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SCIENCES ET LETTRES. — BEAUX-ARTS

§ 1. L’ACADÉMIE DE BELGIQUE. — LA BIBLIOTHÈQUE DE BOURGOGNE ET LES ARCHIVES.

Ij’abbé de Nelis remplissait à, Louvain, en 1764, les fonctions de bibliothécaire et de directeur de la typographie académique. Il se plaignait amèrement h Cobenzl, dont il était le favori, des persécutions que lui faisaient subir ceux qu'il appelait les barbares et qui n’étaient autres que les professeurs de l’université. Pour combattre ses persécuteurs et pour effacer insensiblement les « vestigia ruris, » il présenta h Cobenzl un projet tendant h, établir au centre mémo do la « barbarie » une petite académie « qui pourrait faire renaître le goût étouffé par la mauvaise et frivole philosophie do l’uni versité. » Cobenzl n’approuva pas le projet. Peut-être craignait-il de montrer trop ouvertement alors qu’il était du parti do Nelis contre les barbares

qui jetaient feu et flammes à la seule nouvelle du plan de leur victime (1).

Cinq ans après, un professeur de Strasbourg, SchOpflin, de passage Il Bruxelles, lui présenta un mémoire qui avait pour objet la création d’une académie impériale et royale des sciences et des belles-lettres h Bruxelles, « afin de rétablir les bonnes études aux Pays-Bas (2). »

Nelis, consulté sur le plan de SchOpflin, crut que, « sans songer il des entreprises brillantes, il fallait commencer par une société particulière de savants sans lettres patentes, sans annonce publique, sans forme fixe et établie, sans enfin prescrire îi cette association des lois par un règlement stable et formel... Par ce tempérament, on no compromettrait pas la gloire du gouvernement, attendu que, si le succès ne répondait pas à l'attente, il ne résulterait aucun inconvénient d’un essai pareil (3). »

Neny, consulté h son tour, émit le même avis (4). Comme Nelis, il désigna les savants qui lui paraissaient le plus dignes d’entrer dans la société — parmi eux figurait l’abbé Needham — et il exposa quelques considérations sur les pratiques ïi suivre pour la faire prospérer.

Charles de Lorraine donna son assentiment au projet revu par Nelis et Neny. Son rapport débutait ainsi : « Quelque bonnes que » soient en général — le mot est élastique — les étudos dans l’uni- » versité de Louvain, il y manque cependant encore un point fort » essentiel, savoir lo goût pour la littérature, qui est h peine connue » dans cette université, et l’amour des belles-lettres (5). »

Kaunitz fut appelé îi se prononcer (6). Il émit d'abord l’opinion qu’il fallait subordonner autant quo possible les études agréables aux

(1) Goethals, Lee t. hist. (détails rotatifs à l’établissement de l’Académie de Bruxelles, dans la biographie de Neny), pp. 281-282.

(2) Réflexions sur le rétabli arment de s bonne s études dans les Pays-Bas , par M. le professeur SchOpflin (l pe annexe au rapport de Kaunitz, du 2-1 octobre 1768).

(3) Note sur l* académie ou Société Royale de Bru relies, par M. Nelis (2 e annexe au même rapport).

(4) Note concernant l'érection d’une académie des sciences et belUs-lcltres à Bruxelles, par M. le comte de Neny (3 e annexe).

(5) Rapport de Charles de Lorraine, sur le projet de SchOpflin (voir rapport de KauniU à l'impératrice).

(G) Rapport de Kaunitzà l’impératrice, du 24 octobre 1868, avec apostille de l’impératrice.

