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LES RÉFORMES DANS (.'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE

Marie-Thérèse avait projeté d’introduire aussi de grandes réformes dans l’enseignement primaire. Il ne lui fut pas donné de les réaliser.

Il eût été, pense un écrivain moderne (1), dangereux, impolitique d’entreprendre la transformation de l’instruction primaire en môme temps que celle des autres degrés d’enseignement. Il fallait d'abord former l’opinion ; il fallait ensuite préparer les voies. La longue habitude de considérer les ordres religieux comme seuls aptes à s’occuper spécialement de l'instruction du peuple, mille préjugés de toute nature étaient des obstacles sérieux. On n’improvise pas non plus une organisation comme celle-là. Les méthodes, les instituteurs, les locaux, les livres ne se trouvent pas du jour au lendemain.. —

Tout cela est vrai : le temps a manqué à Marie-Thérèse.

Il ne faudrait pas croire, cependant, que son gouvernement n’ait pas porté son activité ordinaire de ce côté et que l’enseignement primaire soit resté absolument stationnaire.

Plusieurs mesures spéciales furent prises en faveur de cet enseignement. Le règlement de 1 <78, cité plus haut, concerne « tous les enseignements ; « il y est question des maîtres d’école instruisant les enfants avant qu’ils soient envoyés au collège. » Le gouvernement encouragea par des exemptions de droits la fondation d’écoles pour les pauvres (2). Seulement il ne fut pas toujours guidé par des considé-

(1) Lebon : Histoire de l’cnseiynemenl populaire, 1808.

(2) Archive* de la chancellerie des Pays-Bas, II. 106, D. 32, L. etc , etc. Voir notoirement l’ordonnance (lu 12 septembre 1763, rendue sur une demande qu’avaient faite les maîtres des pauvres de Saint-Grégoire d’acquérir une propriété destinée à servir de maison d’école.

rations d'égalité ot de justice eu matière d'enseignement primaire : témoin cet arrêté de 1774, où il opinait, îi propos des enfants pauvres de Gand, « que le métier d'orfévre ne convient nullement à, des pauvres et qu’il serait dangereux de leur en faciliter l’entrée (1). »

Les bonnes intentions qu’avait le gouvernement sont attestées par un document très-important que M. Lebon a fait connaître pour la première fois in-extenso. C’est Y Ordonnance générale pov/r les écoles, du 6 septembre 1774, qui avait pour objet de réglementer l’enseignement élémentaire dans tous les États de la maison d’Autriche.

« La destinée future de tous les hommes, disait Marie-Thérèse dans le préambule de cette ordonnance mémorable (2), le génie et la manière de penser des peuples entiers ne dépendent certainement que d'une bonne éducation et delà manière d’élercr les enfants dès leur tendre jeunesse. »

Pour donner au lecteur une idée de ce monument de législation scolaire, il suflira d’indiquer les points qui y sont traités successivement : 1 . Création d’une commission des écoles dans chacun des États de la monarchie. — 2. Des diverses catégories d’écoles et de leur siège. — 3. Bègles h suivre pour l’établissement des écoles. —

4. Règles h suivre pour la construction des batiments d’écoles. —

5. Matières de l’enseignement dans chacuno des trois catégories d’écoles. — 6. Par qui doivent être données les diverses branches d’enseignemont. — 7. Livres h employer. — 8. De la manière d’onseigner. — 9. Division des classes. — 10. Des heures d’école. — 11. Du temps à consacrer à chacune des matières. — 12. Obligation pour les enfants do fréquenter l’école. — 13. Obligation pour les parents et tuteurs d’envoyer les enfants aux écoles ; recommandations aux magistrats ot supérieurs. — 14. Le travail dos orphelins ou tout autre besoin ne dispense pas de fréquenter l’école. — 15. Des répé-

(1) Lebon : p. 2G5. Archives de la chancellerie des Payi-Ba*.

(2) L’ordonnance est très-longue ; elle n’occupe pas moins do 10 pages petit in-8° dans le livre de M Lebon.

titions (écoles (Tadultes). — 16. De la tenue du registre servant à annoter l’application et les progrès des élèves. — 17. Des inspecteurs ordinaires chargés de s’assurer de l’état des écoles. — 18. Nomination des inspecteurs -généraux. — 19. De la manière d’introduire la réforme dans les études. — 20. Obligation, pour les postulants à des bénéfices à. charge d’âmes ou pour les candidats h un état monastique, de connaître préalablement tout ce qui concerne les écoles. — 21. Défense aux maîtres de tenir cabaret. — 22. Des examens et des récompenses. — 23. Rapports sur la situation des écoles. — 24. Le zèle des inspecteurs et des maîtres pris pour base des promotions (1).

Nos législateurs et nos administrateurs feraient bien de lire ce travail qui est peut-être unique en son genre et où il est infiniment peu de lacunes. D’excellents principes, des idées généreuses et progressistes, une véritable entente des besoins de l’enfance, du bon sens, de l’expérience, de la méthode : voilà, ce qu’on y trouve h chaque pas. M. Lebon, dans le résumé qu’il a donné de cette ordonnance à la page 279 de son livre, fait remarquer notamment l’heureuse division des écoles en trois degrés et le système qui les relie entre elles pour faire rayonner les lumières de l’école normale jusque sur les plus petites écoles de villages; la liberté d’enseigner limitée seulement parla condiiion d’aptitude — n’oublions pas qu’il faut toujours tenir compte de l’époque et de la difficulté de la tâche; — l' enseignement obligatoire s’appuyant bien plus sur les exhortations et sur les encouragements que sur la contrainte ; les règles pour la construction des écoles; les locaux réservés â leur destination spéciale; les maîtres astreints â s’occuper avant tout do leurs classes; les suppléments de traitement accordés en vue d’éviter de honteux cumuls; la bonne distribution des matières d’enseignement ; les soins donnés à, l’éducation, à l’élocution ; les intérêts du corps enseignant ménagés et secondés; la sollicitude pour la santé des enfants; la séparation des sexes; l'enseignement spécial des filles élevées pour leur état futur; les soins donnés aux adultes ; les sages mesures de surveillance et de contrôle ; l’intelligence et le zèle récompensés; la dignité du maître

(1) Lebon, Histoire de l’instruction populaire, nn

ns*" -

relevée et, comine marque de la prééminence légitime de renseignement, les fonctions d’instituteur donnant droit h la première place dans les cérémonies publiques.

Ces splendides et fécondes théories datent d’un siècle...

La Belgique les verra-t-elle passer toutes dans la pratique avant le siècle prochain?

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