Surnom donné par les lazzaroni de Naples à Ferdinand
et les crimes» la fange et le sang, comme aux jours de Néron et de Galigula !
Le sentiment de dégoût et de révolte qu'un tel spectacle inspira au jeune poète resta vivace dans son cœur, et lorsque, trente ans plus tard, l'Italie tout entière se leva et s'arma pour venger ses affronfs séculaires, aux légitimistes et aux ullramontains français, accusant hypocritement (la comédie se continue de nos jours) les révolutionnaires italienp de déchaîner l'athéisme et la démagogie : — En fait d'athéisme, leur répliquait Antony Deschamps, la signification de ce mot étant la négation du bien qui implique la négation d'un Dieu juste, on ne saurait trouver d'athéisme plus monstrueux que celui qui règne à Rome depuis tant de siècles; et quant à la démagogie dans le sens le plus barbare et le plus crapuleux du mot, pas un tribun antique, pas un révolutionnaire moderne n'en excita les fureurs à l'égal de ce roi ^asoney un Bourbon, un descendant de Louis XIV, un monarque par droit divin, fraternisant avec les lazzaroni, et livrant à cette aveugle populace la noblesse et la bourgeoisie éclairée de son royaume, comme les vils Césars livraient de fiers gladiateurs aux bêtes du cirque^.
i. J*ai dit dans V Italie de$ Ilalient^ t. Jil, les souvenirâ que mon père (qai avait vécu à Naples auprès de son père, négo« ciant en pelletteries et fournisseur de la cour) avait recueillis sur Caroline de Naples et sur le roi Natone. Quand l'armée française enira à Naples, rinfâme couple royal échappa par la fuite à la juste colèie de la noblesse et de la bourgeoisie. Ramené par les Apglais
VOYAGE EN ORIENT. i3
L'intimité si douce de cette langue amitié, fortifiée par une expansion réciproque de tous les nobles sentiments humains, avait résisté à Tabsence et aux dis* tractions des voyages; mais, dépuis deux mois, nos causeries étaient forcément interrompues par la fui* blesse physique de mon cher poêle fraternel.
Son esprit était resté ailé et perçant ; il s'était môme aiguisé dans sa faculté prédominante'^qui fut toujours « de démêler la vérité que tous les hommes cherchent à obscurcir*. » Son corps chancelait comme sous un choc intérieur incessant. Quoique souffrante moi-même, j'allai le voir plusieurs fois à Passy. Lo docteur qui le soignait m'avait atterrée en me disant qu'il pouvait mourir d'un jour à l'autre.
Lorsqu'il sut mon départ pour l'Egypte, il fit un effort suprême et me fit deux visites dans la même semaine. La veille de mon départ il passa cinq heures chez moi. il était livide, son visage décharné grimaçait convulsivement. Taus ses nerfs vibraient; ses mains.de squelette tremblaient en tenant la tasse de bouillon ou le verre de vin -de Bordeaux que je lui
il exerça d'horribles représailles contre les plas illustres Napolitains ; ces vengeances s'étendirent jusqu'aux Français résidants dans le royaume et qui waient applaudi aux triomphes de notre première République; on les enchaîna derrière le cortège royal qui ramenait les Bourbons. ^
Au nombre de ces malheureux, hués et fustigés par les- luzzaroni, les accablant d'outrages et leur lançant des pierres, se trouvait mon grand-père et, chose plus inouïe, une de ses vieilles sœurs qui tenait •a maison à Naples. Lui nargua la populace et la défia; mais la pauvre femme perdit la raison dans cette scène d'horreur. Elle est inorte folle en France où mon grand-père la ramena. Un de mci plus vieux parents se souvient encore l'avoir entendue, dans sa démence, maudire Caroline et son indigne mari.