LES PASTOUREAUX
Les campagnes étaient remuées depuis un siècle par une fièvre d'indépendance. — Voyez-vous ce vieil homme à barbe, au visage pâle et maigre, qui court çà et là comme l'esprit de Dieu, flat ubi vult. Avec un air de prophète, il prêche de village en village. A sa voix, les pâtres laissent là leurs troupeaux ; les laboureurs abandonnent leur charrue ; les bouviers quittent leur étable et le suivent. Sa bande se grossit, chemin faisant, des pauvres, des enfants, des bergers. Le Maître (c'esî ainsi qu'on appelait le grand vieillard) se réjouissait fort de la condition de ses disciples. « Il ne fallait employer, disait-il, que de pauvres gens, afin qu'on vît le pouvoir de Dieu à confondre les puissances du monde par ce qu'il y a de plus faible. » Ce n'était ni la noblesse, ni les grands du siècle que le ciel deslinait, selon lui, à réformer le rnonuY? ; c'étaient les gueux.
Selon quelques chroniqueurs le Maître était un Hongrois de nation, un apostat del'ordre de Cîteaux. Son nom était Jacob. Il avait puisé, disait-on, les pernicieuses pratiques de la magie au puits empesté de Tolède. Alors, quiconque se détachait de l'Église était accusé d'avoir eu des rapports avec les Arabes ou les Juifs. «Jamais, s'écrie un contemporain, Mathieu Paris, jamais, au jugement des hommes sages, depuis le temps de Mahomet, il n'a surgi un si grand fléau dans l'Église de Dieu. »
Les Pastoureaux (c'est ainsi qu'on nommai: les compagnons de Jacob, parce qu'ils avaient tous, villageois ou bergers, un agneau peint sur leur bannière) étaient pour les honnêtes cens un objet d'épouvante et d'indignation. Les souffrances attirent les souffrances. De toute part affluaient dans la bande des Pastoureaux les bannis, les proscrits, les excommuniés, les larrons, toutes gens qu'en France on appelait ribauds, et que le sentiment de leurs misères i attachait à l'espoir d'un changement dans l'État. N'ayant rien à perdre que leur vie dont ils étaient las, ces hommes étaient prêts à se jeter dans toutes les aventures. Ils s'associaient aux
pâtres et aux gens de la campagne, comme les brigands de grand chemin s'étaient associés jadis aux Bagaudes, dont les pas- j toureaux continuaient les ravages.
Ce qu'il y avait de plus clair dans ce l mouvement des campagnes, c'était un j esprit d'opposition au clergé. Jacob gourmandait et condamnait, dans ses discours, tous les ordres monastiques. Il traitait les religieux de vagabonds, d'hypocrites, de loups dévorants ; il leur reprochait leur passion pour l'argent et les terres, leur gloutonnerie, leur orgueil ; il s'emportait surtout contre la cour de Rome. « Le peuple, ajoute un chroniqueur, écoutait et applaudissait ces déclamations, en haine et en mépris du clergé, ce qui était très-dangereux. » En plus d'un endroit, les pastoureaux massacraient les ecclésiastiques.
Les campagnes avaient souffert de la domination du clergé, encore plus que les villes. Le paysan français est né frondeur. Son caractère ancien et moderne se retrouve avec une pointe de génie dans ce vigneron qui a nom Paul-Louis Courier.
Alors comme maintenant le peuple n'aimait ni les clercs ni les nobles.
Les Pastoureaux ne furent point tout d'abord inquiétés. La Régente, sachant que la politique des rois de France était de profiter de tout, crut qu'il ne fallait pas gêner cette ferveur populaire. Dans le besoin où elle était d'une recrue de nouveaux croisés, elle espérait tourner ces gens-là au service du roi, qui était alors prisonnier en Terre Sainte. Ses illusions furent bien vite détrompées. Des frontières de la Flandre et de la Picardie, où les premiers essaims s'étaient ramassés, le corps d'armée s'avança jusqu'à Paris. Dans un temps où, pour avoir puissance sur les hommes, il fallait parler de la part de Dieu, le Maître de Hongrie se donna comme inspiré. Il exerçait les fonctions sacerdotales. Il prêchait dans les églises et remplissait le lieu saint de ses malédictions contre le clergé. A Paris, il parut dans la chaire de Saint- Eustache. Les entrailles des pauvres tressaillaient à sa voix, comme il y a dix-huit siècles, à la voix du Christ, quand il prêchait sur la montagne.