sciences utiles, pour éviter l’inconvénient où étaient tombées tant d’académies de belles-lettres en Italie. Il insista sur la nécessité d’inviter le public ii tourner ses vues et ses recherches vers les sciences utiles h l’humanité et nécessaires h, l’industrie. Finalement il proposa îi Marie-Thérèse d’agréer la Société littéraire. Au point de vue des études supérieures, Kaunitz voyait un grand avantage dans l’établissement de cette société. En dissipant les préjugés invétérés et l’ignorance, elle devait, pensait-il, obliger également les professeurs et régents il puiser dans de meilleures sources la doctrine qu’ils ont à expliquer h leurs disciples. La création de la Société, qui était “ destinée h préparer les voies h un établissement plus brillant (1),» parut opportune h Marie-Thérèse qui écrivit, en marge des rapports de Kaunitz, qu’elle avait « lu avec plaisir tout cet arrangement » et qu’elle en « approuvait en tout le plan comme le prince Kaunitz le proposait. » Le gouvernement fut autorisé h disposer annuellement de 2,400 florins pour donner des « gratifications h des membres de la Société qui se distingueraient par quelques bons ouvrages. » L’établissement, toutefois, manquait de solidité et de brillant, comme le prévoyait Kaunitz. La Société tomba vite dans un engourdissement fitcheux sur lequel on trouve des renseignements curieux dans les documents que l’Académie fit imprimer dans son annuaire de 1840 (2). Les membres qui composaient la Société dans le principe avaient été choisis parmi le peu de gens de lettres connus qui existaient aux Pays-Bas; le règlement adopté « pour la discipline interne » était très-bien rédigé ; on tint deux assemblées qui furent présidées la première par Neny, la seconde par Cobenzl. On y annonça les programmes des questions soumises aux recherches des savants ; on distribua des médailles aux auteurs des ouvrages couronnés et l’on crut même s'apercevoir qu’il y avait encore dans cette contrée, autrefois si féconde en gens de lettres, du talent et des connaissances, surtout en histoire. Mais, h défaut d’un chef permanent et reconnu

(1) Cette phrase est suivie, à cent lignes d’intervalle, d’une phra Be presque pareille : « comme cette société est destinée h préparer les voies à un établiasemeut plus solide.»

(2) Ces documents sont aux archives du royaume. Anh'vn dr la rh oncrllrrlt dis Payx-Bn*.

pour tel, les autres assemblées de la Société se tinrent avec très-peu d’ordre, sans président. Les membres les plus éclairés s’en plaignirent, quelques-uns môme ne voulurent plus s’y rendre (1). Goetlials prétend que nombre de membres n’avaient aucune activité et auraient bien dû travailler au lieu de faire travailler les autres (2). Bref, la situation était devenue telle en 1772, que l’on était réduit h laisser crouler entièrement la Société ou a lui donner une forme dont on pût espérer plus de succès (3).

Sur la proposition du successeur de Cobenzl, Stahrembcrg, cette forme nouvelle lui fut donnée, en cette môme année 1772, par des lettres patentes dont voici le préambule :

« marie-thérese... etc . . . Nous étant fait rendre compte de l'élat » actuel de la Société littéraire, qvi, arec notre agrément , s'est for- » niée en 1769 dans notre ville de Bruxelles , il nous a été rcpi'é- » senté que, pour remplir complètement le but de cet établissement , » il serait convenable de lui donner une forme stable et légale , et » comme nous adoptons toujours arec plaisir tout ce qui tend à r> exciter , entretenir et répandre le goût et l'étude des sciences utiles r> et de la bonne littérature , nous avons éi'igé et institué , comme par y> les présentes nous érigeons et instituons la dite société en corps » permanent , sous le titre ^'académie impériale et royale des » sciences et belles-lettres, en lui assignant pour la tenue de ses » assemblées la salle de notre bibliothèque royale que nous venons de » faire adaptai' et ouvrir à l'usage du public (4). »

Stahremberg fut désigné par l’impératrice pour la représenter dans l’Académie en qualité de protecteur. Le chancelier de Brabant, Crom-

(1) Observations concernant la Société littéraire, par le chancelier Crompipcn, ( l* annexe au rapport de Charles de Lorraine, adressé à l'impératrice le 7 avril 1772.)

(2) Goethals : Lect. hhtor. Création de U Académie, biographie de Neny, p. 2S2.

(3) Rapport de Kaunitz, du 23 juin 1772.

(4) C’est le 26 juin 1772 que Marie-Thérèse informa Charles de Lorraine de la transformation de la Société littéraire en Académie. Les lettres patentes sont du 16 décembre. (La qualité de membre de l’Académie conférait les distinctions et les prérogatives attachées à la noblesse jiersonnelle.)

pipen, fut mis à la tête de l’Académie qui tint sa première séance le 13 avril 1773, dans la salle de la bibliothèque royale (1).

