‹ Les PaysBas au 16. siecle Le comte d'Egmont et le comte de Hornes 15221568Chapitre 173 sur 180 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

consternation, sa douleur et sa colère furent portées au comble lorsque le bourreau attacha sur les crochets de fer les têtes vénérées des comtes d’Egmont et de Hornes. Celle du comte d’Egmont fut placée du côté droit regardant vers la Flandre, et celle du comte de Hornes du côté gauche vers le Hainaut. Les têtes restèrent exposées ainsi jusqu’à trois heures de l'aprèsmidi : elles étaient là comme un emblème de la servitude du pays. « Ce spectacle parut si horrible aux yeux des Belges, dit Grotius (1), que, malgré la terreur des armes dont ils étaient environnés, la pitié se grava dans les âmes de tout le peuple et la vengeance dans celles des plus puissants. 11 s’en trouva même qui, cessant de faire couper leurs cheveux, s’obligèrent, par une sorte de vœu, dont la coutume est assez ancienne, de laisser toujours leur visage en cet état jusqu’à ce qu’un si noble sang eût été vengé. » Plusieurs des assistants allèrent aussi, malgré les soldats espagnols, tremper des linges dans le sang des deux victimes de la tyrannie (2).

Dans toutes les villes environnantes, les bourgeois attendaient avec anxiété des nouvelles de Bruxelles. Le doyen de Sainte- Gudule, revenant d’Ulrecht et passant le 5 juin par Matines, y vit sur le marché des groupes nombreux qui s’entretenaient de la condamnation des comtes d’Egmont et de Hornes; parvenu

(1) Annales, llv. 1".

(2) Les contemporains sont unanimes d'ailleurs pour attester la profonde affliction du peuple. Dans sa lettre au roi du 9 juin 1568, l’évüquc d'ïpres dit que le comte d’Egmont est mort « coram ingenti multiludine hominum gementium et plorantium. » On lit dans un autre ouvrage contemporain : « ... Vidi tum comilem ilium Egmondanum, mortem equo lulisse anima, atque audiri non solum Belgas, sed etiam Uispanos milites ornnes, imo ipsum Ducem Albanum, lachrymis vbitum illius prosccutum fuisse... » (M. Ailsinger, De Icône bdgico, etc., fol. 83). J. B. de Tassis, dans ses Commentaires, rapporte aussi que les comtes d’Egmonl et de Hornes furent décapités Summo omnium marore. Enfin, Viglius écrivait à Hopperus quelques heures après l’exécution : « ... Uoc die Egmondanus, Hornensisquc capitibus quoque truncati, caque in foro BruxeUensi stipitibus in fixa sunt, magna summè omnium eommiseratione, quale certe exemplum mullis sœcvlis hic non est visum... »

Le comte d’Egmont n'avait que quarante-six ans. Le comte de Hornes avait quatre ans de plus.

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hors des portes, il vit plus de trois cents bourgeois qui étaient là, impatients de connaître la vérité (1).

On raconte, d’après d’anciens annalistes de Bruxelles, que, vers quatre heures, les dépouilles des seigneurs décapités furent portées au couvent des Récollets sous l’escorte du « Grand Serment. » Le clergé de Sainte-Gudule, accompagné de bourgeois notables et suivi d’une grande affluence, alla ensuite chercher les cadavres au couvent des Récollets et les transporta à l’église collégiale (2).

Les dépouilles du comte d'Egmont, transférées de l’église de Sainte-Gudule au couvent de Sainte-Claire, y furent embaumées. La multitude se pressait dans l’église de ce couvent : on vit même des adversaires secrets de la tyrannie espagnole embrasser, en versant des larmes, le cercueil du comte d’Egmont comme s’il eût contenu des reliques. Le cercueil de l’infortuné comte de Hornes, resté à l’église de Sainte-Gudule, n’attirait point cette affluence (3).

Les restes du comte d'Egmont furent enfin transportés dans le bourg de Sottegem, en Flandre, où ils reçurent la sépulture. Le corps du comte de Hornes, après avoir été embaumé, fut enseveli dans l’église de Saint-Martin à Weert (4).

(1) Morillon à Granvcllc, 7 juin 13G8 (Papiers de Granvclle à Besançon).

(î) Morillon écrit le 7 juin : « Je vois plus de deux cents personnes plorer, lorsque les deux corps furent apportés devant hier à S" Goule. » (Papiers de Granvclle & Besançon.)

(31 Alf. Glloa, Commentari, etc., p. 39. — BranlOmo dit la même chose : « La grande amitié que le peuple portoit audit comte d'Egmont et l'excessive douleur que chacun avoit conçue de sa mort fut telle que plusieurs allèrent à l’église Sainte-Claire où gisoit son corps, baisant le cercueil avec grande effusion de larmes, comme si ç’eussent esté les saints ossements et reliques de quelque saint; et tous d'un accord prioient pour le repos de son üme : ce qu'on ne fit pas pour l'autre comte, lequel estoit à la grande église. »

(4) M. Aitsinger s’exprime en ces termes : « Corpus romitis Egmondani, in monaslerio S. Cloræ Bruxelles position est, primùm in plumbm loculo, pustcà avectum, in oppido suo Sotteghem, humalum est in Flandria : Comitis vero Hornensis cadaver, in ejus comitalu sepultum, in Campinia BrabantUr. » De leone belgico, p. 83.

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