SCIENCES ET BELLES-UBTTKE
Un fait qui frappe tout d’abord celui qui étudie l’histoire littéraire des Pays-Bas h cette époque, c’est l’état d’infériorité et de décadence de la littérature néerlandaise.
Il faut reconnaître que le langage du peuple n’avait jamais été celui de la cour. I/esprit français, qui dominait alors dans les palais, régnait tout particulièrement à Vienne oh l’on semblait même dédaigner de s’exprimer dans une autre langue que dans celle de Voltaire. Van Ruckelinghen (1) reproche à Mario-Thérèse sa prédilection pour cette langue. Mais sa prédilection ne l'a pas empêchée de prendre des mesures pour perfectionner la langue flamande. Raingo constate, dans son mémoire sur l’instruction publique, les soins (insuffisants malheureusement) donnés par l’impératrice à cette partie de l’enseignement populaire. Il y avait beaucoup à, faire de ce côté. Nos provinces flamandes avaient été privées, pour ainsi dire, pendant près d’un siècle de toute communication intellectuelle avec les Provinces-Unies. Pour comble de malheur, la paix d’Utrecht, qui, en ouvrant nos villes fortes h la Hollande, aurait dû y faire revivre la littérature néerlandaise, ne Servit qu’à la faire détester, tant était vive la haine que le traité humiliant et ruineux de la Bar- Aire nous avait inspirée pour nos anciens frères.
D’autre part, tandis que les Hollandais avait épuré et enrichi la langue néerlandaise, les Flamands et les Brabançons, depuis notre séparation d’avec le Nord, en avaient tellement négligé la culture, que quand, par hasard, il leur arrivait d’écrire, ils le faisaient dans un langage insipide, incorrect et indigeste. On devait finir par croire aux Pays-Bas autrichiens, que le hollandais et le flamand n’étaient plus, comme autrefois, une seule et même langue. Ayant désappris et oublié, nous en venions à nous imaginer que nos anciens frères avaient changé d’idiome.
La nouvelle orthographe flamande, que vers la fin du règne prétendit établir un membre de la nouvelle académie, Des Roches, ne fit
(1) Van r uckelinghen : Balgieondir Maria- Thert si», chapitre VIII.
que contribuer il cette confusion. C’était une orthographe vraiment appropriée à l’ignorance des lecteurs. Toutes les formes de la langue y étaient pétrifiées, et les mots hérissés d’accents il la manière française. Les inversions, les nuances délicates, les divers artifices de style étaient annihilés.
Raingo affirme que les mesures prises par le gouvernement « arrêtèrent la corruption de l’idiome flamand qui, par défaut de culture, était dégénéré en un mélange confus de dialectes presque aussi variés que les localités ; . . . qu’une prononciation exacte et régulière, des expressions choisies et correctes, furent substituées h la bigarrcrie et h la trivialité qui régnaient dans cette langue. » — Que l’enseignement du flamand se soit un peu relevé vers 1780, nous n'en disconvenons point. Mais la littérature se mourait.
Les enfants de la Flandre eux-mômes préféraient écrire en un autre idiome. L’immense majorité des savants et des penseurs du temps s'exprimait en français. Aussi Shaw, frappé de ce travers des Flamands, frappé en même temps du degré de culture auquel étaient parvenues les lettres françaises dans les Pays-Bas autrichiens, disait il la fin du règne : « On ne doit pas présumer que la langue flamande fasse aucun progrès dans les Pays-Bas autrichiens. Le français, qui est le seul langage des provinces wallonnes, a fait un progrès rapide dans les autres provinces depuis 1740... Il est devenu général, non-seulement dans la conversation, mais dans le stylo épistolaire : dans un siècle, on ne parlera plus que le français dans les provinces flamandes (1). »
Shaw a été mauvais prophète, mais il était bien autorisé îi prophétiser la ruine du flamand, quand les penseurs les plus éminents de la Flandre écrivaient leurs mémoires et leurs livres en français. Lisez les volumes publiés par l’ancienne Académie, et vous verrez, par exemple, que sur trente-quatre mémoires couronnés de 1769 a 17S0, il y en a dix a peine qui soient écrits en flamand (2).
Les rares livres flamands auxquels la censure daigna laisser voir le jour, sont, en général, d'une platitude désespérante tant à, l’égard du fond que de la forme. La poésie n'est guère représentée quo par
(1) Shftw : Estai sur 1rs Pays-Bas autrichiens , p. 132.
