‹ Les pays lumineux: voyage en orientChapitre 7 sur 25 · COMPLAINTE · texte numérisé non relu

COMPLAINTE

Voyage en Egypte.

Laissani Paris absorbé Par sa politique active.

Grâce aux doux soins da khédive Et du beau Nabarong-bey^ L'esprit joyeux, i'hameur vive, A bord notre troupe arrive.

Savants, flâneurs, beaux esprits Couvrent le pont du Mœrit, Lé Mœrii, vaisseaà merveille, Quitte le port de Marseille.

L'horizon bleu devient gris.

Soudain rajn»étit B*éveille.

Le plus exquis des festins Ifeinace nos intestins Et cependant nous allèche.

Terre en main on se dépêche»

La brise orageuse et fraîche Nous présage nos destins.

Un balancement farouche Fait geindre les épagneuls.

Les eafilé^s iint<Mil tout seuls.

YOTAGfi EN ORIENT. M

bonne fortune de préserver le czar et Napoléon III d'une balle polonaise.

M« Ràimbeaux proteste' en riant omtre sa défaillance :

Paratonnerre de l'Empire^ Raimbeavx étreignant nn eousain Croit MBtir une balle av lein Et l'ëcrie : « OhSle mal est pire Qoeje pins horrible assassin! > .

Pais dans nn long spasme, il expire.

— Je suis aussi ferme sur mes pieds que le jour de l'attentat, dît-il. Et traversant le salon il vient

Les mets tombent de la boache; Lee nappes sont dee lincenle Oà eane tergogne on se covebe^

6 lamentables ripailles.

Où le sinistre élément CoQ?re des tas de mangeailiee Jt)e dots de vomissements t Rabelais, lorsque tu railles.

Ta dis yrai, superbement!

L'animal, homme oit femelle, Dans cet ëeœarant assaut.

Se vautre et grouille en pourceau; Là table devient gamèlte :

Plats, bouteilles, péle-méle Se eonfoùdent en monceau.

L'époutantable mêlée Met tous les penchants à nu; La terreur rend ingénu, Et l'âme dissimulée, Subitement dévoilée.

Montre son angle inconnu.

Am grondenoiènts de falrtme.

Dû iommet le plus subUitie, BlêMéi, le &/tp8 pattteHtet,

M LES PAYS LUMIiNEUX.

me saluer. Cet heureux homme se rend à Alexandrie pour y attendre Timpératrice Eugénie qu'il doit escorter au Caire et dans la haute Egypte. Notre bruyante veillée se prolonge jusqu'à une heure du

lis vont tous dégringolant.

Pour peindre chaque victime J'adopte un rhythme plus lent.

Paratonnerre de l'Empire, Raimbeaux, étreignant un coussin, Croit sentir une balle au sein Et s'écrie : « Âh ! ce mal est pire Que le plus horrible assassin! »

i^uis dans un long spasme, il expire.

Charles Blanc, l'aimable païen.

Murmure, flasque et l'œil oblique :

« Oh! pour mon bon lit élastique Chez Mathilde, à Saint-Gratien, Je donnerais la République Que mon frôre aime en stoïcien. »

Le petit Pichot, frétillant, Sous âon lorgnon l'œil pétillant, Frais et dispos leur fait Ja nique; A tous il répète en riant :

— « Pour dompter ce mal tyrannique

• Lisez ma lievue britannique. «

En un burnous moelleux et chaud.

Drapé comme dans un suaire, Guillaume soupire tout haut:

• — Je sens un frisson mortuaire.

J'emporte au ciel la statuaire.

Gare à Cléiinger ut Préault! »

Gi'rôme et Fromentin s'enlacent Dans un embrasscment suspect.

— « Pauvre ami, tes (inceaux se glacent! »

Dit Fromentin, railleur et sec.

— « C'est qu'en moi les autans menacent, Répond Gérôme, tout l'art grec. »

matin. A six heures tous les passagers sont sur pied et se pressent sur le pont. Le rivage plan de TÉgypte nous apparaît. Bientôt un minaret, pointant dans Tazur d'un ciel de flamme, nous signale la rade

Berthelot fuit, mélancolique, • ' En inclinant son front pensif!.. .

