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DES CONDITIONS AUXQUELLES S'OBTENAIT LA LIBERTÉ

11 y avait deux espèces de manumission (1), l'une directe, c'est-à-dire pleine et entière, l'autre conditionnelle.

(I) La. manumissiijn était l'acte en vertu dupie! le m*\*

La manumission directe avait pour effet de donner la liberté sans restriction. Malculfe nous a conservé une formule de ce genre d'affranchissement, la voici : « Toi qui jusqu'à ce jour faisais partie de notre famille, nous te dégageons, à dater d'aujourd'hui, de tout lien de servitude, de sorte que, dorénavant, comme si tu étais né de parents ingénus, tu mènes une vie ingénue. A nul de nos héritiers, ni à quiconque, tu ne dois désormais hommage, en qualité d'affranchi, si ce n'est à Dieu seul auquel tout est soumis. L'argent que tu as ou que tu pourras gagner dans la suite par ton travail, est à toi. »

Un des effets principaux de la manumission directe, était la liberté donnée à l'affranchi d'aller où bon lui semblait. Cette liberté de locomotion était extrêmement recherchée du serf, l'homme enraciné à la glèbe. On s'aperçoit du prix qu'il y attachait par l'emphase que mettaient les chartes d'affranchissement à ouvrir devant l'affranchi les quatre voies de l'o-

Ire donnait la liberté à son esclave, manu mitlere. Tant que quelqu'un est en servitude, dit Ducange, il est soumis à la main et au pouvoir de son maître. Lorsqu'il est affranchi, il est délivré de ce pouvoir et de cette main.

rient et :1e l'occident, du septentrion et du midi : de quatuor viis ubi volueris uiubulare liberam habes pottstatem. Le droit de se transporter et de s'établir où l'on veut, ce droit qui nous paraît aujourd'hui si simple, ai élémentaire, a été, pendant des siècles, le privilège d'un petit nombre d'hommes. Ne plus tenir à la terre, ne plus être pris pa~ les pieds, c'était la liberté qui souriait le plus à l'affranchi, et qu'il obtenait rarement. Vous n'êtes pas sans avoir vu, dans notre musée national, ces statues égyptiennes qui nous révèlent les premiers âges de la civilisation. Les plus anciennes figures ont les pieds enveloppés dans le repos et dans l'immobilité. Peu à peu, à mesure qu'on avance clans le temps, les jambes se détachent, l'homme fait un pas. C'est une image de ce qui est arrivé en France, pour ce peuple de serfs, qui est le seul et véritable ancêtre du paysan français. 11 a eu les pieds tenus dans les langes de la terre, durant des siècles. Puis un jour, comme l'enfant qui s'essaye à marclirr, il a levé une jambe. — Combien a-t-il fait de chemin depuis ce temps-là !

L'affranchissement direct était une ré-

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mission pleine et entière du péché originel de -la servitude. Voici une formule que nous choisissons entre d'autres, et dont nous engageons le lecteur à méditer les termes : « Comme toute puissance vient de Dieu, et que celui qui résiste à la puissance résiste à l'ordre de Dieu, lequel, par une suprême et admira- Lie disposition des choses, a institué sur terre les rois, les ducs et les autres seigneurs féodaux, de telle manière que la puissance moindre obéisse à la puissance supérieure : parmi les hommes, il a voulu que les uns fussent serfs, les autres seigneurs, de sorte que les seigneurs vénèrent Dieu, et que les serfs vénèrent leurs seigneurs, selon ce précepte de l'Apôtre : «Serfs, obéissez à vos seigneurs charnels avec crainte et tremblement. » Et aux seigneurs : Seigneurs, faites à vos serfs ce qui est juste et raisonnable; remettez-leur les fautes qu'ils commettent; car vous aussi, vous avez un Seigneur dans le ciel. Si lui, qui domine sur vous et sur eux, lui, qui est le Roi et le Seigneur de tous, la forme et le miroir de tout bien, a daigné subir pour nous le joug de la servitude, afin de nous délivrer de la malédiction, de la loi et de la.