Jacob alla tomber comme un orage à Orléans, où il traîna plus de cent mille hommes. L'évèque Guillaume de Bussy fulmina des excommunications contre ceux
qui Tiraient entendre, raison de plus pour qu'on y courût en foule. Un des gens de la ville qui assistait à son sermon osa lui reprocher deséduirele peuple; un de ses disciples répondit par un coup de hache qui fut comme le signal du massacre des prêtres et des moines.
Des libertins de toute espèce et de toute condition, disent les historiens ecclésiastiques, s'étaient joints aux paysans et les poussaient à toutes les violences. Par ce mot de libertins, il ne faudrait pas entendre des hommes perdus de mœurs. Les libertins, dans le langage de Bossuet et des écrivains sacrés, ont le même sens à peu près que le mot moderne de libéraux. On entendait par là les esprits forts, les insoumis, les raisonneurs, tous ceux qui, au nom de la nature, réclamaient des libertés civiles ou religieuses, la liberté de conscience, la liberté d'examen, la liberté d'action politique.
Les bandits (c'est ainsi que les nobles et les prêtres désignaient les soldats de Jacob) s'avancèrent jusqu'à Bourges. Un mysticisme sauvage et brutal les emplissait d'une grande audace. Ils se croyaient envoyés de Dieu pour réformer le monde.
La Régente, détrompée, voyant que ces tommes i e travaillaient point pour le roi, connut à quels scélérats elle avait affaire, et manda partout de leur courir sus. Les gentilshommes (ta Berry les attendirent entre Mortemer et Villeneuve, surle Cher. Une rencontre furieuse mêla les deux armées clans un vaste champ de carnage.
L-' glaive des nobles s'enivra du sang de cette canuil'e. Jacob fut assommé dans une attaque par un boucher. Cette nouvelle devint le signal d'une immense défaite. Le prestige s'était évanoui avec la mort du chef. Ses gens furent poursuivis: les plus timides, ceux qui ne restèrent point couchés sur le champ de bataille, tombèrent entre les mains des gens de justice, qui les traitèrent en voleurs et en délivrèrent le publ c par les lois. On en pendit à Marseille, à Aiguës-Mortes, à Bordeaux, et ailleurs. Un historien ecclésiastique fait observer que, par la protection dit ciel, il ne se trouva, dans ce moment, en France ni aux environs, aucun ennemi déclaré du roi, aucun vassal mécontent, pour se mettre à la tète de cette tronpeet pour en rallier les débris, tant ces hommes inspiraient de dégoût. Ce fait très-remarquable me rap-
pelle celui.de Catilina, qui aima mieux périr que d'armer les esclaves et de les rattacher à sa cause.
Le mouvement des Pastoureaux fut, comme celui des Bagaudes, une protestation des campagnes contre le triste état de choses que l'invasion leur avait fait subir. Opprimés, ils mêlèrent Dieu à leur cause et à leurs violences. Au nom de l'Agneau, dont ils avaient consacré sur leur bannière la douce et poétique imago, ils réclamaient contre les loups de l'Église, contre ces décorateurs de viandes^ qui, sous une robe de prêtre, mangeaient le troupeau de Jésus-Christ.
