperçurent de rien. D'abord surpris, ils firent ensuite une énergique, mais vaine résistance, et le passage des Russes continua sans interruption. Ceux-ci eurent bientôt la supériorité numérique et forcèrent les Turcs à se replier sur Nikopoli et sur Roustchouk.
L'armée russe avait ainsi fait tomber la première et la principale barrière protectrice de l'empire ottoman. L'ensemble des combats par lesquels elle s'assura le passage ne lui avait coûté que 300 hommes tués et 400 blessés.
Si l'on peut admirer la décision montrée par les Russes dans cette circonstance, on ne peut toutefois s'empêcher de signaler qu'un pareil résultat a été dû autant à l'incapacité de leurs adversaires qu'à leur propre valeur.
Un pont de bateaux de 1.250 mètres fut aussitôt jeté sur le Danube.
Opérations dans le Monténégro. — Dès que l'ordre avait été donné aux armées russes de franchir le Pruth, les hostilités avaient éclaté de nouveau en Herzégovine, dans le Monténégro, et en Albanie.
Les insurgés de l'Herzégovine et de la Bosnie s'étaient concentrés à Lirno, près de la frontière de Dalmatie. Ils furent complètement battus et dispersés le 1^' juin 1877, par Soliman-Pacha.
Trois corps d'armée enveloppèrent alors le Monténégro : Soliman à l'ouest, Ali-Saïb au sud, et Mehe-
met-Ali, qui commandait à Novi-Bazar, au nord.
La jonction de Soliman et d'Ali-Saïb se fit au nord de Cetinge; la position des Monténégrins, attaqués simultanément par 70,000 hommes, était critique; ils réussirent toutefois à couvrir Cetinge et à protéger la Tzrnagora (fin juin 1877).
En ce moment, les Russes venaient de franchir le Danube, et Soliman reçut Tordre d'embarquer ses troupes à Antivari, pour venir former l'armée des Balkans. Mehemet-Ali fut également rappelé en Bulgarie. Il ne resta devant les Monténégrins que quelques faibles détachements. Ils en profitèrent pour regagner le terrain perdu. Le 9 septembre, ils prirent d'assaut Niksic^, puis, maîtres de la portion de territoire qu'ils revendiquaient au nord, ils portèrent leurs efforts sur les forteresses de l'Albanie : Medua, Spuz, Podgoritza, et Antivari (novembre 1877). Le 4 janvier 1878, ils s'emparèrent d'Antivari.
Passage des Balkans. — Après avoir passé le Danube, les Russes s'étendirent sur la rive droite ; sans trouver de résistance; l'inaction des Turcs devait exciter leur ardeur. Leur avant-garde entra à Tirnova, et, le 13 juillet 1877, le général Gourko, avec une colonne de 10,000 hommes de troupes des trois armes, franchissait les Balkans par un sentier à peine connu et que les Turcs avaient négligé de garder. Il poussait dans la vallée de la Maritza une pointe hardie, tournait le passage principal deChipka, qui était simultanément attaqué par le nord, et coopé-
1. Les Monténégrins amenèrent devant la place quatre canons russes qu'on avait pu secrètement débarquer près de Budua et traîner avec des bœufs à travers les montagnes.
r,UERl{ES TURCO-RUSSES DU XIX* SIECLE. 145
rait à sa prise. Il faisait couper les chemins de fer d'Andrinople à Philippopoli et d'Andrinople à Jamboli.
En même temps, Nikopoli capitulait, après un bombardement énergique (IG juillet), et la navigation du Danube était rendue libre par les attaques lieureuses des torpilleurs russes contre les monitors turcs, dont plusieurs furent coulés.
Cependant les armées turques se formaient et semblaient revenir du premier moment de stupeur (|ui les avaient frappées. Elles prirent les positions suivantes :
Mehemet-Ali-Paclia, dans le quadrilatère bulgare, menaçant Taile gauche russe;
Osman-Pacha, se concentrant sur la ligne du Vid et menaçant l'aile droite russe;
Soliman- Pacha ', sur le revers méridional des Balkans.
Combats au col de Chipka. — Le général Gourko fut obligé de reculer devant les forces supérieures de Soliman-Pacha, et. finalement, repassa les Balkans; mais les Russes restèrent maîtres des crêtes. De terribles combats se livrèrent, pendant une semaine, au col de Chipka (21 au 27 août) ; ils recommencè-
1. Soliman-Pacha opérait dans le Monténégro. Ses troupes (Haient encore à Podgoritza, le 11 juillet. Le 16 juillet, 49 bataillons s'embarquaient à Anlivari sur une vingtaine de transports et, quelques jours après, étaient débarques à l'embouchure de la Marilza, d'où ils étaient transportés par chemin de fer jusqu'à Andrinople; le 26 juillet, 25,000 hommes, avec 'A batteries, étaient concentrés aux environs de Karai3unar. Le transport de cette armée est remarquable par sa précision et par sa rapidité.
rent avec la môme exaspération le 21 septembre. On ne sait trop ce qu'il faut le plus admirer de Ténergic de la résistance ou de racliarnenient de Fattaque. Les pertes furent considérables de part et d^autre, nuiis les Russes restèrent définitiviMiient maîlres du col.