(2) Annuaire de l'Académie pour 183 Cf.
des rimailleurs qui n’ont ni souplosse d’esprit, ni élévation de style, tels que lesJ.-L. Krafft, do Bruxelles, les J. Dewolf.de Gand, es J. Vanden Sanden, d’Anvers, les Cammaert, de Bruxelles. Seul peut-être, Biens, l’auteur du « Tableau dos mariages mal assortis, » est digne d’être tiré de l’oubli (1).
Les chambres de rhétorique n’eurent aucune influence sur la littérature. Il en existait bien encore un certain nombre et, de 1765 il 1779, on les vit organiser des concours où furent représentées diverses tragédies traduites de Racine ou de Voltaire. Ce fut même une troupe ambulante, recrutée par le Brugeois Neyts, qui introduisit en Hollande l’opéra comique chanté en flamand. Les concours, les représentations ne tirèrent pas la littérature de son marasme. On en était venu il ne plus même lire les écrits flamands.
D’autre part, on lisait beaucoup les livres français. La vogue étant aux lettres françaises, nos savants, nos hommes politiques, nos littérateurs écrivirent en cette langue et il en est plus d’un parmi eux, témoins Neny, Vilain XIIII et surtout le prince de Ligne, qui le firent avec succès.
Il ne peut être question ici d’analyser en détail les travaux littéraires, politiques et scientifiques du temps. Je pense qu’il suffira de donner la nomenclature des principaux écrivains et de leurs travaux les plus remarquables (2) de 1740 il 1780.
Berg (F erd .-P.), Ravcdi us de, né à Bruxelles, 1740 — 1800, publiciste.
Rapport (manuscrit) sur l’administration financière de la ville de Louvain (1774). — Différents mémoires publiés après la mort de Marie-Thérèse.
Bertholct (Jean), né à Vielsalm, 1688-1755, historien.
Auteur d’une histoire ecclésiastique et civile du duché de Luxembourg et du comté de Chiny (1742), etc.
(1) Cf. Witsen-üeysbeek : Biographie anthologique, Woordenbotk der nrdcrduitsche dichlcn, Amsterdam, 1822.
(2) Nous parlons des écrivains nés en Belgique ; toutefois, nous faisons une exception pour ceux qui, nés à l’étranger, ont vécu et publié leurs travaux dans les Pays-Bas autrichiens (Cf. Mémoires de V Académie).
Bournons (R.), (4-1788); néàMalines, mathématicien.
Mémoires sur des questions d’algèbre et d’astronomie (voir Mémoires de l’académie). Éléments de mathématiques.
Burtin (Fr.-X.), (de), né à Maestricht, 1743 — 1818; naturaliste, littérateur, médecin, critique.
Des travaux sur les productions utiles des trois règnes.
(Ses travaux de critique artistique datent du commencement du dix-neuvième siècle.)
CT<M/«7rr(Fr.-Gab.-Josse) Généalogie de la maison du Chasteler (1774).
fmftrnnia rlnt né nn 17iil UnmAiw. ...» a., â — À
(marquis du), né en 1744 à Mons ;
historien et antiquaire
— Mémoire sur les expéditions ou émigrations des Belges (1779), etc.
Des Roches (Jean), né à La Haye, 1710-1780; historien et linguiste.
Le premier volume d’une histoire générale des Pays-Bas (qui devait en avoir quatre).
— Une grammaire flamande. — Un dictionnaire français-flamandet flamand-français.
— Des mémoires d’histoire (voir les annales de l’Académie dont il fut le secrétaire perpétuel) (1).
Frauln. (Th. -Fr.- Josse), (comte de), né à Bruxelles, 1729 — 1787 ; linguiste, historien, astronome.
Recherches étymologiques sur les noms des villes et des États (1776). — Remarques linguistiques sur le vocabulaire irlandais (1768).
Gérard (, Jos.), 1731-1811 ;
né à Bruxelles; historien et antiquaire.
Recherches sur les monnaies. — Sur le commerce. — Plan pour la publication de tous les historiens et monuments qui peuvent illustrer la Belgique (manuscrit). — Histoire abrégée des couvents de Bruxelles.
Ghes/juière (Jos.), 1731 — 1804, né a Courtrai ; bibliographe, historien (boltandiste).
Travaux d’hagiographie, d’archéologie, de numismatique.
Prospectus d'Analec/a lelgica (1773). — Dissertation sur les différents genres de médailles antiques (1779).