Le mouvement des Pastoureaux sortit au moyen âge d'une idée chrétienne, de l'idée que le monde doit être régénéré par les humbles et parles faibles, par les gens de basse condition, par les pauvres et les méprisés, en un mot, par la sainte canaille. Jacob, leur chef, s'enivra de cette idée jusqu'au délire, jusqu'à l'extase. Ainsi disparut cet homme extraordinaire, dont on ne sait rien ou presque rien, qui a passé sur son siècle comme un météore, comme une épée de feu; qui, groupant autour de lui toutes les misères vivantes, avait fait
une armée; qui voulait renouveler le sacerdoce, l'autorité, la justice. Ses desseins s ni restés un mystère pour l'histoire. Mais, au ton de colère dont s'expriment, sur son compte, les écrivains de l'Église, au titre d'apostat qu'ils lui jettent, je découvre que ce Jacob a eu le tort irréparable, à leurs yeux, d'aimer les paysans et de s'intéresser à leur triste condition sociale. Au bêlement des campagnes on répondit par un massacre. L'insurrection fut étouffée; mais les causes de l'agitation subsistèrent. Ces causes, il faut les chercher dans l'état de la population rurale. « La condition de serf, di.t M. Leymarie, était assez dure pour que le père vendît ses enfants, le mari sa femme, pour que le fils tuât ses parents. » — [Histoire des paysans.)
L'affranchissement des serfs, pas plus que la création des communes, n'a été
l'œuvre d'une pensée individuelle. Louis le Hutin n'a fait qu'obéir, comme Louis le Gros, aune tendance générale, invincible. Le passage de la servitude à la liberté fut marqué par une transition, par des degré*.
Du temps de saint Louis, I'Olficial de Paris et les Ofnciaux des archidiacres de Notre-Dame publièrent l'acte d'affranchissement que voici : « Nous déclarons que les personnes ci-dessus nommées ont reconnu, de leur plein gré, en notre présence, et avoué que le vénérable Renaud, par la grâce de Dieu évoque de Paris, avait affranchi de tout joug de servitude et de main-morte, tant eux et leurs femmes que leurs héritiers vivants et à venir, mais à certaines conditions insérées dans l'acte, sans des ein de blesser leur liberté. » Ces derniers mots me rappellent la bonne foi d'un homme d'État de nos jours, qui, apportante la tribune un projet de lui contre les clubs, contre les réunions électorales, contre les banquets, terminait en protestant qu'il n'avait nullement le dessein de blesser la liberté de réunion. — Ces conditions, qui m devaient point Idesser la liberté des serfs, étaient que l'évèque se réservait
sur eux les cens, les corvées, les décimes et autres redevances, surtout la taille arbitraire (1).
Les serfs, affranchis à de telles conditions, étaient tenus à tant de charges, que leur nouvel état n'était encore qu'une demi-liberté. Je ne parle pas du prix de l'affranchissement, qui s'élevait quelquefois à une très- f ime d'argent.
Plus tard, les paysans à moitié libres se remuèrent afin de borner, par des contrats, la taille à volonté, cette trace alors récente et visible de la servitude. Ils past avec les évêques et les seigneurs des contrats dits <T abonnement, du vieux mol bonne, qui signifiait borne (2). Par ces transaction^, la taille arbitraire se trouvait réduite et limitée. On s'étonne de trouver la borne, le dieu Terme, appliquée à un acte qui, en définitive, fut un acte de progrès. Tout ce qu'on peut dire, c'est depuis l'origine du mot, la situation etive des choses a changé : alors le parti du mouvement en était réduit à
(1) C'était une espèce de tribut que les habitants payaient an sf>i<nieur du I.eu et qu'il déterminait selon son bon plaisir.
'2) Comme si l'on eût dit abornement.
5b LES PAYSANS
mettre des bornes à la tyrannie féodale; aujourd'hui le -parti de la résistance en est réduit à mettre des bornes à la liberté.
Ces abonnements devinrent fort communs pour rendre la liberté entière et complète. Il est dit, dans un acte, que le feu évoque Renaud, ayant retenu le droit de taille à volonté sur les affranchis, les habitants demandèrent pour eux et pour leur postérité l'abonnement, afin de se libérer tout à fait. A force d'instances, ils obtinrent de racheter ce droit sur le pied de soixante livres parisis de rente, payables en deux termes, à la Saint-Remy et à la Saint-André. Ce que l'Église lâchait d'une main, elle le retenait de l'autre : il fut stipulé que l'évêque Etienne et ses successeurs pourraient, outre cette somme annuelle, exiger cinquante livres parisis dans le cas où il serait question d'armée ou de cavalcade pour suivre le roi. Ces actes font mention du serment prêté par les intéressés en touchant les saints Évangiles.
