Lavisse et Rambaud, Histoire générale
et les monts Rhodope au sud jusqu'à une ligne, tirée à peu près directement de l'ouest à Test, passant au nord d'Andrinople.
On lui donna le nom de Roumélie Orientale, nom qui ne correspondait à rien, les Turcs appelant du nom vague de Roumélie, pays de roumis, tous les pays habités par des populations chrétiennes. Sa capitale serait Philippopoli.
Les populations de cette province étant de mémo race et de môme religion que celles de la Bulgarie, il était certain qu'elles aspireraient à se réunir à elle, d'autant plus que les conditions de leurs territoires et leur trop faible étendue ne leur permettraient pas de se sufllro à elles-mêmes.
3" — L'indépendance de la Serbie était confirmée. Un certain accroissement do territoire lui était accordé vers le sud, dans le pays de la Vieille-Serbie avecNich, Pirot^ Leskovatz, Vranja.
A'' — Le royaume de Roumanie fut reconnu ; mais la Russie exigea que le territoire de la Bessarabie, situé à l'est de Pruth et qui lui avait été enlevé par le traité de Paris en 1856, lui fut rétrocédé. Elle tenait à étendre sa frontière jusqu'à la branche de Kilia, des bouches du Danube. On donna, en échange, à la Roumanie une partie de la Dobroudja, sur la rive droite du Danube. Cette condition était très dure pour la Roumanie qui avait prêté un concours si utile aux armées russes et qui s'en trouvait récompensée en étant obligée de céder une province habitée par une population, roumaine de race et de langue. C'était le prix dont elle avait à payer la reconnaissance du royaume roumain et sa définitive émancipation.
GUEIIUES TUllCO-RUSSES DU XIX"" SIECLE. 153
b"" — L'indépendance du Monténégro fut confirmée ; il reçut le droit de navigation sur le lac de Scutari et sur son déversoir la Bojana et le port d'Anlivari, avec interdiction d'élever des fortifications et d'avoir des navires de guerre, la police maritime devant être exercée par l'Autriche. Il devait recevoir aussi quelques agrandissements de territoire du côté de l'Herzégovine et de l'Albanie, mais la résistance des Albanais étant irréductible, il en fut dédommagé par la cession du port de Dulcigno.
Au nord, une bande de territoire, le Sandjak de Noçi-Bazar fut laissé à la Turquie pour ne pas permettre à ses frontières de toucher celles de la Serbie et ménager ainsi, un passage libre au chemin de fer projeté vers Salonique, destiné à devenir une des principales voies commerciales de l'Europe centrale vers l'Orient.
6° — 11 était recommandé à la Sublime Porte d'accorder une rectification de frontière à la Grèce du coté delà Tliessalie et de l'Épire, de l'embouchure de la Salamvrias (mer Egée) à celle du Kalamas (mer Ionienne); cette délimitation restant d'ailleurs vague.
7° — La Crète réclamait sa réunion à la Grèce ; elle dut se contenter de promesses de réformes administratives qui ne furent jamais réalisées.
8° — La Bosnie et l'Herzégovine furent laissées sous la souveraineté directe de la Turquie, mais elle était impuissante à y maintenir son autorité. L'Autriche-Hongrie, inquiète du mouvement panslaviste qui troublait les provinces slaves du sud de son empire, voulait en arrêter le développement; elle
dinianda que ces provinces fussent placées sous son protectorat. I^]llc y envoya des troupcîs nombreuses pour y maintenir Tordre; puis, en lî)OG, elle déclara purement et simplement qu elle les annexait, ce qui était à prévoir et ne provoqua du reste que des protestations de forme des autres Puissances.
9° — Enfin, les pouvoirs de la Commission européenne du Danube créée par le traité de Paris de 185G, furent confirmés, mais quelque peu modifiés et étendus.
La Turquie céda à la Russie d'importants territoires dans l'Arménie.
Certains arrangements particuliers furent, en outre, conclus entre les Grandes Puissances de manière à désintéresscrlcsuneset à obtenir l'agrémentdes autres pour de vastes projets que la politique de M. de Bismark ébauchait, dès ce moment, dans le but d'étendre riniluence allemande en Orient. Cest ainsi que la France eut la liberté de régler la question tunisiejme suivant ses désirs. Personne ne pensait, du reste, à cette époque, qu'un protectorat tunisien pût devenir pour elle un accroissement notable de forces.