(1) ,1 /rtnoirrn couronne* . — A inuatrr*
Ligne (Ch.-.Tos.-G. de)j 1735-1814, néàBruxelles; poëte, historien, économiste.
Mann (Th-.Aug.), 1735- 1809, né en Angleterre; historien, naturaliste, économiste.
N élis (Corn. -Fr de), 1736-1798, né à Malines ;j philologue, orateur sacré.
Neny (Pat.-Franç.-Mac), 1716-1784, néàllruxelles; historien, publiciste.
Neyts (Jacq. -Toussaint- Cary, dit), 1727-1794, né à Bruges ; auteur dramat. flamand.
Nieuport (Preudh.-Dailly de), 1749-1827; j mathématicien.
T’afKO^Jean-Noël), 1722- 1803, né à Florennes; historien et philologue.
Nombreux écrits de philosophie, d’histoire»
de poésie, d’économie politique, d’art militaire. Les œuvres complètes forment trentequatre volumes : elles ont été imprimées pour la première fois à Vienne et à Dresde, en 1817.
Mémoires et dissertations soit scientifiques, soit littéraires et historiques (voir la table généralo des matières contenues dans les volumes de l’ancienne Académie : Annuaire de 1836, pp. 83 et suiv.).
Travaux de philologie et de critique littéraire (1763-1775). — Les deux Chrysippes ou le stoïcien démasqué (roman comique, Louvain, 1763). — Éloges do François et de Marie-Thérèse.
Ses excellents mémoires historiques et politiques sur les Pays-Bas autrichiens (publiés à la fin du règne).
Un grand nombre de pièces flamandes. (Une liste faite par son frère François en contient 55 et elle est loin d’être complète).
Recherches algébriques. — Un essai sur ht théorie du raisonnement, etc. (La plupart de ses travaux sont postérieurs au règne de Marie-Thérèse) (1).
Mémoire pour servir à l’histoire littéraire des dix-sept provinces des Pays-Bas, etc. — Historiée Flandriœ synopsis.
Des commentaires et des mémoires sur la littérature.
(1) V oir l’article biographique que M. Quetelet lui a consacré dans lo tome V de sa correspondance mathématique, Annuaire de r Académie, 1836.
Tiens,
littérateur flamand.
Vander Vynckt (L.-J.), 1691-1779, né àGana; historien.
Verho eten (G.-G.-F.), 1738-1809; né à Lierre; historien, poëte.
Vilain XIII1 fJ.-J.-Ph. vicomte), né àAlost, en 1777 ; économiste.
f Vastelain (Charles), 1695-1782, né à Mariemont ; géographe.
Le “ Tableau des mariages mal assortis. „
Recherches chronologiques et historiques.
Histoire des troubles des Pays-Bas sous Philippe II.
(A écrit en latin, en français et en flamand.)
Divers mémoires (en flamand) sur l’histoire nationale (concernant le commerce, les émigrations, la jurisprudence), de 1777 à 1782. — A publié en 1790 un mémoire historique et critique sur les constitutions, la religion et les droits de la nation belge.
Réflexions sur les finances de la Flandre 1755) — Verlmal en de ovcrweging op de verbreidinge der besmettelijke ziekte in liet hoorn-vee (1770) — Mémoire sur les moyens de corriger les malfaiteurs et fainéants à leur propre avantage et de les rendre utiles à l’État (1775).
Description de la Gaule Belgique selon les trois âges de l’histoire, l’ancien, le moyen et le moderne, avec des cartes de géographie et de généalogie (1761).
“ H est conforme aux bons principes do gouvernement, disait » Kaunitz (1), d’attirer et de récompenser les gens do lettres par des » bienfaits... On pourra donner il des génies supérieurs ou d’une n utilité particulière des encouragements extraordinaires, soit en » leur conférant un bénéfice, un emploi ou même une pension... On » donnerait tous les ans quatre gratifications... »
(1) Rapport à Marie-Thérèse, 28 juin 1772
C'ost co qui fut fait.
Sans vouloir discuter l’opportunité ni la convenance do ces gratifications, nous renverrons ceux qui désirent connaître les noms des * gratifiés » au Eépertoiro des Archives de la chancellerie des Pays- Bas. Ils verront que, de 1770 à 1780, le gouvernement a donné de nombreuses preuves do sa générosité aux travailleurs de l’Académie comme aux littérateurs ot aux savants en général.
§ 3. BBAUX-ABT8.
Au commencement du XVIII e siècle, notre prospérité artistique n’était plus. Elle avait disparu avec la prospérité commerciale et industrielle, disparu avec ce luxe fastueux que les Pays-Bas ne connaissaient plus que de nom.
