RAPPORT UE M. DE SU ET
< Un des principaux bienfaits que la Iîelgique doit à Marie-Thérèse est à coup sûr la création de notre Académie, qui fit sortir peu à peu de
la torpeur, où il gémissait depuis si longtemps, un pays renommé autrefois par ses savants, ses littérateurs et ses artistes. D’autres que nous pourront dire que cette création est même une des gloires de l’Impératrice-reine. Nous allons célébrer l’année jubilaire d’une institution chère à nos cœurs et restée debout après tant de révolutions; il était bien juste que le Gouvernement de Marie-Thérèse en Belgique fût proposé comme une question au concours de l’année.
D’après le mémoire n° 2, que nous avons sous les yeux, l’auteur ne nous paraît pas novice dans les luttes académiques; il a voulu traiter le sujet dans toute son étendue et n’a négligé aucune source imprimée ou conservée encore dans les archives de Vienne et de notre pays : il a même eu le bonheur singulier d’écrire à une époque où l’on venait de publier des recueils de documents du plus haut prix dans la matière, tels que le livre de M. le chev. A. von Arncth : Ma ri a-Tkeresia und Joseph II. En parcourant le mémoire avec soin, nous n’avons trouvé aucun fait que l’auteur ait omis, mais quelques-uns, en petit nombre, il est vrai, qu’il aurait pu omettre sans inconvénient, et, surtout, quelques noms de savants ou d’artistes qu’on sera peut-être étonné de voir placés si haut parmi leurs rivaux.
Au nombre des statuaires on compte Van Pouckeet Godecharles, qui n’appartenaient pas à l’époque, de Marie-Thérèse, ni Redouté, Herreyns et Ducq, peintres d’un temps bien postérieur.
En général, le. chapitre des bearx-arts laisse à désirer pour le fond comme pour la forme, ainsi que celui des sciences.
Le concurrent pense, et nous le croyons comme lui, que l’Académie ne demande pas un panégyrique de Marie -Thérèse, mais la célébration du jubile ne devait-elle pas faire admettre dans quelques faits des circonstances atténuantes? I/Impératrice, dit le concurrent (page 50), agissait souvent avec irrésolution dans ses négociations avec les puissances étrangères et y perdait souvent fes voies, parce qu'elle leur portait rancune. S'il s’agit des puissances maritimes qui insultaient à son autorité par le traité honteux. des Barrières et ruinaient le commerce de ses sujets par la fermeture de l’Escaut, comment blâmera-t-on son mécontentement contre elles (p. 50) ?
Pour l’intérieur, comme elle le disait elle-même, les résolutions qu’elle prenait émanaient d’un plan longtemps arrêté, d’un calcul fait avec soin et exécuté avec une volonté de fer. Deux principes la guidaient :1e bienêtre de ses sujets et son autorité absolue. Ses fautes avaient toutes leur origine en ce dernier point; de là ses empiétements sur le pouvoir spirituel et la scandaleuse expulsion de deux membres des Etats de Flandre, par suite de leur opposition à la loi tout à fait inconstitutionnelle du subside fixe.
Nous croyons que le mémoire mérite la médaille d’or, mais le style doit être sévèrement revu.
L’auteur du n° 1 nous paraît évidemment inférieur à l’autre; son érudition étant de seconde main, il n'a pu s’en rendre maître,
Nous sommes heureux de voir que notre opinion, qui décerne la médaille d’or au n" 2. est entièrement conforme à celle de M. le baron Kerwn de Lettenhove. »