CARACTÈRE ET MŒURS
La franchise et la sincérité sont des qualités que tous les étrangers reconnaissent aux Belges. Ce sont celles qu’admirait surtout le « Voyageur dans les Pays-Bas autrichiens. » « Les Flamands comme les Brabançons sont vrais, écrivait-il ; s’ils se disent vos amis, ils lo sont véritablement. . . S’ils démontrent moins leur amitié que les Français, ils n’en sont pas moins ardents h servir leurs amis. » Il se félicite souvent do la cordialité do l’accueil qui lui est fait. Il rend hommage h ce qu’il appelle non le vernis du monde, mais la bonhomie de l’hospitalité.
A côté de ces qualités communes à, toute la nation, il y a des traits particuliers aux habitants de certaines villes. L’Anversois, par exemple, ne ressemble pas au Bruxellois, ni le Gantois au Montois. De l’habitant d’Anvers au Brabançon il y a presque la différence du Hollandais au Français. Il y a moins d’abandon et de confiance chez lo premier, moins de minuties et de finesse chez le second. Lo premier abord du Gantois n’est pas séduisant, mais il attache quand on se donne le temps d’examiner son caractère. S’il s’abandonne au premier mouvement de sa colère, son emportement n’est pas de longue duréo. Il a l’esprit juste, le sens droit, l’imagination froide. Lo Wallon est plus enthousiaste, mais moins constant dans scs amitiés.
(1) Van Hulthem (Catalogue — Histoire de Belgique), fait grand cas de De Rival et do Shaw. — Voir encore : Nouvelles lettres sur l'état présent des Pays-Bas autrichiens , Londres, 1782, 2 e part., 1vol. in-8° ; Lettres anli-sccrctes sur les Pays-Bas autrichiens, etc., Neufchàtel, 1784, in-12.
(2) Dérivai : I, 9, 10, 52, 125 ; II, 406 ; III, 77, 81, 221 ; IV, MO, 142, 2-12, 218; V, G, 12, 273; VI, 210, 216. — Shaw, VII et VIII.
Les moeurs de la campagne sont douces, simples, patriarcales. Le fermier vit côte h cote avec scs serviteurs, sans morgue ni arrogance. Les classes agricoles sont heureuses, actives et laborieuses.
Bmxelles. Le luxe n’est pas étranger aux habitants. Ils fréquentent beaucoup les cabarets et le théâtre. Ils se livrent rarement aux désordres et donnent peu d’occupations h l’amman et h ses douze hommes de police. Il n’y a pas do lieux do débauche autorisés; mais toutes les femmes publiques, qui sont assez nombreuses, sont fort surveillées par la police. Le nombre des femmes entretenues est également assez grand. Le Bruxellois ‘est frondeur (1); il aime les plaisirs, surtout ceux de la table et saisit avec empressement les occasions de fêtes.
louxain. Tas de villes d’Europe où il y ait, au dire de Dérivai, plus de cabarets. Personne ne rougit d’y aller, même à toute heure du jour. Les jeunes gens les fréquentent avec l’assentiment do leurs parents. L’éducation des tilles est un peu plus soignée quocelle des garçons. Les mœurs publiques sont respectées. La police est de la plus grande sévérité îi l’égard des femmes publiques ou entretenues. Les mauvais ménages sont rares. Chacune des compagnies des bourgeois (serments) a son jardin particulier ouvert ù tout le monde et où l’on ne peut « ni jurer, ni injurier, ni même médire. »
Anvers. Pas d’autres liaisons entre les habitants que celles qu’occasionne l’état ou la profession. L’usage de l’estaminet est encore plus généralement suivi qu’à Bruxelles. Les gentilshommes comme les roturiers y vont, mais sans se mêler. Il y a des estaminets et des cafés où les gentilshommes seuls sont admis. Grand respect pour les mœurs publiques : on ne soutfre pas les prostituées (2). Les jeux de hasard sont rigoureusement défendus et tout ce qui peut troubler la tranquillité publique est sévèrement puni. Il y a une certaine antipathie entre les Anversois et les Bruxellois.
(1) Hcnnc et Wauters : Histoire (le Bruxelles , t. II.
(2) Voir dans Dériva!, t. III, 221, le tarif des amendes infligées aux « fornicateurs. r
J/ali nés. Les Malmois ont les mœurs douces : ils sont affables et gais ; leurs manières sont aisées. Ils vivent entre eux dans la plus grande union. Los gentilshommes fraient avec la bourgeoisie. Los femmes publiques sont tolérées comme un mal nécessaire, mais la police veille h ce qu’elles ne causent jamais aucun désordre. Les femmes entretenues sont très-rares. On ne brave pas les mœurs impunément. On fréquente aussi les cabarets ; mais les riches bourgeois et les gentilshommes y vont rarement. Les Malinois paraissent avoir l'ivrognerie en horreur. Ils ont le plus grand respect pour leurs magistrats.
Garni. Les états vivent éloignés les uns des autres. Le peuple est laborieux, mais non actif; toutes les cérémonies et fêtes publiques lui plaisent boaucoup; il est fort attaché h, ses anciens usages et surtout h ses anciennes pratiques de religion. Les femmes sont rarement vicieuses et coquettes. Les filles publiques sont tolérées quand elles n’occasionnent pas de désordres. On aime beaucoup le jeu. Les jeunes gens ont quelque peu les manières françaises. Les commerçants se voient, vivent entre eux ainsi qu’avec la noblesse ; ils délaissent les * estaminets h bière » pour les “ estaminets îi vin. »
Bruges. Les mœurs sont douces. Il y a pou do villes où les étrangers soient mieux reçus. Los relations entre habitants sont plus fréquentes que partout ailleurs ; les nobles vivent avec les bourgeois, le commerçant avec l’hommo de robe. 11 n’y a que la dernière classe du peuple qui fréquente les cabarets. On aimo la danse et les mascarades. Les mœurs publiques sont généralement respectées; la police y veille avec grand soin. On s’occupo avec sollicitude do l’éducation des enfants. Peu de luxe; les fommes aiment la parure et sont parfois coquottes, mais sans excès. On suit les pratiques do la religion, sans donner dans la superstition-.
Mous, Tournai Namur. Les manières et la façon de vivre des villes de France : point de gène ni do contrainte dans la société ; excellent accueil aux étrangers ; peut-être trop de frivolité et de luxe.
Dans la Wallonie on général, les mœurs sont pures, surtout chez les campagnards.