Il faut aux arts un milieu d’enthousiasme, de gloire, de luxe, do liberté; et tout cela faisait défaut. La Belgique ne demandait qu’à vivre modestement, pourvu qu’elle pût vivre en paix.
Les arts devaient dépérir... A 1 avènement de Marie-Thérèse, ils n’étaient plus que l’ombre deux-mômes. Les grands maîtres étaient morts, emportant avec eux leurs traditions et leurs secrets.
L’impératrice chercha à remédier, dès les premiers jours de son règne, h cette déplorable situation. Déjà, en 1741, nous la voyons s’efforcer de relever l’académie de peinture d'Anvers, que l’indifférence de ses directeurs eux-mêmes menaçait de faire sombrer (1).
Ses premiers efforts ne produisirent que des résultats insignifiants.
C’est qu’il ne suffisait pas d’accorder des encouragements à l’art en ce moment. L’art ne pouvait revivre que si le peuple lui-même renaissait à la vie, s’il retrouvait la conscience de sa dignité et de son autonomie, s’il redevenait libre, indépendant, actif. Cette renaissance-là devait demander du temps ; tout le règne que nous venons d’étudier y fut consacré.
(1) Jaarbock der vermarrde en kunstrfjke gille van Sint- Lucas, door J. -B. Vanderstraeten, Ant’werpon, 1855. — On eu était arrivé à ne plus donner de leçons quo pendant deux mois.
Les horizons manquaient h l'art et les occasions de travail aussi. Il n’y avait plus de largos champs h exploiter. Pourquoi faire de la grande peinture ? Les églises regorgeaient de tableaux. Partout on trouvait des toiles de nos illustres maîtres ; il y avait positivement pléthore. Avec la fortune publique avait baissé la générosité des riches. Plus n’était besoin de peindre, ni do sculpter ; on ne bâtissait que peu ou point.
Le gouvernement eut 11 cœur de tirer les beaux-arts do leur léthargie. Il favorisa l’établissement d’académies de dessin et de peinture et ne négligea aucune occasion de montrer sa sollicitude en matière artistique. Sa bonne volonté h cet égard n’est pas discutable (1). Non content de stimuler les jeunes artistes par des louanges et des récompenses tantôt honorifiques, tantôt pécuniaires, il accordait aux plus méritants d'entre eux des subsides pour aller se perfectionner h l'étranger.
Nous relevons, au hasard do la plume, la série suivante d’encouragements de ce genre dans le Répertoire des Archives de la chancellerie des Pays-Bas :
L’impératrice consent à, accorder au jeune peintre Hoogstael, de Bruges, un secours annuel de 3 ù 400 florins et désire qu’on lo prévienne que la conservation ou l’augmentation de ce bienfait dépendra de sa conduite et des efforts qu’il fera pour perfectionner ses talents (29 octobre 17G6).
Elle donne à Schmultzer une pension de 350 florins, à cause des progrès qu’il a faits dans l’art de la gravure, sous la direction du célèbre graveur AV'ille, h Paris. Elle destine au graveur Willo une bague de 500 ducats, îi cause de la dédicace d’un de ses ouvrages. Elle accorde au peintre Lens une gratification do 50 ducats (août 1707).
Le jeune artiste Godecliarle obtient une gratification de 300 florins, aussi longtemps que Son Altesse Royale le jugera nécessaire (février 1770) (2).
(1) Gales loot : Documents relatif* à la formation et à ta publication de l'ordonnance du 20 tnar * et 13 novembre 1773, Anvers, 1867.
(2) Archive* de la chanc llerie de* Pays-Bot, D. 97, A. 7.
Charles de Lorraino envoie à, l’impératrice deux tableaux d’un peintre flamand h Bruxelles et propose d'autoriser le gouvernement h payer ii cet artiste une gratification d’une cinquantaine de ducats (1).
Le sculpteur flamand Van Pouck reçoit un « secours » de cinquante écus romains (juillet 1771).
D’autre part, dans le mémo temps, lo sculpteur Le Roi, ayant envoyé h Vienne, pour montrer ses talents, le dessin d’un ouvrage que Kaunitz a trouvé do « fort mauvais goût, » il lui est refusé le secours traditionnel (2).
En août 1771, un jeune sculpteur flamand, N. Fernande, reçoit pendant trois ans 300 florins argent courant de Brabant, pour voyager en Italie. Il avait envoyé h Vionne « deux modèles en craye » (3).
