LA VIE MATÉRIELLE
Si, dans son ensemble, dit M. Briavoine (1), les salaires de louvrior notaient pas très-élevés aux Pays-Bas, les vivres, toute proportion gardée, y étaient moins chers qu’aujourd’hui et par conséquent l’existenco y était plus facile. Les étoffes coûtaient, il est vrai, plus cher; mais la nourriture, le logement, le chauffage étaient h des prix infiniment plus bas. Or, pour un ouvrier, le vêtement, le linge et les meubles ne font pas plus d’un cinquième do la dépense totale et quelquefois ils représentent seulement le septième.
Do la comparaison des chiffres donnés par le « Voyageur dans les Pays-Bas autrichiens » avec les mémoires statistiques de Faypoult et Yiry (2) et le travail du conseiller du commerce Bacon (3), résulte lo tableau suivant indiquant le prix des divers objets de consommation à la fin du règne de Mario-Thérèse :
Le pain l rc qualité, le demi-kilogr. . .
fr. 0
— ordinaire. id. . . .
La viande, lo demi-kilogr
La bière, le litre
Le sel, le demi-kilogr
Le café, —
Le beurre, — ■ (moyenne)
La houille, les lOOkilogr
Dérivai nous apprend que le salaire d’un
manœuvre est de
septante-deux à, quatre-vingt-un centimes (huit à neuf sols) au minimum et do treize à, quatorze sols (fr. 1-17 — 1-26) pour certains ouvriers (charpentiers, menuisiers, maçons). Il ajouto qu’un bon ouvrier compositeur pouvait recevoir vingt et un sols (1-90), un presser, trente (2-76), un horloger vingt-huit (2-53).
Pour moins do cinquante centimes un ouvrier pouvait se nourrir dans toutes les villes.
(1) Faypoult : Mémoire statistique du département de l'Escaut , an XIII. — Viry : Expose statistique du département de la Lys. — Cf. Reiffcilberg : Mémoires de l'Académie, t. III.
(2) Bacon : Mémoire, manuscrit de 17tJT».
Nous trouvons encore dans Dérivai quelques détails intéressants sur le prix des objets de consommation. Indiquons-les par localités.
Bruxelles. Il y a des aubergos où l’on est nourri h deux sols et demi pour lo dîner seulement, mais sans le pain. Les meilleures tables d’hôte ne sont quo de vingt et un sols, non compris le vin. La viande de boucherie se vend trois sols et demi la livre de seizo onces, et môme deux sols et demi, et moins encore. Lo peuplo mange plus de légumes que do viande. Le pain et le bourre sont sa principale nourriture. La livre du beurre le plus fin (beurre d’Anderlecht) coûte de six h sept sols; le beurre salé en coûte six ot moins quand on en fait provision. Ije pain est cher h cause des droits (voir plus haut) ; le demi-kilogramme se vend de dix h douze centimes (un pou plus d’un sol).
Lournin. Le prix de la viande de bouchorio ost lo mémo qu’à Bruxelles ; mais U y en a quo les bouchers donnent h deux sols et môme à un sol six deniers, et quo le peuple consomme. Lo pain coûte ce qu’il coûte h Bruxelles ; mais le gibier se vend à meilleur marché.
Gand. La nourriture ordinaire du peuple est le pain bis, lo Lait, lo beurre, les viandes salées ot les légumos. Les vivres no sont pas plus chers qu’à Bruxelles.
Bruges. Les denrées avait été d’abord beaucoup plus chères qu’à Bruxollcs et h Gand. Elles avait diminué depuis l’établissement do certaines réformes, entre autres, dccello qui laissait libre le commerce des fruits ot des légumos.
Ostende. Les vivres sont fort chers. Mémo nourriture qu’à Bruges pour le peuple.
.Vans. Les vivres sont en général aussi chers qu’à Bruxolles ; lo bourre et les légumes le sont beaucoup trop. L'usage du café est devenu commun à toutes les classes. * Dans les provinces belgiquos, dit un contemporain (le médecin Eloy), les classes moyennes ot inférieures du pouplo sont rcmplios de gens qui ont renoncé à la bière dans leurs repas et qui lui substituent une chauderonnée de décoction do ces fèves étrangères que leur famille altérée attend avec la plus grande impatience. »
Limbourg. Le bas peuple, qui travaille h la filature des laines, mène une vie assez misérable ; il se nourrit do pain de seigle très-noir, quoique assez agréable au goût, et de lait et do café qu’il boit trois fois par jour (1).
La main d’œuvre se payait presque partout au même taux. Il y avait des exceptions en ce qui concernait le travail des ouvriers des fabriques.
A Bruges, les ouvriers des fabriques do serge et de basin gagnaient huit et dix sols par jour ; mais ils devaient se mettre au travail à la pointo du jour et nelo cessaient qu’il neuf ou dix heures du soir. Quelques-uns d’entre eux, en bien petit nombre, gagnaient douze sols.
Les dentellières no gagnaient que cinq, six ou sept sous par jour : quelques-unes, bien rares, huit ou dix; les lingères douze 60 us. Toutes, pour ce salaire modique, travaillaient depuis le matin jusqu’il la nuit, en hiver comme en été.
Les ouvriers houilleurs avaient do dix il vingt patars (2) pour des journées de six il douze heures (3).
Voici, pour finir, quelques renseignements sur les honoraires des avocats et des médecins. On so fera, ainsi une idée des professions libérales dans ce temps-là.
Les avocats do Bruxelles étaient payés par heure : ils ne pouvaient exiger plus de trente sous. Quand un avocat allait pour son client hors do la ville, il lui était dû six florins, et sept florins dix sous s’il sortait du Brabant ; il suffisait qu’il employât quatre heures. Les procureurs étaient aussi payés par heure ; mais ils ne recevaient que douze sous. Les avocats et les procureurs do G and étaient payés de la môme façon. A Bruges, les avocats recevaient vingt-huit sous par heure.
Une visite de médecin à Bruxelles so payait un escalin (douze
(]) Le Voyageur dans les Pays-Bas autrichiens , 1,25; II, 295 ; IV, 252 ; V, 207, 2-12, 274, 309, 406...; VI, 203, 326.
(2) Briavoinc : État de la population , etc. (Les monnaies) ; Mémoires de l’Académie , t. xiv.
(3) Le Voyageur dans les Pays-Bas autrichien «, I, 1 $ 3 .., 223 ; IV, 397 ; V, 183; VI, 169. — I, 202, 208, 211 ; V. 183...
sous) : c’était le tarif. Mais comme la loi ne défend pas au malade d’étro généreux, les médecins pouvaient recevoir deux escalins, si on les leur offrait. Quelques médecins so dédommageaient de la modicité de la rétribution on vondant eux-mémes h leurs malades les remèdes qu’ils prescrivaient. Les médecins n’étaient pas mieux traités îi Bruges ; ils no pouvaient demander que sept sous par visito. Appelés en consultation, ils recevaient vingt-six sous. Les chirurgiens n’avaient que la moitié des honoraires que pouvaient exiger les médecins.