servitude du diable, et de nous mettre on participation de son ineffable liberté, donc moi, pour la rédemption de mou àmr et pour la récompense de l'éternelle béatitude, j'absous de toute servitude ?<>< tel, serf de mon domaine, et tout son bien, afin qu'à l'avenir il vive en sûreté, maître do lui-même, qu'il aille où ilvoudra el qpi doive plus aucun hommage dé servil si ce ncsf à Dieu, pour l'amour duquel je l'affranchis ci). »

Suivez la théorie de cette formule, elle en vaut la peine: — La servitude est d'institution divine; Dieu lui-même s'est fait serfpour l'utilité du genrehumain ; si donc j'affranchis un de mes gens, c'est en vue du salut de mon âme et par pure miséricorde; il en résulte que cet acte, loin de porter atteinte au principe do la servitude, lo confirme et le consacre en droit. Je fais une bonne H-uvre, je ne répare pas une injusli

Tout en abdiquant, le seigneur ne voulait pas, au treizième siècle, reconnaître

(i) Ducange. Ce n'est pont sans intention qi te je fr.vluis i l'.rm'ilpp. I.' :-i-uire le sentiment vrai

des 01. i

l'iniquité de son privilège ; il prétendait, au contraire, s'arroger un droit nouveau sur ses sujets, celui de les élever à la dignité d'hommes. On voit d'ici la différence qui existe entre les réformes du moyen âge et celles des temps modernes.

Quand la Révolution de 89 détruit un abus, ce n'est pas cet abus seul qu'elle attaque, c'est la racine sur laquelle l'abus a pris naissance. Avant de démolir l'édifice féodal, la Constitution déclare la base de cet édifice mauvaise, ruineuse, abominable.

Non-seulement elle abat, mais (chose bien plus grave !) elle flétrit les institutions sur lesquelles sa main va porter le marteau. C'est tout le contraire au moyen âge. L'Église affranchit les serfs, mais elle ne condamne pas la servitude. Du treizième au quatorzième siècle, il y eut une révolution dans les choses, non dans le droit. Cette distinction n'est pas indifférente : les abus qu'on supprime en fait, sans les convaincre d'injustice, tendent à se perpétuer ou à renaître sous une autre forme, tandis que l'anathème moral rend le retour de ces abus impossible.

Le maître féodal était censé tenir de

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Dieu le pouvoir de créer dos hommes. Il usait de ce pouvoir à sa volonté.

La servitude était considérée comme une dette que le serf avait contractée en naissant envers son seigneur. Lui remettre cette dette, le seigneur le pouvait, mais alors c'était de sa part un acte de pure libéralité.

« Jésus-Christ, dit une autre formule, délirant d'un amour paternel le salut du genre humain, entre autres préceptes, nous a donné celui d'absoudre les débiteurs de leurs dettes, afin que nous puissions, parla, obtenir plus aisément grâce devant le Juge suprême. » Le seigneur, ou, pour mieux dire, la terre seigneuriale avait une créance sur le serf, — sur son âme, sur sa chair ; — il fallait ou que le serf s'acquittât lui-même de cette obligation ou que la bonne volonté du maître l'en délivrât.

Un autre effet de lamanumission directe était de conférer à l'affranchi le droit de posséder. Le serf était, comme nous l'avons dit, incapable de rien avoir ; pour posséder, il faut s'appartenir à soi-même et le serf appartenait à la terre : il faut être une personne^ et le serf était un

instrument de travail. L'esclave était la propriété mobilière dé son maître ; le serf faisait partie de la propriété immobilière ; l'un et l'autre pouvaient recevoir, retenir, prendre, mais posséder, non, Les chartes d'affranchissement absolu communiquent aux serfs le droit tout nouveau pour eux ((de posséder leur avoir : habcvi' suumpossideat... »

Étrange et sinistre abîme de méditation, quand on songe que le droit naturel de tous, celui de regarder comme sien le fruit de son travail, ou, du moins, une partie de ce fruit, a été solennellement refusé aux trois quarts de la nation par tout ce qu'il y avait alors de respectable et de plus respecté, par l'Église, par la magistrature, par les lois ; quand on songe qu'il a fallu des siècles, des mouvements dans les campagnes et une réforme historique pour restituer au travailleur non le droit (il s'en faut de beaucoup), mais l'apparence du droit, non la jouissance de ce que l'ouvrier agricole produisait par son travail, mais la simple satisfaction de se dire : Ceci est à moi !