Les mots ont, dans l'histoire, si j'ose ainsi dire, une vertu sacramentelle. C'est parle contrat d'abonnement passé entre le paysan et le seigneur que s'opéra, dans
les campagnes, la révolution du servage; c'est par l'abonnement aux. feuilles publiques et aux journaux que se fit en 89, en 1830. en 1848, la révolution politique.
Si faible que fût la part de la royauté dans an acte qui relevait, avant tout, de l'opinion publique et de la force même des choses, cette part ne revient pas même ù Louis le Ilutin, mais àla reine Blanche.
«La reine Blanche, dit un historien, pour ce qu'elle avait pitié des gens qui ainsi étaient serfs, ordonna, en plusieurs lieux, que ces gens fussent affranchis, moyennant autres droits et seigneuries, que les seigneurs prendraient sur leurs hommes et femmes de corps : » Elle en agit ainsi « en partie, pour la pitié qu'elle avait de plusieurs belles fdlcs à marier que on laissait à prendre pour leur servitude, et en estaient plusieurs gastées. » Cette pitié, cet intérêt qui descend de la femme à la femme a certes un caractère touchant.
Partout ce sont les droits de la nature méconnus, violés, qui ont jugé, condamné, détruit les mauvaises institutions politiques. Un de ces droits, pour tous, c'est d'aimer et d'être aimé. Malheur aux lois et aux institutions humaines qui tiennent ce
droit en souffrance! Les servitudes appuyées sur ce qu'il y a, en apparence, de plus fort (le pouvoir, les finances, les armées) tombent devant ce qu'il y a de plus faible, le cœur de la femme.
La liberté, nous l'avons vu, s'obtenait par une aggravation de charges; mais enfin c'était la liberté. Beaucoup de serfs (je parle surtout de ceux qui appartenaient à l'Église) étaient peut-être plus heureux dans l'état de dépendance que dans l'état d'affranchissement. Propriété de la terre, la terre était obligée de les nourrir, et dans beaucoup de lieux elle les nourrissait grassement,. Au commencement, la manumission, si désirée par les uns, entrevue par les autres avec indifférence, redoutée même par un petit nombre de serfs comme un bienfait onéreux, ne fut pour aucun un accroissement de bien-être, mais pour tous un accroissement de dignité humaine. Entre le serf, si bien nourri qu'on le suppose, si heureux qu'il fût (et la chose était rare), entre le serf du fisc ou de l'Église et l'affranchi, surchargé de tailles, de corvées et de toutes sortes de redevances, il y a une différence, qui est l'intervalle d'un monde à un autre monde Cette dif-
férence, qui est un abîme, je la trouve indiquée dans la fable : Le Loup et le Chien.
Chemin faisant, il vit le col da ohien pelé :
Qu'est cela? lui dit-il. — Rien.— Quoi, rien? — Peu de chose,
— Mais encor? — Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez e*t peut-être la cause.
— Attaché! dit le loup...
Tout est là. Depuis des siècles la servitude cherche à tenter l'ouvrier de la terre par tes mêmes arguments : — « Mais tu n'as que les os et la peau, mon frère ! Vois au contraire mon embonpoint. Il ne tiendrait pourtant qu a toi d'être aussi gras que je le suis. Pour cela, que te manquet-il? Il te faudrait quitter les bois, la vie rustique et l'humeur sauvage. Il te faudrait (peu de chose !) flatter ceux du l<><jis, tu recevrais alors de beaux salaires. A tous ces magiques arguments, il n'y a vraiment qu'un défaut, c'est le cou pelé de la bête. Attaché ! dit le lo>/p. . . 0 fabuliste, tu as prononcé le dernier mot de la Révolution française !