Van Pouck reçoit, en mars 1773, une gratification de 100 ducats, puis pendant trois ans une pension annuelle de 300 florins d’Allemagne (4).
Le Roi obtient, la môme année, une gratification d’une trentaine de louis, et lo peintre Dchazo, une pension de 300 florins courant (4 août).
Le peintre Verhaege obtient (septembre 1773) le titre de peintre de Sa Majesté ; il continuera à jouir pendant un an des pensions qu’il avait à, Rome.
En 1774, nouveaux secours h Van Pouck, Le Roi et Godecliarle.
En 1776, encouragements au peintre Leclercq et h l’architecte Maestraeten qu’on veut envoyer en Italie.
Van Pouck, qui a perdu dans un naufrage ses effets et des marbres, obtient un secours de 100 ducats en 1778 (5).
Au mois d’août 1780, le gouvernement songe ïi « faire tourner au profit des élèves qui vont se perfectionner ïi Rome dans les arts lo revenu d'un hôpital flamand qui jouit d’environ 3,500 florins de rente. »
La mesuro la plus féconde et la plus éclairée qu’ait prise lo gou-
(1) Archives de la chancellerie des Pays-Bas , D. 91, T.
vernemont de Mario-Thérèse dans la question des beaux-arts est son édit d’émancipation des professions libérales, émané on 1773.
Le 20 mars de cette annéo parut un décret débutant ainsi : “ Nous n (irons pu voir qu’avec surprise que les arts libéraux k qui font tant d'honneur aux pays où ils fleurissent se trouvent n confondus , dans quelques villes (le notre province de Brabant, avec b les arts mécaniques et qu’on y oblige en partie ces artistes à se b faire membres de métiers et de corps composés d’ouvriers et d'arb tisans. »
Ce décret, rendu sur les vives instances du prince Charles de Lorraine, affranchit les peintres, les sculpteurs et les architectes de l’obligation de se faire inscrire dans les corps de métiers; il déclare, on outre, que la peinture, la sculpture, la gravure et l'architecture ne dérogént point à la noblesse et que tout le monde peut exercer librement cos arts et en vendre les produits. Il ne concernait d’abord que le duché de Brabant. Le 13 novembre, il fut publié pour le reste du pays (1).
O. I.A FHINTUK*.
Dans la peinture d’histoire, il y avait encore une certaine aisance de composition : l’habitude de « faire grand » avait fait conserver cette qualité h nos artistes, mais la profondeur et la fougue avaient disparu. Les ordonnances étaient de grandes machines creuses et vides. Lo dessin était maniéré, flasque : le coloris, terne et sans vigueur; la pflte sans consistance, comme si l'on craignait de dépenser trop de couleur.
C’est ce que l’on remarque dans les toiles de E.-J. Sineyers, de Malines (1694-1771); de Mathias De Viscli (2), de Bruges (1702- 1765) ; de B. Beschez (3), d’Anvers (1708-1776), qui a été surfait par ses contemporains. Les œuvres de P.-F. Ledoux (4), de Bruges,
(1) Galesloot : Document s. Alvin : Les academies de Belgique en 186-1, introduction.
(2) Wealc : Catalogue du musée de l* Académie de Bruges.
(3) Catalogue du musée d’Anvers.
(4) Weale.
^ e i’ sscîloot f 1 2 3 )» de Cfand, de Simons, de Bruxelles (vers J ^ 60), ne valent pas môme les précédentes.
Quelques artistes se faisaient remarquer par des qualités spéciales dans le genre historique. J. -A, Gaeremyn (2), de Bruges (1712-1799), avait une richesse de coloris qui contrastait avec la maigreur que nous avons constatée généralement. N. Perry, de Bruxelles (vers le milieu du dix-huitième siècle), était remarquable par le modelé et le dessin.
La peinture de genre n avait plus guère d’autre représentant que .-J. Yerhaghen (ué à, Aerschot vers 1726). Depuis la mort de Huysmans (1727), la grande pointuro de paysage n’était plus, pour ainsi dire, qu’une tradition.