Attaques de Plevna. — A leur îiile droite, les Russes avaient subi un échec grave. Une première attaque dirigée contre Plevna avait été rcpousséc avec des pertes considérables (20 juillet). Si Osman- Pacha avait disposé de forces suiïisantes, il aurait pu pousser une pointe jusqu'aux ponts de Zininitza et compromettre sérieusement l'armée russe, en lui coupant ses communications.
Une deuxième attaque, tentée le 'M juillet contre Plevna, ne réussit pas mieux et eut les mêmes conséquences désastreuses .
Les Russes avaient commis une faute grav(3 en se lançant au delà des Balkans sans assurer préalablement leur aile droite. Il leur aurait fallu commencer par dégager la ligne de l'Isker et balayer la rive droite du Danube, depuis \'idin jusqu'à Sofia. Le j'iiid du général Gourko n'était qu'une aventure sans portée, et dont le résultat ne dev.iit être que d'exposer 1(3S malheureuses populations bulgares, ([ui l'avaient accueilli en libérateur, aux répressions barbares des troupes turques.
Quand même cette avant-garde aurait réussi à se maintenir au sud des Balkans, l'armée russe n'aurait pu la suivre et défiler entre les armées d'Osman- Paclia à droite, de Mehemet-Ali à gauche. C'était contre Osman-Pacha que les Russes auraient dû vigoureusement porter les premiers coups.
GUERIULS TURCO-nUSSES DU XIX^ SIECLE. 147
L'insuccès de Plevna eut pour conséquence de motiver un grand effort de la part des Russes, qui mobilisèrent la plus grande partie de leurs réserves et envoyèrent sur le Danube des renforts considérables, y compris la garde. En attendant leur arrivée, l'armée roumaine, 30,000 hommes environ, dont les Russes avaient, tout d'abord, paru dédaigner la coopération, passa sur la rive droite du Danube, et la Serbie se prépara de son coté à entrer en ligne.
Le prince Charles de Roumanie reçut le commandement supérieur des troupes devant Plevna.
Une troisième attaque générale de ces positions eut lieu le 5 septembre; le il septembre, après cinq jours de combat, les Russes étaient encore repoussés.
Le ])ombardemcnt resta sans effet, et il fallut entreprendre contre ces fortifications improvisées, mais énergiquement défendues, un siège en règle, pour lequel on fit appel au général Todleben, Tillustrc défenseur de Sévastopol. Les trois attaques de Plevna avaient déjà coûté 30,000 liommes aux Russes.
Cette position, dont le périmètre avait un développement de 36 kilomètres, était défendue par 60,000 hommes environ. L'effectif des troupes d'attaque fut porté à peu près à 120,000 combattants, et l'investissement put en être complété le 24 octobre^ sur un développement de 70 kilomètres.
L'armée d^Osman-i^acha était, dès lors, bloquée et fatalement perdue, puisqu'elle uc pouvait compter sur aucun secours extérieur, l^^lle résista néanmoins d'une manière fort remarquable à toutes les attaques; mais, enfin, réduit par le froid et la famine, Osman-Paclia réunit les derniers hommes valides qui lui restaient, tenta un dernier et vigoureux
effort, et se constitua prisonnier avec 43,000 hommes (9 décembre).
Combats sur le Lom. — A l'aile gauche, les Russes livrèrent sur le Kara-Lom une série de combats contre l'armée de Mehemet-Ali ; ils attaquèrent Roustchouk et restèrent ensuite sur la défensive sur la ligne de la Jantra. Au commencement d'octobre, Soliman-Pacha remplaça Mehemct-Ali dans le commandement en chef; il passa sur le revers nord des Balkans par la passe d'Elena, mais ne put pas couper les communications des Russes entre Tirnova et Chipka; dans cette direction, les opérations n'eurent jamais qu'une importance secondaire.
Opérations de Tarmée serbe. — Malgré l'insuccès de sa première campagne et la conclusion de la paix, qu'elle ne dut qu'à l'intervention des Grandes Puissances européennes, la Serbie n'en avait pas moins continué la réorganisation de son armée ; elle hésitait toutefois à courir de nouvelles aventures ; elle avait subi dans la précédente guerre des pertes cruelles, etTAutriche-Hongrie, qui avait garanti sa neutralité, prenait vis-à-vis d'elle une attitude presque menaçante. Cependant le prince Milan était allé voir le tsar Alexandre à Ploesci et s'entendre avec lui. La Serbie persista toutefois dans cette indécision pendant les mois de juillet et d'août, mais, après la troisième attaque infructueuse de Plevna, les Russes l'ayant invitée à entrer en campagne le plus rapidement possible, l'armée serbe commença ses mouvements de concentration au mois d'octobre. Elle franchit la frontière au sud d'Alexinatz, vers le milieu
de décembre. Après la chute de Plevna elle enveloppa la place de Nich et marcha sur Pirot, dont elle s'empara sans difTiculté (28 décembre). Elle occupa Ak- Palanka, Lcskovatz, organisa aussitôt Tadministration de ces territoires qui faisaient partie delà Vieille- Serbie, et qu'elle entendait conserver, et fit sa jonction avec Paile droite de l'armée russe pour marcher sur Sofia. — Le 4 janvier, Nich capitula.