Toutes les langues ont consacré les liens d'analogie qui existent dans la nature entre l'esclave et reniant, / ver (1). L'un et
('.) II e;! resté une trace de cela, c'est le mot garçon-.
l'autre sont mineurs, minores personœ ; l'un et l'autre vivent sous l'injurieuse tutelle d'un maître.
Tant que les choses sont dans cet état, je veux dire tant que les conditions de minorité sont pour ainsi dire écrites clans les organes d'une race, on peut, à l'aide de lois et d'institutions détestables, la retenir dans l'esclavage. Mais il y a pour les races un âge de majorité sociale. Quand cet âge est accompli, les liens factices et violents dont le privilège se servait pour retenir l'homme , éclatent sous la force croissante du progrès. C'est ce qui arriva en France du commencement du treizième siècle à la moitié du quatorzième. Partout la race agricole, la race gauloise , maintenue depuis des siècles à l'état d'enfance, était atteinte par les symptômes d'un développement fatal, naturel; qu'on le voulût ou non, il fallait qu'elle rentrât dans la libre disposition d'elle-même.
11 ne faut point confondre l'invasion franke avec la conquête romaine. Les Ro-
dont on se sert chez les restaurants et dans les cafés pour désigner l'homme de service. Cette trace, la révolution de 1S48 l'avait effacée dans les associations fraternelles.
mains s'étaient rués surles Gaules, comme ils se précipitaient sur tous les peuples de la terre; leur but était d'incorporer à Rome la nation vaincue. Les Franks
étaient poussés par un bien autre motif; ils venaient non conquérir mais envahir. Ils en voulaient à la terre; ils accouraient s'établir sur elle comme sur une proie. On vitalorsce qu'on n'avait pas vu dans l'histoire depuis les temps les plus anciens, une racedontles droits furent violemment supprimés. Les Gaulois rentrèrent sous terre. Eux, les premiers occupants du su!, il leur fallut disparaître dans leurs marais comme des grenouilles. La veille, il y avait un peuple, un grand peuple ; le lendemain il n'y avait plus que des esclaves. La vieille race celtique avait passé sous la main du maître avec les troupeaux et les autres instruments de travail. C'est contre cette brutale confiscation de l'homme par l.i conquête et par la terre que protestait au treizième siècle le mouvement aholitioniste. La revendication des campagnes Suivit la revendication des villes.
L'affranchissement des serfs dans les domaines seigneuriaux rencontra les mêmes obstacles, les mêmes adversaires,
les mêmes ennemis que l'émancipation des bourgeois dans les cités. Cette mesure froissait des intérêts puissants. Si intolérable en droit, si odieux en fait que fût le servage, il était passé dans les mœurs. L'usage était autorisé, et, comme tel, il avait pour partisans, outre tous ceux qui en jouissaient, cette espèce de gens si nombreux qui partout défendent tout ce qui existe. Les services qu'on tirait des serfs et les obligations attachéesà leur personne étaient un objet important de revenu pour quantité de corps ecclésiastiques et d'ordres religieux. C'était une richesse. On vendait et on achetait les hommes avec les terres ; or, tous ceux qui avaient acquis des serfs par de semblables contrats, étaient intéressés à combattre une mesure qui, à leur point de vue, devait les dépouiller. Les partisans de l'affranchissement des serfs étaient alors de véritables ennemis de la propriété. Ils attaquaient des droits acquis. Socialistes, ils le furent au même point de vue, sinon au même degré que ceux qui veulent aujourd'hui soustraire le travailleur au servage des machines et des instruments de travail. Affranchir l'homme de la terre,
c'était prendre l'obligation de L'affranchir plus tard du capital.
Quoique Lee serfs qui changeaient ainsi d'état payasseni assez chèrement leur liberté, ils ne la regardaient pas moins comme un bienfait inestimable. «Il était Le, dit un historien, que .it en vue de la miséricorde divine quelle tour était accordée. Gela méfiait une disproportion si ('norme entre le citoyen lihre et l'habitant de la ville ou de la campagne qui ne l'était pas, que le pouvoir d'affranchir une personne servile paraissait en quelque sorte une participation de la puissance de Dieu môme. »