' • .' ;•:::';!. ■ du droit de ; mais ce n'était pas tout que de

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donner au serf, à l'ouvrier de la terre, ce droit de ; . il fallait encore lui en

donner le moyen: autrement la réforme à laquelle Louis le Hutin attachasonnom, quoique moralement grande, ne devait rire et m* fut, en effet, qu'un acte ineffi- . Le seri n'échappa avec tant de peine à la terre que pour tomber sous d'autres dépendances. Libre, l'ouvrier des campagnes ne le fut pas, il ne pouvait l'être. On n'affranchit les hommes qu'en les remettant en possession pleine et entière des fruits de leur travail. Or le travail des anciens serfs continua d'être dévoré, dans leur nouvelle condition, parles loups de la conquête.

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DE LA CONDUITE DE L'ÉGLISE ET DES PEIGNFXRS FÉODAUX ENVERS LES ANCIENS SERFS.

La manumission directe était surtout accordée aux serfs qui devaient entrer dans le clergé. C'est en signe de leur affranchissement et de leur entrée au service de

l'Église qu'un chanoine leur tonsurait solennellement la tête. Par la constitution de Charlemagne, un serf ne pouvait devenir clerc sans la permission du seigneur dont sa liberté dépendait. Cette règle se fondait sur le respect pour la cléricature et sur l'écjuité pour les droits des seigneurs. On voit à quel point l'Église reconnaissait et approuvait la possession de l'homme par la terre.

En 12'41, un serf de l'abbaye de Saint- Maur avait surpris les ordres sacrés. L'évêque, instruit de sa condition, le déposa et le contraignit de se remettre sous la puissance de son abbé. Si, d'un autre côté, le clergé favorisa les manumissions, ce fut surtout pour procurer des sujets à l'Église et aux monastères. Il consulta dans l'affranchissement des serfs les intérêts du culte. La plupart, en effet, des serfs qui recouvraient la libre disposition de leur personne, n'avaient rien de mieux à faire que de s'engager dans l'Église, qui les nourrissait et dont ils augmentaient la prospérité par leurs services.

L'autre espèce de manumission était fort différente de celle qui s'intitulait directe, elle avait lieu sous condition : la

main du maître s'ouvrait; maïs, tout en s'ouvrant, elle retenait quelque chose de sa proie. Le plus souvent elle retenait quelques-unes des charges qui étaient attachées à la personne du serf. Le»

affranchis redevaient quelquefois un mois de servitude par an au monastère ou au seigneur qui les avait mis en liberté.

D'autres Étaient obligés de demeurer sous la tutelle des terres auxquelles ils avaient appartenu, de leur rendre encore certains hommages et de leur donner des journées de travail. 11 y avait aussi des actes d'affranchissement qui stipulaient des conditions comme celle-ci : « Je veux qu'un tel me serve tant que je vivrai; mais après ma mort, s'il arrive à me survivre, je consens qu'il soit libre, à la charge par lui d'entretenir chaque année mon sépulcre de cierges. »

La manumission était encore subordonner" aux changements d'état : « Je fais savoir à tous présents et futurs, qu'en vue de la rémission de mes péchés (ces actes de libéralité invoquent presque toujours des motifs égoïstes) j'ai affranchi Guillaume, fils de Robert de la Gurt, s'il se fait clerc et qu'il s'y tienne; si au contraire il

ne veut pas être clerc, qu'il retombe dans l'état de servitude. » On pense bien que l'Église encourageait de son mieux ces formules d'émancipation conditionnelle.

Je ne sais si procurer aux serfs cette délivrance incomplète, c'était beaucoup servir la cause de la liberté politique; mais, à coup sûr, ce n'était point venir en aide à la liberté des vocations, ni à la liberté de conscience.

