CHAPITRE IX
l’arïée.
iVul ri est prophète en son pays : ce dicton nous vient naturellement îi l’esprit quand nous voyons combien la Belgique se montrait indifférente îi la réputation de bravoure que se faisaient ses enfants sur les champs de bataille du XVIII < ' siècle. Aujourd'hui encore, bien pou d’entre nous connaissent la part gloriouse que prirent nos régiments nationaux aux guerres soutenues par la maison d’Autriche.
Certes, nous souhaitons pour notre pays d’autres lauriers que ceux de Mars et les fanfares militaires nous laissent généralement froid, mais nous admirons l'héroïsme de nos ancêtres, qui ont prouvé, pendant le règne de Marie-Thérèse, que la Belgique conservait ses vieilles traditions de bravoure.
Lorsque le gouvernement autrichien envoya au nôtre, il y a bientôt vingt ans, les documents qui constataient l’admirable conduite dos régiments belges, le directeur des archives de la guerre à Vienne, le général De Hannecart, écrivit dans la lettre d’envoi : « Dans cette périodo de 77 ans (1725-1802), si riche en événements, les braves
Wallons ont glorieusement pris part à, toutes les guerres de l’Autriche et ont toujours été de dignes membres de l'armée autrichienne, tant par leur courage héroïque, leur fermeté constante, leur fidélité à toute épreuve, que par le véritable esprit militaire qu'ils ont montré en toutes circonstances, mémo au milieu des graves événements politiques dans lesquels s’est trouvée leur patrie ; aussi, le souvenir de leurs actions héroïques s’est-il conservé vivace jusqu’à, ce jour, nonseulement dans les régiments dont ils faisaient partie, mais même dans l’armée entière (1). »
C’est surtout dans la guerre de Sept Ans que s’illustrèrent nos soldats. Mais ils avaient déjà fait leurs preuves : une première fois, en 1734, dans la guerre de la succession de Pologne, que l’Autriche et l’Empire soutinrent contre la France, et qui fournit aux dragons de Ligne l’occasion d’un début brillant; — une seconde fois, en 1740, lorsqu’il se forma entro les principaux États de l'Europe une formidable ligue contre la jeune Marie-Thérèse (guerre de la succession d’Autriche).
La guerro de Sept Ans mit le sceau à la réputation d’intrépidité que s’étaient déjà faito nos régiments dans l'armée autrichienne. Marie- Thérèse savait leur rendre justice et, en maintes circonstances, elle leur témoigna toute sa satisfaction pour « leur zèlo, leur courage, leurs services signalés (2). »
M. le général Guillaume a fait connaître en détail, dans un ouvrage plein de recherches consciencieuses et curieux à tous égards, los hauts faits de ces braves qui no so distinguèrent pas moins lors des guerres contro la révolution française que pendant les guerres précédentes.
Nous nous bornons à regretter que tant d'héroïsme ait été dépensé pour l’étranger et pour une cause qui n’était pas, qui no pouvait pas nous être sympathique.
(1) Guillaume : Histoire des Régiments nationaux belges pendant la guerre de Sept Ans (introduction).
(2) Décret du 25 janvier 1768, Placards de Flandt'c, V, 984 ; Placards de Brabant, IX,
(3) Guillaume : Livre cité ; — Idem ; Histoire des régiments belges pendant 1rs guerre s tir la Révolution française.
Nous regrettons également — et ce regret n’est pas moins légitime que le précédent — que le gouvernement autrichien se soit parfois montré si pou reconnaissant envers des provinces qui le servaient avec tant d’abnégation : « On en use, écrivait Cobenzl ii Kaunitz à propos des troupes, avec trop de sévérité il l’égard de tout ce qui vient de ces provinces (1). »
(1) Archives de la chancellerie des Pays-Bas, P. 71, T. — Xeny : Mémoires (cli XXVIII : do l’état militaire).