Va-t-il aux lois de la physique Soumettre un problôme rétif?

Hélas t une atroce. colique Rend son esprit plus mort que Tif .

Citant les maximes des snges

Qai défièrent les tourmonts, ,

Le didactique Quatrefages

Lutte contre les éléments;

Mais ses pédantesques adages

Sont coupés de vomissements.

Abrutissant et ridicule,

Ce mal qui ne respecte rien.

Nargue Hippoerate et Galien,

Frappe Apollon, terrasse Hercule,

Et de Théo l'olympien

Tord et brise la clavicule.

Bro<*a réprimant un hoquet Accourt à travers la tempôte, Plein de faconde et de caquet Il bistourise le poëte.

— « Nélaton, dit-il haut la fêle.

Près de moi n'est qu'un paltoquet! •

Qui n'a vu la caricature De ce fier Broca par Darjou ?

Brillante épéc à la ceinture; Tricorne an front et croix au cou?

Mais ce jour-là, tri.-t'î aventure, Kâluit l'article sapajou.

tout racorni dans sa jaquette,

Couché sur la même banquette

Où gisait Raimbeaux, moribond.

Il se disdit : « L'instant est bon

PourMui glisser une requête, • *

Et, preste, il le joignit d'un bond.

64 LES PATS LUMINEUX.

d'Alexandrie, qui fut dans l'antiquité une des plus célèbres et des plus magnifiques du monde. Les navires de toutes les nations y affluent en ce moment et semblent ranimer sa splendeur évanouie. A neuf

Tarbë cadet, oatre diffomOi Jubilant de Taperceroir Remettre sa suppHqae en forme, Sur l'artiftte m laissa choir.

L'écrasant de son ventre énorme; Le pauvre Ûaijoa devint noir.

Morne comme an séminaristOi Feyrnet censurait ces ébats; Yang ruminait, pâle et triste, Un speech au Journal du Déhais, Obt stupeur 1 de tout journaliste L'esprit narquois était à bas.

Deux seuls à oe destin précaire Opposaient un front souriant.

C'était Pharaon-Floriaa Rêvant de franciser le Caire Et d'être bibliothécaire De quelque prince d'Orient.

Céuit Peltetan fils, Camille, Toujours debout, quoique harassé, fieret au front et souquenille, Flottant sur son corps désossé, Dont rœil lascif brûle et pétille En quête de quelque A'issé.

Ce mirage qui le fascine.

Arrosé de spiritueux, Malgré la bourrasque assassine.

Et les courants tempétueux Soutint de Marseille à Messine Ce rachitique impétueux.

A Messine la mer s'apaise.

On croît ressaisir son aplomb.

Mais Féther en feu sur nous pèse, On sue, on ruisselle, l'on fond...

— Voici l'Egypte I une fournaiset Et le Nil, un fleuve de plomb t

VOYAGE EN OEIENT. 65

hettfes nous voyons cingler vers le Mœris une grande barquô ; elle nous amène M. de Lesseps, a<x)ompagné des officiers de santé du port. L'homme illustre , le vaillant inspiré et tenace qui a triomphé de tant d'obstaolesi est entouré et félicité par tous les passagers. Il resplendit de contentement, il en est tout rajeuni : ses yeux brillent comme deux escarboucles sous sa chevelure blanche.