D'autres fois la condition imposée à l'affranchissement avait pour conséquence de limiter le droit d'héritage, en prolongeant les effets de la main-morte. 11 y avait des cas où ces conventions étaient si dures qu'une telle liberté ne différait pas beaucoup de la servitude.

Un monastère signa le contrat suivant : ((La postérité saura que le seign««r Abbé et les frères ont affranchi et tonsuré un serf de Saint-Martin , nommé Radulfe, à cette condition qu'il ne passe jamais du service de Saint-Martin à celui d'autres frères, mais qu'il soit soumis comme devant aux moines pour tous les travaux domestiques. S'il se soustrait audit monastère, qu'il soit recherché comme t et réclamé comme serf, où qu'il soit. En

outre, qu'il se conduise chastement et qu'il garde la continence. S'il i a ix ordres eeelésiasiiqnes, qu'il oe s'accouple jamais à onefemme, attiré par une honteuse passieo^ comme tant d'antres (iui, d'un front perdu, s'unissent contre le a des épouses sacrilèges, quelquefois même' à des femmes adultères, Si pourtant, qe tique clerc, il épouse une seule femme, les fruits de ce mariage, dans le cas où il aurait des enfants, avec e

leur postérité, seront attachés à la servitude de Saint Martin, et astreints à l'état de leur père avant qu'il eût reçu la cléricafure. »

La postérité ne saurait vraiment grand compte aux frères de Sai de leur générosité chrétienne : ce donnaient était, en résumé, si chose qu'ils auraient pu se dispensi r L'eo faire bruit. La manuraàssioo conditionnelle est en queèfue sorte le g nne et l'origine politique des libertés restreintes, les plus sottes, les plus outrageantes et les plus hypocrites de toutes les tyrannies.

Le résultat en eflfet de c<-r affranchisse* ments imparfaits fut que si le nom de servitude était aboli, la servitude elle-même

se trouvait accrue. Ce fut au point que pour éteindre les dures conditions de travail attachées aux manumissions, il fallut dans la suite des manumissions nouvelles. De cet ordre sont les manumissions de ces gens qu'on appelait hommes de corps ou de tête, ou encore capitaux. Ils étaient tenus de payer de leur corps des services au seigneur (d'où leur nom); ces services consistaient en ouvrages manuels et en corvées; ils devaient en outre par tête un cens, ou un capital, chaque année. Ces hommes étaient si bien attachés à la glèbe qu'ils ne pouvaient, comme nous l'avons dit, ni s'éloigner d'elle, ni contracter de mariage sans consulter leurs seigneurs. La seule différence qui les séparait de la condition des serfs, c'est qu'ils étaient admis quelquefois en témoignage contre les hommes libres.

Cette liberté incomplète se maintint longtemps encore chez nos ancêtres, jusqu'à ce qu'elle fut abolie à son tour par les seigneurs eux-mêmes, — soit, ditDucange, qu'ils fussent touchés d'un sentiment de miséricorde et de pitié, soit, comme il est plus probable, par intérêt; car ils se faisaient donner beaucoup d'argent par ceux

auxquels ils accordaient la liberté entière.

Il y eut alors des manumissions générales qui affranchissaient les habitants des campagnes du dernier nœud de la servitude.

Nosrois (c'est encoreDucange qui parle), non tant par clémence qu'en vue du gain, la nécessité des choses, et le mauvais état de leurs finances les poussant, accordèrent la liberté à tous leurs sujets qui étaient encore en servitude et qui pouvaient leur offrir une indemnité. L'argent fut partout et toujours l'intermédiaire de cette transaction, mediante pecuniâ. Les rois ne donnèrent point la liberté aux serfs de leur domaine, ils la vendirent.

Dans une autre lettre, Louis le Hutin recommande à ses commissaires, s'il se rencontre des serfs qui ne veuillent point être affranchis, de faire une enquête sur leurs ressources et d'exiger d'eux des subsides en conséquence. On ne saurait avouer plus clairement que la liberté des serfs n'était point l'objet de la mesure royale; ce que le roi voulait, c'était de l'argent. Un assez grand nombre de serfs résistaient en effet à l'affranchissement,

les uns par insouciance, les autres par i c de ia liberté (1).