Le projet de rendre publique la bibliothèque de Bourgogne était intimement lié (2) au projet de transformation do la Société littéraire. Sans le secours d’une bibliothèque publique, avaient dit les membres de la Société littéraire à. Cobenzl, il n’était guère possible d’exciter à Bruxelles le goût des belles-lettres. Neny, consulté en 1770, fit observer que la bibliothèque était dans le plus grand désordre ; que, pour avoir dans peu d’années une bibliothèque choisie et véritablement utile, il fallait commencer par vendre les livres inutiles et en employer le produit à, l’achat de bons ouvrages : 4,000 florins devaient Ctre consacrés pendant deux ans il la rédaction d'un catalogue exact et raisonné, confiéo au bibliothécaire.

Kaunitz, tout en estimant que l’établissement d’uno bibliothèque publique n’était pas le corollaire de l’érection de l’Académie, soumit il la sanction de Marie-Thérèso les propositions qu’avait formulées le gouverneur-général. Dans la dépêche que l’impératrice adressa le 26 juin à son beau-frère, nous lisons : « T approuve entièrement y> l’idée de rendre publique ma bibliothèque de Bruxelles, ainsi que » tous les arrangements que vous avez pris et que vous comptez y> prendre encore pour adapter le bâtiment où elle se trouve tant a r> cet usage qu’aux assemblées des académiciens . »

A côté des richesses que possédait la bibliothèque do Bourgogne, il y avait des trésors scientifiques dont le gouvernement comprenait aussi toute l’importance : je veux parler de nos archives.

La nécessité de mettre un ordre méthodique dans le dépôt de ces archives et d’en assurer la conservation préoccupait sérieusement le gouvernement (3).

(1) Le règlement du 16 décembre 1772 est dans l’annuaire de 1835. — L’annuaire de 1836 contient un aperçu des travaux de l’ancienne Académie.

(2) Rapport de Charles de Lorraine à l’impératrice, du 7 avril 1772.

(3) Archives de la chancellerie des Pays-Bas, D. 21, B; D, 70, A ; D. 81, A. Cf. Ilenne et Wauters : Histoire de Bruxelles, II, 373.

Nous renvoyons, h cet égard, au mémoire que Wynants (nommé archiviste on décembre 1762) envoya h Vienne en février 1765 (1).

Mais les archives n’étaient pas mises avec autant do complaisance que les livres de la bibliothèque de Bourgogne h la disposition des chercheurs, surtout quand ces chercheurs n’appartenaient pas au pays. « 11 serait dangereux, disait Neny dans une note du 17 janvier 1777 (2), de donner cette faveur aux étrangers par une concession illimitée. — Que le solliciteur (il s'agissait d’un bénédictin français, Bevy) présente des notes concernant les actes qu’il souhaitera d’avoir, et nous ne trouverons probablement pas beaucoup do difficultés h lui permettre d’en prendre inspection et copie, surtout si ce sont des actes anciens, car, après un siècle révolu, il n’y a guère de titres qu’il importe d’ensevelir dans le secret. »

Dans le môme ordre d’idées, nous avons h enregistrer le décret de 1778 ordonnant la continuation, aux frais du trésor royal, de la publication des Acta sanetorum, interrompue par la suppression des jésuites. Kaunitz recommandait surtout au ministre (dans sa dépôchc du 4 février) de tenir la main à, ce que l'œuvre fût portée le plus tôt possible îi sa fin et que les bollandistes publiassent un prospectus dans lequel les époques de l'impression do chaque volume seraient déterminées (4).

Cobenzl avait conçu un projet non moins utile pour la science. Il voulait faire publier une collection de nos anciennes chroniques, sous le titre do Scriptorcs rerum belgicarum. Il s’était assuré la collaboration de Neny, de Paquot, de Nelis, de Van Ucurck et de Yerdussen. Mais il mourut peu de temps après, et lo projet ne reçut pas d’exécution.

(1) Cf. Gachard : Document i inéd't 1. 1 ; préface.

(2) n » t. 1, Note de Neny sur le plan d'une histoire du liai -

nantf par le bénédictin Bevy.

(3) Archives de la chancellerie des Pays-Bas, D. 104, B. Voici les noms dos bollandistes indiqués dans lu dépêche : Camille Dehie, 49 ans ; Jacques I)ebue, 49 ans ; Ignace Hubens, 39 ans ; Joseph tihesquierre, 45 ans. Il y avait trois historiographes : Dom. Dujardin, 39 ans ; Philippe Cornet, 43 ans ; François Lcussens, 34 ans.

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