Mais les arts avaient jeté des racines trop profondes dans le pays pour ne pas renaître sous 1 influence d’une protection intelligente. Les stimulants du gouvernement furent h la longue efficaces; l’activité artistique reparut. Dans la seconde partie du règne, nous constatons une émulation réelle entre deux tendances opposées. L’école do A^Lens, d’Anvers (1739-1822), et de J.-B. Suvée, de Bruges (1743- 1807), se proposait pour but la nature idéalisée par l’étude de 1 antique. L’école do G. Herreyns, d’Anvers (1743-1822), et do Yeihaghen, d Aerschot (1728-1811), prenait pour modèles la nature réelle et les œuvres des anciens maîtres nationaux (3). Dans
J- 1 ?® 0l l I autro de ^oles se rangèrent Do Rycke, de Bruges (1< -3-1 < 92); J. -J. Lens (né à Anvers vers 1746); A. -B. De Quertenmont, d’Anvers (1750-1835), et Bailly, do Gand (1753-1823). On peut encore leur rattacher J.-M. Geeraerts, d’Anvers (+ 1791), et
ïaurage (né h Tournai en 1744), qui méritent d’ôtre distingués dans la foule des médiocrités.
Le paysage se releva aussi. On cite, dans ce genre, des hommes do talent ît la fin du règne : J.-L. De Maru, de Bruxelles (né en 1744), etC.-A. Denis (1755-1813). H.-J. Antonissen, d’Anvers (1737-1794), peignit avec succès les prairies et les bestiaux. Mais il fut surpassé,
(1) Immcrzcel : De lèvent en wcrken dcr hollandtche en vlaamtchc kuntlschildcrs cnz., Amsterdam, 1842.
(2) Weale.
(3) Galealoot.
et de beaucoup, par son élève B. -P. Omweganck (1755-1826), qui s’est fait une réputation européenne.
b. LA SCULPTURE.
Nos meilleurs sculpteurs étaient allés chercher à l’étranger la gloire, les honneurs, la richesse que leur refusait la patrie.
LesÀnversois Rysbrack (1692-1770) et F.Scheemaekers (le jeune) travaillaient en Angleterre et y sculptaient un grand nombre des monuments funéraires de l’abbaye de Westminster (1691-1779). Ainsi encore, T. Quellin, d’Anvers, vivait en Danemark ; Tassaer, d’Anvers, était sculpteur du roi de Prusse; Yerschaffelt, de Gand, dirigeait l’académie de Mannheim et était architecte et sculpteur de l’Électeur. Plusieurs seraient revenus peut-être en Belgique s’ils avaient été informés des efforts et des intentions du gouvernement.
Mais, malgré l’émigration, nous avions encore un grand nombre de sculptoujs. C’était h Malines que s'étaient principalement conservées les fortes et anciennes traditions. Théodore Yerhaegen (1701-1759) sculptait en bois les chaires et les confessionnaux magnifiques qui font encore aujourd’hui l’admiration des connaisseurs. P. Valckx (1734-1783), son élève (1), réussissait parfois à l’égaler et Yan Geel (1756-18..) continua dignement, jusque dans le dixneuvième siècle, cette école originale et v : goureuse. — Anvers, quoique ses meilleurs maîtres fussent absents, pouvait nommer encore A. Van Papenhove (1668-1752), A.-F. Schobbers (1720-1781), G. Moens (1698-1762), les deux Gillis (2), F. Yan Usel (vers 1770), qui travaillaient avec succès le bois et le marbre. — Jacques Berger (Bergé),de Bruxelles, (1696-175S), sacrifiait au goftt français, mais ne manquait pas d’élégance (3). — L. Delvaux, de Gand,(1695-1778),qui s'était établi il Namur, jouit encore aujourd’hui d’une réputation qui
(1) Smeyera : Kunstminncnde wandelingen binnen Mechelen, manuscrit do la bibliothèque royale.
(2) Yandcrstractcn : Jaerboek.
(3) Mémoire de Baert, sur les sculpteurs et les architectes des Pays-Bas, (t. XVI dos comptes rendus de la Commission roynlo d’histoire).
nous dispense d’insister sur ses grandes qualités. Son élôvo Duroy, de Namur, beaucoup moins célèbre, ne manquait pas de mérite. A Bruges, la sculpture enregistre les talents fort estimables de H. Pulinckx (1698-1781) et de P. Pepers (1730-1784) (1). — Des noms moins connus sont ceux de Henri Mathys, de Gand (-}- 1752). Jean-Baptiste Xavery, d’Anvers (1697-1742), P.-F. Lisenne, do Bruxelles (1721-1778) (2). Le gouvernement, nous l'avons vu plus haut, accorda spécialement ses faveurs il Fernande, il Le Roi, il Van Pouck (1740-1809) et îi Godecharle (1750-1835); les deux derniers devaient se faire uno renommée durable.