Il ne iaut pas croire que si les serfs témoignaient de l'indifférence pour l'affranchissement, c'est que la servitude était un état tolôrable. D'authentiques monuments nous apprennent que ces malheureux étaient traités fort durement. La conduite qu'on tenait vis- à vis d'eux était d'ailleurs une violation perpétuelle des droits de l'humanité* On les vendait en masse comme des troupeaux. Un seigneur baillait à un autre seigneur les serfs et les serves qu'il avait sur ses terres avec toute leur progéniture, et avec la grossesse des femmes pleines. Les hommes et les femmes exposés en vente portaient un rameau sur la tète. J'ai vu (qui le croirait?) une trace de cette servitude à Chazelet, dans le Berry. Le jour de la Saint-Jean, les fdles qui sont à louer pour l'année, se promènent sur la place avec une branche d'arbre.

(1) Ainsi que tous les autres biens, la liberté a besoin d'être connue pour être aimée. Ne dites don • jamais : Ces réfnrmes, que vous demandez avec tant d'insistance et de zôli-, les masses ne les réclament pas. — Si les masses ne eat pas, le droit, la justice, la raison réclament pour elles, et cela doit vous suture.

On no s'étonnera plus ensuite que la plupart des chartes d'affranchissement lenceni ainsi : «Nous enlevons l'ope «lf la servitude attaché à... » Un des caractères <!<■ cette dégradation , «'fait que le serf n'avait et ne pouvait avoir de volonté. 11 dépendait souverainement et absolument de sen maître. Aussi, l'un des effets de la manumission était-il do lui restituer l'usage de son libre arbitre. « J veux que vous puissiez faire ce que vous voulez. »

On comprend qu'un acte si important, un acte qui avait pour conséquence de remettre l'homme en possession de luimême, dût revêtir un caractère solennel. La charte de manumission était posée sur la tête de l'affranchi pour que sa liberté it. si l'on peut ainsi dire, à tous le? yeux. Souvent le prêtre était appelé à conissement par l'imposition enains. Il y avait des provinces où il rtaif d'u- ranchir les serfs devant

témoins, en présence du corpsd'un défunt. La plupart des mnnumissions ecclésiastiques avaient lieu dans les églises. Le prêtre conduisait trois fois autour de l'autel l'affranchi, qui tenait un cierge à

la main. Les charges et les conditions de l'affranchissement variaient avec les coutumes locales. « Nous voulons, dit une charte, et c'est la principale charge que nous imposons en retour de la liberté accordée par nous, nous voulons que de chaque vingt et une gerbes qui seront cueillies sur notre terre, même de chaque onze gerbes, s'il n'y en a pas plus de onze dans le champ , nous ayons une gerbe qui sera choisie par nous, et qui sera portée à notre grange par le cultivateur du champ : cette gerbe sera appelée la gerbe de liberté... » Singulière dérision ! cette gerbe était au contraire le dernier lien d'une servitude rompue.

De ces faits, et de mille autres que nous passons sous silence, il résulte que l'affranchissement n'a presque jamais été gratuit; le seigneur se réservait, en échange des droits qu'il restituait aux serfs, ou de l'argent ou des charges équivalentes. S'il s'est rencontré dans ce tempslà un gentilhomme qui, mû par des sentiments désintéressés, ait rendu la liberté à ses paysans, et n'ait rien exigé d'eux, en retour de cette liberté, je l'ignore; mais je déclare que ce seigneur était

une exception, î'cu-a avis : un dahlia blou. Je ne m'arrêterai point à exposer les "incalculables conséquences de cette mesure : l'affranchissement ou pour parler plus exactement, le rachat des serfs. Ce qui est certain, c'est que les grandes abbayes, les seigneurs, et la couronne ellcmème, n'eurent point à se repentir d'une réforme dont les suites, loin de leur être désavantageuses, devinrent au contraire l'origine de plusieurs établissements et de revenus considérables. Je ne citerai qu'un fait : Le faubourg Saint-Germain, cette ville de l'aristocratie, est sorti (qui le croirait?) des fondations que jetèrent sur la rive gauche de la Seine, quelques familles affranchies.

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