Marche sur Andrinople. — La chute de Plevna avait ouvert aux Russes la route de Constantinople, la plus sure, bien que paraissant la plus éloignée. Leur avant-garde, conduite par le général Gourko, passa les Balkans sur plusieurs colonnes, se porta sur Sofia et fit sa jonction avec l'armée serbe. Les Turcs a])andonnèrent Soiia, qui fut occupée le 3 janvier 1878.
Le centre de l'armée russe se porta sur les passes des Balkans, l^e col de Chipka, devant lequel on était arrêté depuis le mois d'août, fut enfin dégagé et le corps d'armée turc (20.000 hommes et 100 canons), chargé d'en défendre le débouché, ayant été enveloppé, se rendit à discrétion.
Les colonnes de l'armée envahissante, convergeant sur Andrinople, occupaient alors une immense courbe de 400 kilomètres, depuis Kostendil à l'extrême droite, par Dabni(;a, Samakov, Kazanlik et Sliwno.
Soliman-Pacha, avec les débris de ses troupes, se concentra à Tchirpan, à l'est de Philippopoli.
Après plusieurs combats, le général Gourko entra à Philippopoli, le IG janvier.
Les avant-gardes russes arrivaient en même temps à Jamboli, et, le 20 janvier, entraient sans coup férir
à Andrinople, tournant ainsi la position de Soliman- Pacha. Celui-ci, après avoir été de nouveau battu, se hâta de gagner le port de Kavala, d'où il espérait pouvoir transporter ses troupes à Gallipoli et à Constantinople.
Le 1^' février, le protocole des bases préliminaires de paix fut signé à Andrinople.
Continuant néanmoins leur marche, les colonnes russes arrivèrent aux portes de Constanlinoplc et le sultan était contraint d'accepter le traité de San- Stefano (3 mars 1878), réformé plus tard par le traité de Berlin.
De cette campagne, dont nous avons dû nous borner à esquisser les phases principales, nous retiendrons surtout cet enseignement, au point de vue stratégique, c'est que le succès ne fut assuré aux armées russes que le jour où elles réussirent à occuper Sofia.
Dès lors, elles ne rencontrèrent plus aucun obstacle sérieux à leur marche sur Constantinople, et cependant aucune des places du quadrilatère bulgare n'était prise.
Les armées turques ont montré dans cette guerre une remarquable énergie qui témoigne de leur valeur lorsqu'elles sont bien commandées.
La Turquie dut souscrire à toutes les conditions que lui imposaitle vainqueur. La clause principale était la constitution d'un nouvel Etat, une grande Bulgarie comprenant presque tous les territoires européens de la Turquie depuis le Danube jusqu'à la mer Egée et à la mer de Marmara. La Russie, qui devait en être la
protectrice naturelle, aurait ainsi des ports sur la Méditerranée et réaliserait le but de ses efforts séculaires, l'accès sur la mer libre. Les possessions de la Turquie se trouveraient réduites à un petit territoire autour de Constantinople et d'Andrinople.
Mais les Grandes Puissances européennes se refusèrent à acquiescer à cette considérable modification del'équilibre européen, et à cette extension de la puissance de la Russie. Elles rappelèrent à leur barre et, par le Traité de Berlin, lui imposèrent une revision radicale du traité de San Stefano.
Traite de Berlin, 13 juillet 1878. — On a dit
de ce traité^ que c'était un monument d'égoïsme, œuvre de rancune, immorale et misérable, qui prépara de nombreux sujets de conilits et de guerres : question Bulgare, question de Macédoine, question de Bosnie et Herzégovine; voilà le bilan de la diplomatie européenne au Congrès de Berlin, qui ne voulut tenir compte ni de la justice, ni de la volonté des peuples, ni même du bon sens et de l'intérêt général.
Les conditions de ce traité furent :
1° — La création d'une principauté de Bulgarie, gouvernée par un prince chrétien, mais maintenue sous la suzeraineté du sultan et lui payant tribut, s'étendant du Danube jusqu'aux Balkans, avec Sofia pour capitale.
2° — La création d'une principauté, maintenue sous la domination directe du Sultan, mais ayant un prince chrétien et une autonomie administrative; son territoire devait s'étendre entre les Balkans au nord