Le lendemain même de Tinauguration du canal de SueZy M. de Lesseps doit épouser une belle créole de vingt ans* Il a Tambition des triomphateurs ; il veut à la fois l'amour et la gloire 1 A sa place et si j'étais homme, je me contenterais de la gloire ; elle est assurée pour lui et ne 'saurait le décevoir. Dans ramour^ hélas I que de chances contraires 1

Apres «voir serré la main du radieux vieillard ^ je ne détache plus mes regards de cette rade mémorable d'Alexandrie. Les bords qui enserrent son vaste bassin se dessinent autour de nous à mesure que nous approchons. La lumière du ciel africain fait saillir tous les objets avec un relief inouï sous un ciel d'an bleu incandescent où flottent, çà et là, quelques nuées roses, d'un rose tendre de camélia. Je n'ai vu qu'en Egypte ces effets de luniière qui surpassent en vigueur et en beauté ceux de l'Italie et de la Grèce. On dirait que le sang circule dans ces nuées comme sous la peau veloutée d'un visage de vingt ans. Il y a entre l'homme et cette atmosphère ardente et émue une communication magnétique qu'on ne saurait nier. Sur cette terre de feu la nature est plus puissanté que l'homme; elle lui impose sa tyrànnique

influence, soumet son âme et la rive à son joug. On se sent terrifié par cette domination fatidique de la nature dont les plus grands des Romains ont subi le vertige et dont Cléopâtre personnifia pour ainsi dire l'énergie, les emportements, la fascination et le charme.

A gauche, sur la pointe du rivage^ se dresse un grand phare: puis en avant les vieilles bâtisses de l'ancien port, le château somptueux de Rasset, que Méhémet-Aii se fit construire au milieu des vagues, sur une langue de terre nommée cap des Figues, se reliant à peine aux jardins qui verdoient sur la plage aride.

A droite, s'alternant aux découpures des palmiers, surgissent un autre château royal en construction et une mosquée inachevée dont le blanc minaret nous est le premier apparu en mer. Du môme côté les constructions modernes d'Alexandrie sont dominées par l'antique et majestueuse colonne dite de Pompée. Les générations se sont complu à donner un de ces . grands noms romains à chaque débris de monuments antiques.

Pompée! César! Antoine! ces figures colossales qui ont dominé le monde se dressent au-dessus des plus hauts monolithes. Leurs fantômes errent encore sur cette terre d'Egypte. Plutarque les ranime pour nous. Plutarque nous fait revoir Cléopâtre, vivante, vertigineuse beauté, intelligence grecque, sirène et muse, reine et courtisane, surpassant Aspasie en séductions de l'esprit et du corps. Ce spectre impérieux de toutes les charnelles passions humaines flotte au

travers de la lumière embrasée et ambiante. Mais audessus, plus haut, plus haut, Técrasant de sa pureté et de son idéale splendeur, sur la vapeur nacrée qui monte du lac Maréotis, rayonne, visible à l'esprit, Tombre d'Hypatie, la belle vierge grecque inspirée à qui Platon avait transmis son âme ^. Elle enseigna sa doctrine à Alexandrie, des prêtres chrétiens la massacrèrent. Étouffer le génie grec, suprême manifestation de rhumanité, fut le premier signe que les chrétiens donnèrent de leur puissance. A Tavénement de ces hallucinés mystiques, la nuit et la barbarie se font chaque jour plus intenses ; elles enveloppent et étouffent la terre jusqu'à la Renaissance.

Ainsi j'évoquai en face de la moderne Alexandrie les grandeurs de l'Alexandrie antique. Les luttes philosophiques de ses écoles ont eu le même retentissement que les combats livrés sur ses rivages parles plus fameux généraux romains.

i. Hypjitie, fille de Théon, mathématicien d'Alexandrie, née à Alexandrie vers l'an 370 de Jésus-Christ, devint elle-môme si habile dans les mathématiqaes et la philosophie qu'on la surnommait la Philosophe et que les magistrats d'Alexandrie Tinvitôrent à faire des cours publics. Elle obtînt les plus brillants succès et acquit un grand crédit sur Oreste , gouverneur de la ville; mais elle était païenne et on l'accusait d'encourager la persécution des chrétiens. Des furieux, ameutés contre celte femme, s'emparèrent de sa personne, l'assommèrent, mirent son corps en lambeaux et traînèrent dans les rues ses membres palpitants (415). Hypatie avait composé de savants écrits (Commentaire sur Diophante, Canon astronomique. Commentaire sur les coniques d'Apollonius dePerge); ils ont tous péri dans l'inceDdle de la bibliothèque d'Alexandrie.

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